Capitaliser sur le potentiel de la diaspora africaine en Europe pour mieux réussir en Afrique

Considérées par l’Union Africaine comme la « sixième région du continent », les diasporas sont au centre de nombreuses réflexions stratégiques concernant l’Afrique et ses perspectives d’avenir. Leurs membres inventent en continu leur rôle dans le développement du continent. Cette tendance se traduit par de nouvelles dynamiques des diasporas, tant en termes de trajectoires de carrière que de projets de vie. 

Ce « point de vue » se veut porteur d’une vision dynamique et prospective des diasporas africaines. Il s’appuie sur deux convictions :

  1. Le potentiel financier des diasporas est immense, s’agissant de la première force de frappe financière d’Afrique, mais il reste largement sous-exploité. Dès lors, le secteur public africain et les institutions de développement ont une opportunité à saisir pour démultiplier l’impact de leurs programmes de développement.
  2. Pour le secteur privé, les diasporas, en tant que vivier humain, ne constituent pas seulement un instrument, mais surtout un partenaire dans la conquête de nouveaux marchés, et un levier clé de compréhension des réalités africaines dans leur diversité et leur complexité. Véritables alliés des entreprises dans leur démarche d’accéder à de nouveaux marchés, les diasporas permettent aux entreprises étrangères opérant en Afrique de développer des stratégies pérennes car adaptées aux contextes locaux.

Dans un premier temps, nous nous sommes intéressés aux facteurs expliquant ce changement de paradigme dans le rôle de la diaspora :

  • Facteurs économiques :
    • Emergence de nouvelles opportunités économiques en Afrique, notamment depuis la dernière décennie ;
    • Intégration du continent dans l’économie mondiale via de nouveaux partenaires commerciaux tels que la Chine, la Turquie, et l’Inde.
 
  • Facteurs politiques :
    • Implication grandissante des citoyens non-résidents dans la vie politique de leur pays d’origine ;
    • Apparition de modèles phares au sein de la diaspora prenant part à la vie politique et publique de leur pays.
 
  • Facteurs sociaux et culturels : émergence d’un nouveau narratif traduisant le vécu des diasporas et la réappropriation/redéfinition des identités diasporiques. Cette tendance se traduit dans la sphère culturelle (cinéma, mode, média, art etc) à travers des personnalités emblématiques s’illustrant dans leurs domaines respectifs.

Quels outils pour mobiliser l’épargne des diasporas au profit du développement de l’Afrique ?

En 2017, les transferts de fonds des diasporas africaines ont atteint 65 milliards de dollars 1, soit plus du double de l’aide publique au développement des bailleurs de l’Afrique, qui était de 29 milliards.

Toutefois, les deux tiers des fonds mobilisés auprès des diasporas servent de filet de sécurité sociale et pallient les besoins de financement de la vie courante (alimentation, frais de scolarité, frais de santé etc.). Si ces ressources répondent à de vraies problématiques du quotidien, elles n’irriguent pas les circuits formels de création de richesses (PME, projets de développement, infrastructures).

De plus, un obstacle rencontré par cette volonté de contribuer au développement du continent est le coût des transferts de fonds. Les taux pratiqués par les leaders de ce service font perdre à l’Afrique près de 1,6 milliard d’euros chaque année2.

De nouvelles modalités ont vu le jour dans le secteur privé afin de remédier à ces difficultés :

  • Les fintech ont créé des offres permettant de réduire ces frais et d’éviter les circuits les plus coûteux ;
  • Des intermédiaires proposent des services de Cash-to-Good pour garantir la bonne utilisation des fonds ;
  • Des représentants locaux proposent un suivi des investissements sur le terrain.

Des solutions innovantes, comme l’equity crowdfunding, se développent également pour soutenir des projets africains. Le secteur public, quant à lui, a des leviers à activer dans ce domaine via des initiatives telles que la mise en place de diaspora bonds ou la facilitation des processus administratifs d’investissement pour les citoyens de la diaspora.

Au-delà des ressources financières, comment capitaliser sur le capital humain des diasporas ?

Les diasporas évoluent en continue entre leur univers d’origine et celui dans lequel elles vivent. Cette double culture en fait un atout particulièrement pertinent pour les entreprises. De plus, les diasporas peuvent avoir un « intérêt personnel à faire avancer le continent »3 et s’illustrer comme élément clef de succès sur de nouveaux marchés. L’enjeu majeur autour de leur recrutement réside dans la mise en place d’une culture d’entreprise inclusive, via un ancrage sur le terrain, et une gouvernance favorable leur permettant d’être force de proposition dans leurs rôles.

Perspectives d’avenir 

Les diasporas ont toujours été vecteurs de progrès et de transformations sociales. Au-delà de leurs contributions financières, elles agissent également par leur apport de compétences, leur engagement politique, culturel et social. En Afrique, les premiers modèles réussis de l’implication de la diaspora dans ses rôles variés émergent en continu dans différents pays. Les acteurs de changement que sont les gouvernements, les entreprises, la société civile et les bailleurs, ont une opportunité à saisir en développant leurs propres modèles pour impliquer cette communauté ayant à cœur de contribuer à la réussite de l’Afrique.

  • Sources :

    1 The African Institute of Remittances, 2018

    2 Le monde : « D’ici à 2030, les frais sur les transferts d’argent ne dépasseront plus les 3 % », 2016

    3 A Multilateral Approach for Optimizing Africa’ s Access to Strategic Human Talent, African Social Science Review 2016

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