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Quelles stratégies sont élaborées par les acteurs du photovoltaïque off-grid en Afrique pour mettre l’énergie solaire à portée des populations les plus démunies ?

Solar panel for green and renewable energy

L’accès à l’énergie des populations vivant sous le seuil de pauvreté représente un facteur essentiel de développement économique et social. En Afrique, les équipements solaires photovoltaïques, par leur mobilité et leur autonomie énergétique, représentent une réponse « off-grid » (hors réseau) à ces besoins fondamentaux. Ces kits solaires de petite dimension, dits « pico photovoltaïques », ont rapidement démontré qu’il existe un marché en Afrique Subsaharienne, avec le passage, entre 2012 et 2014, de 4 à 35 millions d’individus bénéficiant d’un meilleur accès à l’énergie grâce à ces appareils [1]. Fin 2014, ces produits sont vendus dans plus de 25 pays d’Afrique [2], majoritairement au Kenya, en Tanzanie et en Ethiopie.

 

Cependant, leur déploiement sur le continent africain soulève un certain nombre d’interrogations : ces projets à vocation sociale sont-ils économiquement viables ? Comment permettre l’accessibilité de ces produits à des populations majoritairement rurales et défavorisées ? Cet article permet d’appréhender les innovations mises en place par les acteurs du pico photovoltaïque, en matière de modèles économiques, de technologies, de canaux de distribution ou encore de réseaux de partenaires, afin de proposer la meilleure réponse à un besoin social à grande échelle.

Les réponses du pico photovoltaïque pour améliorer l’accès à l’énergie en Afrique

Le solaire en Afrique : une solution pour pallier une électrification faible

Avec de très fortes disparités territoriales, l’Afrique reste le continent le moins électrifié au monde. En Afrique sub-saharienne notamment, qui en 2012 atteignait à peine 32% d’électrification [3].

Part de la population sans accès au réseau électrique en Afrique

Carte Afrique
Source : IAE, World Energy Outlook, 2014

Si la situation est difficile en milieu urbain, avec des installations souvent vétustes, mal entretenues et à l’origine de fréquentes coupures de courant (environ 60 jours par an), les populations rurales souffrent bien plus encore du manque d’accès à l’énergie. Selon les données de la Banque Mondiale, des Nations Unies et de Bloomberg Energy Finance, la population africaine vivant « off grid » a augmenté au cours des dernières années, au point de dépasser en 2012 celle du continent asiatique [4]. De 1990 à 2012, la population asiatique non reliée au réseau électrique a diminué en moyenne de 2% par an. La situation est symétriquement inverse sur le continent africain qui voit sa population « off-grid » croître de plus de 200 millions d’individus sur la même période. Cette tendance s’explique par notamment par la démographie galopante des personnes vivant en situation de grande pauvreté. Pour l’IEA (International Energy Agency), cette population est vouée à poursuivre son accroissement sur la prochaine décennie [5], avant d’atteindre un palier et diminuer à son tour. Parallèlement, le continent bénéficie d’un excellent ensoleillement, (47% du continent recevrait un ensoleillement supérieur à 2100 kWh/m2,[6]) offrant des opportunités majeures d’exploitation du solaire pour la production d’électricité. Les zones les plus favorisées bénéficieraient en moyenne de 320 jours ensoleillés par an ! Le solaire ainsi peut être exploité sous forme de centrales électriques de grande envergure, mais également des plus modestes, alimentant un mini-grid (de 100  kW maximum), ou encore des kits solaires, qui sont des systèmes hors-réseau à usage domestique.

Le pico photovoltaïque : qu’est-ce que c’est ?

Caractéristiques du pico photovoltaïque

Le terme de pico photovoltaïque, ou « pico PV », est utilisé pour désigner des équipements solaires portatifs hors-réseau, fournissant un éclairage et/ou une fonction de recharge d’appareils électriques de taille modeste (téléphone, lecteur MP3…). Le pico PV est le plus petit des systèmes photovoltaïques hors réseau [7], comme l’illustre le schéma ci-dessous.


