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Le mois dernier, Google a rendu accessible en open source son système d’intelligence artificielle « TensorFlow ». Google nous avait déjà habitués à rendre accessibles ses outils, notamment pour les développeurs (on peut penser par exemple à Google Maps) mais c’est ici la technologie partagée qui attire l’attention : c’est en effet TensorFlow qui est utilisé pour le ranking des résultats du moteur de recherche de Google, pour la reconnaissance d’images, pour la reconnaissance vocale, etc.

Google a, dans une démarche de crowdsourcing, partagé l’algorithme de son système d’intelligence artificielle

L’intérêt

Pourquoi une entreprise ayant une avance technologie indéniable met-elle à disposition gratuite du grand public un élément de sa recette du succès ?

 

Les raisons sont multiples :

  1. Améliorer les produits existants par une forme indirecte de crowdsourcing – Google espère qu’une communauté externe de développeurs s’emparera de son code et l’améliorera. Le grand public sert alors de source de créativité que Google aura tout le loisir d’exploiter pour en faire profiter ses produits.
  2. Renforcer son positionnement en tant que leader de l’intelligence artificielle en créant un écosystème – Google renforce sa position dominante dans le secteur de l’intelligence artificielle en semant les germes d’un écosystème prêt à se développer autour de la technologie « TensorFlow » qui pourra devenir un standard du secteur. Cet argument est d’ailleurs pleinement assumé par Google qui souhaite voir son outil approprié et utilisé par tous.
  3. Croître et proposer de nouveaux produits – Autour de cet écosystème de développeurs se créeront probablement des start-ups qui proposeront des nouveaux produits basés sur la technologie « TensorFlow ». Le crowdsourcing est un moyen pour Google d’enrichir son écosystème – déjà très riche – de start-ups qui fonctionnent autour de ses systèmes. Google pourra ainsi racheter et développer les plus prometteuses d’entre elles et proposer à l’ensemble du monde de nouveaux produits innovants.

La mise à disposition d’une technologie au grand public est une des manières de faire du crowdsourcing. Les bénéfices à en espérer sont nombreux. Mais alors pourquoi n’est-ce pas une pratique plus répandue ?

Les limites

Certes, toute entreprise peut partager gratuitement sa technologie ou ses données. Mais le faire de façon intelligente pour en tirer des bénéfices requiert quatre facteurs dont ne disposent pas toutes les entreprises limitant ainsi l’évolution de cette pratique :

  1. Une culture spécifique : le crowdsourcing nécessite de l’humilité, de l’ouverture et de la transparence de la part de l’entreprise. L’entreprise change de paradigme par rapport à ses parties prenantes : elle ne se place plus dans une relation de « client – fournisseur » mais dans une relation partenariale porteuse de davantage de sens.
  2. Un sponsorship fort au niveau COMEX : nécessaire pour libérer les énergies… et la connaissance !
  3. Une maturité technique suffisante : l’entreprise doit être en mesure de développer et de publier des APIs, de gérer les enjeux de sécurité que le partage du code entraîne, etc.
  4. Des ressources et des compétences : tirer bénéfice des innovations produites par le public nécessite d’avoir des ressources dédiées capables de récolter, comprendre, d’auditer et d’intégrer les développements extérieurs.

Plusieurs entreprises ont su disposer de l’ensemble de ses éléments pour mettre en place un crowdsourcing comme par exemple le Crédit Agricole qui a été accompagné par BearingPoint sur sa démarche d’open data. Michel Goutorbe, Directeur général adjoint de la Fédération nationale du Crédit Agricole chargé de la relation client et de l’innovation, témoigne qu’ils ont eu « trois idées autour de l’open data : un store d’applications mobiles, une ‘coopérative de développeurs’ et la co-création d’applications avec les clients ». Muriel Monteiro, partner Digital & Strategy de BearingPoint rappelle que « quand BearingPoint a accompagné le Crédit Agricole dans l’ouverture de ses APIs et le crowdsourcing d’applications entre clients et développeurs externes, pas moins de 20 applications ont été développées en 6 mois », ce qui montre bien en quoi le crowdsourcing peut être une source de créativité pour l’entreprise.

Votre entreprise dispose-t-elle de ses trois facteurs pour faire du crowdsourcing ? Si oui, y avez-vous pensé pour être plus innovants et compétitifs ? Si non, comment pouvez-vous les acquérir ?

Pour en savoir plus :

Le site de TensorFlow

lire la publication du BearingPoint Institute (en anglais) sur l’exemple du Crédit Agricole

Le fil Twitter de Muriel Monteiro

Auteur :

Ludovic Mendes