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Après un raz de marée sur le marché grand public, les tablettes décollent dans les entreprises depuis 3 ans. Cette tendance devrait se confirmer, avec une croissance annuelle de 30% entre 2012 et 2017. Cette pénétration est accélérée par l’enrichissement des applications professionnelles, ainsi que par les employés eux-mêmes, premiers prescripteurs de ces outils de travail.

Cependant leur avancée est inégale selon les métiers et les entreprises. Si les tablettes sont mises dans les mains des cadres comme un nouvel attribut hiérarchique ou pour soutenir une politique RH de recrutement et de captation des talents, ce sont les fonctions opérationnelles (commerciaux, techniciens) qui en sont aujourd’hui les plus équipées.

Pour ces populations opérationnelles, le ROI est plus directement mesurable : la tablette est un véritable levier d’optimisation de leur productivité et d’exploitation de nouveaux services à plus forte valeur ajoutée. L’outil de travail devient aussi un véhicule puissant de l’image de modernité et de l’expérience client que souhaite installer l’entreprise, faisant d’ailleurs parfois passer le ROI au second plan des projets.

En comparaison, les projets de tablettes pour les cols blancs n’ont souvent pas convaincu de leur intérêt stratégique pour justifier de nouvelles dépenses. La tablette statutaire, pour un usage centré sur la messagerie et la prise de note ne se justifie pas, expliquant que les cadres aient recours au Bring Your Own Device (BYOD).

Plusieurs facteurs clé de succès émergent pour exploiter le potentiel de croissance sur cette population et provoquer une nouvelle vague d’équipement.

Un investissement rationnel

Le premier facteur de succès est de transformer ces projets en investissement parfaitement rationnel : l’équipement des cols blancs doit s’accompagner d’un ROI plus évident.

Les usages doivent se multiplier et se justifier sur tablette. Même la lecture et l’édition de documents peut encore poser problème aujourd’hui. Parmi les usages porteurs de la croissance du marché, nous identifions l’accès aux outils de business intelligence (reporting, tableaux de bords), l’accès au CRM, ainsi que les usages collaboratifs (webconferencing, accès au réseau social d’entreprise…).

Pour être rationnel, l’investissement doit être aussi financièrement acceptable. La tablette sera le plus souvent un surcoût de multi-équipement pour ces populations. Une substitution totale du PC semble encore difficile : Le form factor (taille d’écran notamment) n’est pas adapté pour certains cas de consommation de données et plus surement pour des besoins de production, même sur les hybrides PC / tablette. Même en cas de substitution du PC, des surcoûts d’accessoires (clavier physique…) élèveront le Total Cost of Ownership (TCO). L’avantage des tablettes par rapport au PC est que ce surcout pourra être plus facilement absorbé par le salarié lui-même, via des offres de BYOD ou encore de co-financement des équipements. Par ailleurs, le coût de connectivité de ces tablettes pourra pour sa part bénéficier du développement des offres dites « multi-sim », où la tablette partage l’abonnement data du smartphone qui équipe déjà notre col blanc.

Des enjeux propres aux cols blancs

Le second facteur de succès repose sur la réponse aux enjeux propres d’un projet tablette pour des cols blancs : gestion des données pro/perso, portabilité de l’environnement de travail et sécurité accrue.

Pour ces populations, la bonne gestion des environnements pro et perso est ainsi nécessaire. Cela implique de mettre en place  des dispositifs de « containerisation » des données : les données pro et perso sont dans des parties étanches sur la tablette permettant un usage au bureau ou à la maison.

La portabilité de l’environnement de travail est également clé. On parle ici de la capacité à retrouver le même environnement applicatif, les mêmes documents, les mêmes contenus, quel que soit le terminal utilisé, PC, tablette ou smartphone. La progression de l’équipement en tablette impliquera d’aller beaucoup plus loin dans le déport des informations vers le cloud, comme c’est aujourd’hui le cas pour les données de messagerie. Le développement des offres de sauvegarde systématique de tous les documents de l’utilisateur dans le nuage devrait y contribuer. Il restera alors à travailler sur l’ergonomie pour assurer une gestion parfaitement fluide de l’information quel que soit le terminal utilisé.

Le dernier frein à lever est celui de la sécurité. Avec les cols blancs, le niveau de confidentialité des informations manipulées sur tablette va croitre. Les enjeux de sécurité, cités comme la préoccupation majeure par trois-quarts des DSI, resteront donc prépondérants.

L’équipement en tablette des cols blancs devient un projet comme les autres. De statutaire, il devient un investissement raisonné en terme d’objectifs, d’usages, de dépenses. La croissance future de l’équipement ne fait pas de doute mais pour cela la tablette doit servir pleinement, et des prérequis doivent être atteints : disponibilité de l’information, gestion de la sécurité, etc. Enfin, comme tout projet, l’acceptation des utilisateurs finaux sera clé. Si ces derniers sont encore les premiers demandeurs de tablette, la perte du côté statutaire et le remplacement de tablettes haut de gamme par des terminaux plus rationnels financièrement risque de changer la donne. Un paramètre supplémentaire à prendre en considération.

Franck Szabo, Senior Manager
Jean Baptiste Brunet, Senior Consultant