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L’industrie ferroviaire, plus que beaucoup d’autres, affronte de plein fouet « l’uberisation » de nos sociétés. Non seulement ce secteur était particulièrement règlementé (et donc protégé) jusqu’à ce que l’UE impose la libre concurrence dans le secteur, mais de nouveaux acteurs sont venus empiéter sur le marché du transport en commun de passagers (très) largement détenu alors par quelques opérateurs historiques tel SNCF.

Les « uber-barbares » ont des charmes certains …

Parmi ces nouveaux acteurs, la plateforme de covoiturage Blablacar qui, en plus d’avoir des coûts unitaires marginaux quasi-inexistants permettant d’offrir des trajets à bas coût, est un symbole de « l’économie du partage » mais plus encore un révélateur des nouveaux usages : quels sont-ils ? Décryptage ci-après.

  • Payer le prix juste

Les algorithmes de calcul des billets de SNCF sont tellement obscurs que les prix des trajets proposés peuvent paraître dépendre de l’humeur des   outils informatiques, ou du moins, sembler déconnectés de la réalité.

Sur Blablacar, certes le prix est déterminé arbitrairement par le conducteur, cependant celui-ci a tout intérêt à faire preuve de bon sens dans la mesure où cette somme ne vise pas la rentabilité mais seulement la couverture (d’une partie) de leurs frais. D’autant plus que la concurrence des autres automobilistes sur le même trajet entraîne une régulation quasi automatique des prix sous peine de ne pas remplir la voiture de passagers.

  • Accéder à une offre flexible

En raison des contraintes fortes de planification, les trajets en train sont figés longtemps à l’avance sur des horaires prévus pour assurer un taux de remplissage et une utilisation des ressources (sillon, matériel roulant, personnels) optimisés. L’offre ferroviaire est donc peu flexible.

L’un des avantages du covoiturage est notamment de pouvoir organiser, à un prix raisonnable, un trajet à la dernière minute (dans les 24 ou prochaines 48h). De même, le trajet peut être organisé entre 2 points (les plus commodes pour le conducteur et ses passagers), sans forcément devoir passer par des gares fixes – et pas toujours commodes d’accès pour certains.

A noter que, même si cela ne concerne pas l’ensemble des utilisateurs, la communauté est agile dans la mesure où n’importe qui, possédant un véhicule et souhaitant être « passager » sur un voyage particulier, peut choisir de se positionner en « conducteur » si le trajet ne lui est pas proposé, tout propriétaire de carte grise peut donc devenir producteur d’une offre sans cesse renouvelée.

  • Partager et entrer en relation

Le train, où le client n’a aucun lien avec le transporteur, paraît bien plus impersonnel qu’une voiture.

A contrario, le covoiturage se veut porteur d’une philosophie du partage, de l’écoute. Les usagers font partie d’une communauté, avec ses règles, ses rouages, etc. L’idée est de considérer le trajet comme un temps valorisable où les quelques minutes perdues (à cause de la vitesse de déplacement plus faible) valent bien les échanges humains et la proximité qui en résulte. Cela pourra aboutir, par exemple, à un trajet quasi « porte à porte » pour le passager et à une rencontre de qualité pour l’ensemble des personnes présentes dans la voiture. Ceci semble, de prime abord, plus difficile à mettre en œuvre dans le train.

Le ferroviaire veut se battre sur ces trois fronts du prix, de la flexibilité et du relationnel

Toutefois, les grandes compagnies ferroviaires ne sont pas en reste et s’inspirent de ces pratiques pour adapter leur offre et satisfaire au plus près les demandes clients.

SNCF a ainsi développé et lancé depuis Juin 2015 l’offre #TGVPop. Elle a pour objectif de proposer aux clients de voter pour l’horaire qui leur conviendrait le mieux jusqu’à 15 jours maximum avant la date de départ. Suivant la participation (seuil de taux de remplissage à 33%), le train est confirmé ou non par SNCF, et ceci à des prix avantageux. L’ensemble étant, bien sûr, relayé sur les réseaux sociaux (une inscription préalable est nécessaire pour pouvoir voter) pour permettre à chacun d’encourager les réservations sur leur train respectif. L’enjeu est de constituer une communauté temporaire de quelques centaines de personnes –de quoi remplir un train-. Cela représente également une excellente opportunité pour développer la connaissance de sa base clients.

(http:/transports.blog.lemonde.fr/2015/06/17/tgvpop-le-train-a-la-demande-comment-ca-marche/)

Suivant le principe même du covoiturage, à une « échelle collaborative » plus petite que SNCF donc, l’opérateur ferroviaire Thalys propose un service de réservation en groupe (au moins 4 personnes). Une fois encore, l’idée est de proposer à la réservation, quelques jours maximum avant le départ, des places à un prix fixe et attractif. Pour les obtenir, il faut que le groupe soit complet, là encore donc, ceux qui sont fermement décidés à partir à ce tarif avantageux attirent eux-mêmes de nouveaux clients en échangeant avec leurs contacts ou bien sur les réseaux sociaux.

(https://www.thalys.com/fr/fr/tickup)

L’avenir du transport ferroviaire est dans le digital

Le cabinet d’analyse Navigant Research estime le marché du covoiturage à 6,5 Md€ à horizon 2024 (http://www.navigantresearch.com/research/carsharing-programs), ce qui représente une part du gâteau promise à un bel avenir. Les opérateurs historiques du marché du transport sont donc enclins à accélérer leur mutation et à surfer sur l’économie du partage pour éviter toute « uberisation fâcheuse » de leur secteur.

Evidemment, tous les changements qui en résultent sont étroitement liés avec le développement de solutions digitales. Le département RID (Recherche, Innovation et Développement) de SNCF, qui promeut la culture d’incubateurs avec ses « labs » et « minilabs » ou bien avec ses expérimentations sur le terrain de nouveaux outils (applications, etc.), indique bien que l’avenir du ferroviaire passera nécessairement par un train et des voyageurs « connectés ».

Auteurs:
Mathieu Bergine, Consultant
Martial Soulie, Manager
François Lanquetot, Associé

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