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Grands groupes et start-ups n’ont jamais été aussi connectés. Comment évolue leur mode d’interaction et comment ces acteurs vont-ils travailler ensemble dans le futur ?
Muriel Monteiro, partner de l’équipe Digital & Strategy chez BearingPoint, présente les principaux enjeux de cette collaboration. 

Collaborer avec les startups, est-ce une mode qui va passer ?

 

Le numérique transforme les industries les unes après les autres : médias, musique, jeux, distribution, agriculture…La banque n’est pas épargnée et réagit en voyant arriver sur le marché des start-ups innovantes s’attaquant à tout ou partie de sa chaîne de valeur. De Weeleo à Younited Credit en passant par Transferwise ou Anaxago, GAFA et FinTech disruptent le monde bancaire. Les institutions traditionnelles font office d’éléphants, pris de vitesse par les jeunes pousses ‘lévriers’.

Mais penser que les banques seront reléguées à la pure gestion du « core banking system » serait sous-estimer leurs atouts spécifiques (lien avec le client, relation omni-canal,…) et leur capacité d’investissement immédiate pour déployer des actifs et créer elles-mêmes la rupture. Tour à tour, elles adoptent des stratégies pour se rapprocher des startup. Plus qu’une menace, la vague Fintech est l’opportunité pour elles d’enrichir la relation client et faire leur mue.

Que peut-on attendre de cette collaboration?

 

L’objectif est souvent de gagner en simplicité et agilité, de s’alimenter en nouvelles idées – sur la relation client digitale notamment, ainsi que de développer une innovation continue et itérative. Une étude récente montre que les cent plus grosses entreprises du classement Forbes sont deux fois plus engagées avec des start-ups (68%) que les cent dernières (32%). Les banques se trouvent un peu en reste – 64% collaborent avec les startup vs 94% des entreprises du secteur pharmaceutique et 85% des entreprises du secteur des télécommunications*. Les bénéfices sont avérés. Encore faut-il trouver des modes de fonctionnement viables avec les jeunes pousses que tout oppose aux grands industriels.

De quelle manière les grandes entreprises ont-elles intérêt à collaborer avec des start-ups ?

 

Aujourd’hui, diverses gradations de collaboration avec les start-ups existent. Nous en recensons cinq ou six, du mécénat de compétences à l’acquisition de la structure, en passant par l’association simple au travers d’Awards ou hackatons ou le lancement d’incubateurs et pépinières. Un quart des plus grandes entreprises mondiales ont mis en place des programmes d’accélération ou d’incubation.

BNPP a démarré tôt en lançant l’Atelier puis les WAI et pôles Innovation. Notons aussi les initiatives du Crédit Agricole qui a mis en place un réseau de ‘Village de l’Innovation’ sur l’ensemble de ses régions, ou celle de Barclays en partenariat avec Techstars. Il n’y a pas de « one size fits all », le choix du dispositif doit se faire à chaque opportunité, selon les objectifs visés de la collaboration, les moyens qui peuvent y être consacrés et les compétences en présence de part et d’autre.

Un des facteurs clé de succès reste d’ouvrir large son observatoire et de ne pas se limiter à la Fintech et l’AssurTech quand on est banquier. Qui aurait pensé que l’algorithme de Shazam pourrait permettre de détecter la maladie d’Alzheimer en écoutant le patient ou la panne d’un bus en écoutant son moteur ? C’est la diversité des expériences et compétences qui favorise la créativité et des services en rupture.

Quels écueils rencontrent ces collaborations ?

 

La cohabitation entre deux mondes aux cultures très différentes apporte ses propres challenges. La proposition de valeur des grands groupes pas toujours perçue comme suffisamment séduisante par les start-ups. Les processus de décision longs, l’inertie, sont vécus comme décourageants pour les jeunes pousses qui ont besoin de fonds à court terme, et sont soucieuses de conserver leur intégrité, leur agilité et capacité d’innovation.

De l’autre côté, la fragilité des jeunes entreprises fait craindre aux grands groupes qu’elles disparaitront en cours de projet. Si on prend le hackaton ou une démarche d’intraprenariat, les retombées économiques ne sont pas immédiates et les mesures de ROI doivent évoluer, en tenant compte notamment du « risque à ne pas faire » ces expériences transformantes pour l’entreprise. Ainsi le Risk of Ignoring est autant en jeu que le ROI (Return on Investment).

* #500 Corporations, «How do the World’s Biggest Companies Deal with the Startup Revolution”, étude INSEAD Février 2016

Auteurs : 

Muriel Monteiro est Partner dans les équipes Digital & Stratégie de BearingPoint. Elle accompagne les directions générales dans leur transformation digitale et stratégie d’innovation. Digital Mum, elle est adepte à ses rares heures perdues de yoga et marche nordique.

Marion Duprez est senior consultante dans les équipes Digital et Stratégie de BearingPoint. Elle est spécialisée dans l’accompagnement et la transformation digitale d’entreprises de tous secteurs. Fan de nature, elle saisit toutes les occasions de partir faire du cheval ou de la randonnée !

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