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Au cours des dernières années, les analystes ont annoncé le décollage du marché de la domotique. Et pourtant, si (d’après une étude Xerfi) le marché français a progressé à un rythme régulier de 6% par an entre 2003 et 2010, l’essor prévu ne semble pas encore au rendez-vous et les équipements intelligents sont loin d’avoir envahi nos habitations : seulement 3% de taux de pénétration en Europe de l’ouest aujourd’hui, avec pourtant des prévisions de l’ordre de 30% pour 2022, selon une étude Strategy Analytics (soit plus de 50 millions de foyers).

Concrètement la domotique, autrement appelée « Home Automation », désigne l’ensemble des techniques utilisées pour contrôler les équipements et autres applications du foyer. Ces applications adressent quatre attentes prioritaires autour du foyer : la gestion de l’énergie, l’optimisation du confort à domicile, la sécurité et la santé à domicile.

Apparue au début des années 80, la domotique a connu ses débuts avec l’avènement des systèmes de sécurité : les alarmes, les interphones, les digicodes ou encore les détecteurs de mouvement. Dans les années 90, la domotique reste un luxe mais se manifeste de plus en plus dans les logements grâce à la banalisation de l’accès à Internet à domicile, la volonté de gérer la consommation énergétique ou encore l’arrivée du Home Cinéma.

Ces dernières années, grâce à l’évolution des technologies, de nouvelles applications Grand Public sont apparues. Un certain nombre d’acteurs ont utilisé la domotique pour augmenter la valeur des services qu’ils proposent à leurs clients. Ainsi, de nombreux services de sécurité se sont développés, comme l’offre « Securitas Alert Services » de Securitas qui propose des systèmes d’alarme liés aux centres de télésurveillance. Les groupes d’énergie, comme Enel en Italie, financent le déploiement des compteurs intelligents pour aider les usagers à maitriser leurs consommations énergétiques : facturation à la consommation réelle, alerte lors de l’atteinte d’un seuil ou en cas de panne, etc.

Malgré l’arrivée de ces nouveaux produits et la volonté croissante des foyers de maîtriser leurs dépenses dans un contexte de crise (exemple : maitrise des dépenses énergétiques), d’importants blocages subsistent, empêchant le marché de se développer. Le premier est inhérent au marché lui-même : pour concevoir de nouveaux produits, de nombreux acteurs doivent être impliqués. De l’équipementier qui fournit le boitier, au distributeur qui permet sa commercialisation en passant par l’intégrateur ou encore l’opérateur, plusieurs protagonistes doivent s’accorder sur la solution à concevoir. Cette entente est complexifiée par l’absence de standardisation de normes sur le marché. Un autre facteur, non négligeable dans les pays développés, concerne la structure même de beaucoup d’habitats, qui, de par leur ancienneté, ne supportent pas les évolutions liées aux nouvelles technologies. Par ailleurs dans les nouvelles constructions, les promoteurs recourant à la domotique sont encore rares.

Cependant, pour les opérateurs Télécoms, l’enjeu de développer ces nouveaux services est devenu indispensable. Face à la perte de valeur sur la téléphonie fixe / mobile et surtout à une pression concurrentielle devenue très forte, ces derniers doivent dès maintenant se réinventer pour identifier de nouveaux relais de croissance. D’ailleurs, ils possèdent de nombreux atouts sur le marché du Home Automation. Fournisseurs de la connectivité à des millions de foyers, ils sont au cœur de la chaîne de valeur et peuvent interagir facilement avec l’ensemble des acteurs de l’écosystème.

Mais ce rôle de fédérateur, indispensable pour construire l’écosystème de demain ne permet pas de générer les revenus d’aujourd’hui. Pour accélérer le mouvement, les opérateurs se sont lancés dans l’aventure du Plug & Play. Ainsi, Bouygues Télécom a lancé, en partenariat avec I-Jenko, un service permettant de commander à distance des appareils électriques et de suivre la consommation énergétique en temps réel. Orange, avec My Plug, commercialise une prise intelligente, pilotée à distance pour allumer et débrancher les équipements. SFR a lancé, avec « Home Sécurité », des solutions « clés en main », permettant aux utilisateurs de surveiller leur domicile. Ce ne sont pas les seuls. La grande distribution propose également des services de domotique : Castorama a lancé en 2012 la Blyssbox « Liveez Technology ». Cette box, connectée à Internet, permet de piloter 90 accessoires compatibles tels qu’un détecteur de mouvement, des prises commandées ou encore de suivre la consommation énergétique.

Cette stratégie peut s’avérer payante, comme cela a pu être démontré via des Success Story dans d’autres domaines du Machine-to-Machine (exemple : systèmes communautaires d’aide à la conduite et d’alerte radar - Coyote ou Tom-Tom). Il reste à savoir si une « Killer Application » permettra à ces services de décoller.

Auteurs:
Sylvain Chevallier, Partner
Youssef El Shaarany, Manager

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