L’évolution des modèles de consommation, notamment en Europe, et plus largement les changements de régulation des importations au sein de l’Union Européenne impactent la filière agricole africaine avec l’enjeu de la traçabilité qui devient, pour les produits en exportation, essentiel. 

Nous assistons à l'éveil de la conscience des consommateurs sur l'impact de leur consommation. Ils exigent de plus en plus d'obtenir de l'information sur les caractéristiques des produits qu'ils achètent, qu'il s'agisse de l'origine des produits, les conditions de production, la nature des composantes ou encore de l'assurance de la non-exploitation des ressources naturelles ou humaines engagées dans la production.

De plus, et dans une mesure plus contraignante, la réglementation des pays de destination oblige les entreprises exportatrices à se doter des systèmes de certification et de traçabilité des produits agricoles exportés sur leurs marchés. L'UE vise une entrée en vigueur à partir de 2024 d'une nouvelle réglementation sur l'importation des produits agricoles dans le but de permettre l'importation des produits agricoles durables. Cette norme présente 3 objectifs clés : abolir le travail et la traite des enfants, assurer la protection et la restauration des forêts, garantir un revenu de subsistance aux producteurs.

L'enjeu de la traçabilité digitale

Ces facteurs posent un véritable défi aux acteurs agricoles qui doivent engager très rapidement les efforts nécessaires pour assurer la traçabilité des produits qu'ils mettent en vente sur le marché, notamment en cas d'exportation vers le marché de l'UE. La digitalisation facilite largement la traçabilité des produits et plusieurs solutions digitales à différents niveaux d'automatisation et d'intégration technologique existent pour adresser le défi de la traçabilité dans la filière agricole.

Une plateforme digitale multi-service ne doit pas assurer seulement la traçabilité des produits mais également exploiter et valoriser les données enregistrées auprès des différents acteurs connectés à la plateforme. Elle doit mettre en relation les producteurs, les acheteurs/grossistes et d'autres acteurs de la chaîne de valeur comme des institutions financières, des fournisseurs d'intrants ou des organismes de certification. Sur la base des données captées sur la plateforme, des produits et services appropriées peuvent être recommandés aux acteurs, par exemple des engrais en fonction des conditions de la terre agricole, du micro-crédit en fonction des transactions enregistrées sur la plateforme, ou du conseil agricole pour améliorer la productivité.

Pour saisir les données dans une telle plateforme, le produit à tracer doit être identifié à chaque étape de la chaîne de valeur. L'utilisation des technologies RFID, GPS et des codes QR permettant d'identifier le produit par exemple en flashant le QR code avec une application mobile. Certaines données peuvent par la suite être entrées manuellement dans l'application ou automatiquement si des dispositifs technologiques avancés existent (capteur pour mesurer l'humidité, la température etc.).

Un cas d'usage utile de la blockchain

Vu le nombre potentiellement important d'acteurs de différentes organisations connectées à la plateforme et saisissant des données, une question sur la propriété et le stockage des données se pose. Par exemple, un hébergement sur des serveurs en ligne d'organismes publics ou d'une organisation dédiée est imaginable sous hypothèse que les acteurs acceptent cet acteur comme maître de la donnée. Un hébergement et une propriété décentralisés / distribués peuvent également représenter une solution sous forme de stockage de la donnée sur une blockchain. Dans ce cas plusieurs acteurs connectés hébergent la même copie des données, chacun sur un « nœud » de la blockchain qui se synchronise en permanence avec les autres nœuds auprès des autres acteurs et organisations. Les données étant quasi immuables et impossibles à manipuler rétroactivement, un tel dispositif de stockage de données sur la blockchain peut augmenter la confiance dans la donnée et simplifie la question de la propriété de cette dernière, qui dorénavant appartient à tous les acteurs hébergeant un nœud. Ces dispositifs ne souffrent plus nécessairement des faiblesses des anciennes technologies blockchain (haute consommation énergétique...), mais la faisabilité d'un tel dispositif dépend d'autres facteurs comme la disponibilité des acteurs à héberger un nœud, connecter ce nœud avec des systèmes informatiques d'autres organisations, et permettre le stockage des données saisies / collectées sur les nœuds d'autres organisations.

Ainsi, la mise en place d'un système de traçabilité permet de répondre à un enjeu de transparence pour le consommateur, à des enjeux de conformité réglementaire pour les acteurs économiques, voire la maîtrise de la filière par les organismes de contrôle. Une plateforme digitale multiservice peut garantir la traçabilité des produits et au-delà de ça exploiter les données saisies pour fournir d'autres services aux acteurs de la chaîne de valeur. La réussite de la mise en place d'un système de traçabilité dans la filière agricole passe par une mutualisation des efforts des acteurs, des investissements à mettre en œuvre par chaque intervenant ainsi que le renforcement de la connectivité de ces acteurs.

Cette traçabilité est un enjeu économique pour les pays dont les exportations de produits agricoles sont économiquement importantes (vanille, poivre, cacao, anacarde, etc.) et font vivre toute une filière et des centaines de milliers d'africains. On estime que plus de la moitié de la population africaine travaille dans ce secteur. Les enjeux de traçabilité concernent aussi d'autres secteurs (produits issus des mines, produits industriels) mais c'est bien dans le secteur agricole, vu son poids en Afrique, que le sujet a le plus de sensibilité.

 

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