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Proclamés par les Nations Unies en 2000, les Objectifs du Millénaire pour le Développement ont dressé une liste ambitieuse de huit enjeux clés devant être adressés à horizon 2015, relatifs à la pauvreté, l’éducation, l’égalité des sexes, la santé, ou encore l’environnement.

Le septième objectif visait à développer un environnement humain durable, et mentionnait en particulier l’accès à l’eau potable. A contrario, l’accès à l’électricité n’y était pas évoqué, l’énergie étant considérée uniquement sous l’angle de la maîtrise de l’intensité énergétique (consommation d’énergie pour produire 1$ de PIB)…

Or, si l’objectif de réduction de moitié de la proportion de personnes sans accès durable à l’eau potable a été atteint en 2010, l’accès à l’électricité constitue toujours un frein majeur au développement de nombreuses régions dans le monde. Ainsi, 1,4 milliard de personnes n’avait pas accès à l’électricité en 2009, dont 585 millions en Afrique sub-saharienne [i].

L’électricité pour le consommateur africain : un produit rare, cher, et de mauvaise qualité

L’électricité est en effet un produit rare en Afrique : le taux d’électrification est limité à 42% à l’échelle du continent, soit le taux le plus faible de l’ensemble des régions en développement. De plus, ce taux moyen masque à la fois de fortes disparités régionales (99% au Maghreb, mais seulement 31% en Afrique sub-saharienne), mais également un clivage urbain / rural très marqué (69% en urbain contre 25% en rural) [i].

Moins de 10% des populations rurales d’Afrique sub-saharienne ont ainsi accès à l’électricité, la biomasse traditionnelle (bois transformé ou non en charbon) restant leur source d’énergie quasi-exclusive.


Taux d’électrification et population sans accès à l’électricité en Afrique [i]

Disponible pour moins de la moitié de la population, l’électricité reste également une ressource chère pour la consommateur africain. Dans les zones desservies par le réseau, le tarif résidentiel moyen s’élève à 12 c$/kWh [ii], soit un niveau proche des pays de l’OCDE (12 c€/kWh en France) pour un niveau de vie quinze fois inférieur. Dix pays africains proposent notamment des tarifs plus élevés que la moyenne de l’OCDE.

Hors réseau, dans les immenses zones rurales non desservies, les solutions d’alimentation électrique se font à un coût encore plus important, pouvant atteindre 30 à 50 c$/kWh pour un groupe électrogène, voire 70 c$/kWh avec l’utilisation d’un kit photovoltaïque.

Africa
Comparatif des tarifs résidentiels de l’électricité des principales régions en développement [ii]

Enfin, la cherté de l’électricité n’est pas synonyme de qualité pour l’usager. Au sein même des zones électrifiées, l’acheminement n’est pas fiable. Les pannes, conséquences d’un système électrique insuffisamment entretenu, et les délestages, seule véritable solution de gestion du réseau électrique en l’absence de moyens de production suffisants, surviennent près de 10 jours par mois et génèrent des coupures de courant durant 6h en moyenne [iii].

Ces interruptions fréquentes de l’alimentation électrique impactent fortement la vie quotidienne mais grèvent aussi significativement l’activité économique (outils inutilisables, pertes de production, casse d’équipements, rupture de la chaine du froid, coupure des communications…). Une entreprise africaine de plus de 250 salariés sur deux dispose par exemple d’un générateur de secours pour y faire face. La mauvaise qualité de l’électricité entraine ainsi un manque à gagner considérable pour les pays d’Afrique sub-saharienne, évalué par la Banque Mondiale à plus de deux points de PIB [iv].

Accessibilité des prix, recouvrement des factures et couverture des coûts : le grand écart des producteurs d’électricité en Afrique

Pour les opérateurs d’électricité d’Afrique sub-saharienne, l’équation économique est en effet complexe à résoudre.

D’un côté, ces opérateurs doivent s’adapter à la donne économique locale. Avec 70% de la population vivant avec moins de 2$ par jour, l’accessibilité de l’électricité est limitée. Dans les zones électrifiées, une consommation moyenne de 40 kWh par mois (contre environ 600 en France) représente par exemple un coût de 5$. Et dans les zones rurales non desservies, une consommation moyenne plus réduite de 5 kWh par mois génère toujours un coût de 2$ dû à l’utilisation des groupes électrogènes.

En plus de cette accessibilité d’ores et déjà limitée, les producteurs font face à des difficultés de recouvrement.  Environ 40% des clients finaux ne payent pas leur facture : ce taux grimpe à plus de 55% pour les catégories les plus pauvres et s’établit toujours à 20% pour les catégories les plus aisées [iv], suggérant un état de fait ancré dans les pratiquesmais s’expliquant également par l’incapacité des opérateurs à collecter efficacement les règlements, du fait d’une organisation déficiente et de l’absence de système bancaire structuré.

De l’autre côté, les opérateurs électriques doivent exploiter des infrastructures électriques lourdes, centralisées et couvrant d’immenses territoires. Héritées pour partie de l’époque coloniale, ces infrastructures génèrent des coûts d’exploitation élevés, de 14 c$/kWh en moyenne, qui sont à peine couverts par les tarifs de vente. Déficitaire sur la fourniture d’électricité aux particuliers, le fragile équilibre financier des opérateurs est tributaire de la vente aux entreprises.

Seuls sept pays d’Afrique sub-saharienne couvrent ainsi leurs coûts de production historiques, le taux de couverture étant limité à 61% en moyenne pour les autres [iv]. Au-delà de la question de l’accessibilité, cette situation résulte aussi souvent d’un choix politique de subvention des prix de l’électricité.

Africa

Cette non-couverture des coûts combinée aux difficultés d’accessibilité et à l’inefficacité du recouvrement pénalisent fortement la capacité des opérateurs africains à assurer la maintenance du système électrique, réduisant d’autant sa performance : près de 25% de l’électricité produite est ainsi perdue au cours de son transport et de sa distribution à cause des pertes dans le réseau et des fraudes [iv].

Auteur:
Aurélien Boiteau

  • Références

    [i]      World Energy Outlook 2010 (chiffres 2009)
    [ii]      Banque Mondiale, UPDEA (chiffres 2009)
    [iii]     Banque Mondiale (derniers chiffres disponibles)
    [iv]    World Bank – “Africa’s Power Infrastructure”, 2011

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