Source : Institut Supérieur de Technologie d’Afrique Centrale, 2013

De nombreux fabricants se sont lancés sur ce marché des pico PV, généralement dotés pour les modèles standards d’un panneau photovoltaïque, d’une batterie, d’une ou plusieurs lampes et éventuellement d’un régulateur. Ils peuvent en outre être équipés d’une ou plusieurs prises pour recharger les téléphones mobiles.

Fonctions d’un équipement pico PV

La majorité des modèles permet un réglage de l’intensité lumineuse, en fonction de l’usage : éclairage d’ambiance, cuisine, lecture, travail de précision, etc. Conscients du fait que de nombreux ménages n’investiront pas dans plusieurs produits photovoltaïques, les fabricants imaginent des modèles permettant de varier les modes d’utilisation : lampe de bureau, lampe torche, plafonnier… Concernant les appareils dotés d’une fonction de recharge de téléphones, il s’agit majoritairement d’une prise USB, afin de permettre l’universalité du branchement.

Sur les modèles supérieurs à ceux d’entrée de gamme, un indicateur de charge ainsi qu’un contrôleur de charge et de décharge permettent à l’utilisateur de maîtriser sa consommation. La qualité des équipements est un critère fondamental : il ne s’agit pas ici simplement de proposer du low cost pour atteindre les clients finaux. L’achat représente souvent plusieurs mois de salaire pour les populations ciblées, il est donc essentiel de garantir la qualité et la durée de vie de cet équipement. En outre, ils sont une opportunité de rassurer les utilisateurs sur la performance et l’efficacité des produits solaires, et de bénéficier à terme d’un bouche-à-oreille positif. L’initiative « Lighting Global [9] » menée par la Banque Mondiale et l’IFC (International Finance Corporation) pour favoriser le développement d’un marché de solutions d’éclairage propre off-grid en Afrique, a défini depuis 2009 des standards stricts de qualité (puissance d’éclairage, durée d’éclairage, durée de vie de la batterie, qualité de l’assemblage, solidité…). Ce programme d’«assurance-qualité» élaboré par Lighting Global vise à limiter sur le marché de produits bas de gamme et à protéger le consommateur.

Quelles réponses apporte le pico PV aux besoins d’une population rurale Bottom of the Pyramid ?

Les équipements PV apportent des bénéfices sociaux et économiques non négligeables auprès des populations vivant sous seuil de pauvreté le segment « Bottom of the Pyramid » [10], le BoP.


Sources : Solar Aid, Impact Report, 2014; BearingPoint

Le pico PV apporte une réponse au manque d’accès fiable à l’énergie, avec l’avantage de fonctionner en toute autonomie du réseau électrique et d’améliorer la vie de l’utilisateur final tout en permettant de développer un tissu économique autour de ces produits.

Nombreux sont les acteurs qui ont cerné le potentiel de ces petits équipements et qui investissent dans des projets pico PV en Afrique. Quelles sont les structures qui financent ces kits solaires et leur distribution ? Le pico PV est-il déployé à des fins caritatives ou lucratives ? Le deuxième volet de cette étude se penchera sur ces questions. 

Auteurs :
Elise Viné, Consultante
Benoit Dumas, Manager

  • Références

    [1] Lighting Africa, Program Results, October 2012; Lighting Africa, Program Results, December 2014.
    [2] Ce chiffre concerne uniquement les produits répondant aux normes de qualité du programme Lighting Global
    [3] ADEA, L’Energie en Afrique à horizon 2050, 2015.
    [4] Bloomberg & Lighting Global, Off Grid solar market trends report, 2016
    [5] International Energy Agency, Africa Energy Outlook, World Energy Outlook special report, 2014
    [6] ADEA, L’Energie en Afrique à horizon 2050, 2015
    [7] Institut Supérieur de Technologie d’Afrique Centrale, Formation des micro-entrepreneurs de système pico-photovoltaïque, Projet DPP GIZ- TATS, 2013
    [8] https://www.lightingglobal.org
    [9] https://www.lightingglobal.org
    [10] Terme rendu populaire par deux économistes, CK Pralahad et Stuart L. Hart, dans les années 90, définissant comme un segment de consommateurs spécifique les personnes vivant avec moins de 2 $ par jour. Elaborer des produits et services adaptés à ce segment serait selon eux un moyen de lutte contre la pauvreté.