Dans une époque où la mondialisation nous incite toujours plus à chercher à résoudre les grands enjeux de notre temps de manière globale, on aurait tendance à oublier qu’il existe et existera toujours des initiatives locales cherchant à répondre aux mêmes problématiques.
Si ces idées nouvelles n’ont pas toujours comme finalité de se répandre et se généraliser à l’échelle d’un pays, elles ont le mérite de proposer des solutions alternatives originales qui démontrent parfois un certain sens de l’innovation voire de l’imagination.
Petit tour du monde des réponses les plus insolites à l’enjeu certainement le plus important de notre époque : la production d’énergie verte.

L’humain comme source d’énergie ?

Parmi les « sources » d’énergie intarissables et a priori plutôt amenées à croître dans les prochaines années, on retrouve l’être humain lui-même, qui, de différentes façons, peut-être utilisé à des fins de production d’énergie.

En premier lieu, on peut penser aux méthodes « classiques » de production d’énergie à partir d’efforts « humains », qui commencent d’ailleurs à se répandre, comme la production d’électricité via des vélos reliés à des alternateurs.
Si cette technologie commence à apparaître dans certains lieux publics comme des gares où l’on peut recharger son téléphone en pédalant, on peut également penser aux quantités impressionnantes d’énergie cinétique créée dans des salles de sport, et à l’heure actuelle inutilisée. Certaines salles de sport commencent néanmoins à s’intéresser au sujet comme la « Green Microgym» à Portland[1], qui aurait généré en 2009 36% de l’énergie nécessaire à son fonctionnement grâce à des vélos ou tapis roulants couplés à des alternateurs.

Mais, au-delà de ces méthodes connues, il existe des procédés encore plus insolites pour récupérer de l’énergie produite par l’Homme, sans lui demander d’effort particulier.

A Stockholm par exemple, on utilise la chaleur des flux humains de la gare principale de la ville. En effet, les quelques 250 000 usagers journaliers créent forcément beaucoup de chaleur, particulièrement dans un pays nordique[2].

Au lieu de la laisser se perdre, un système d’échangeur de chaleur a été couplé au système de ventilation de la gare, permettant de chauffer un ballon d’eau, dont le liquide circulera ensuite dans les murs, permettant le chauffage de l’immeuble voisin.

Si la méthode n’a rien de révolutionnaire, cette curiosité permet tout de même aux voisins de diminuer leur facture d’électricité de 25%.

Autre exemple d’utilisation de l’Homme comme d’une énergie : le club Watt à Rotterdam qui transforme les pas de danse en électricité !

Pour cela, la piste de danse est recouverte de dalles posées sur des ressorts. Ces derniers se compressent en fonction du déplacement des « danseurs », et la compression des ressorts entraîne un axe en rotation, rotation transformée en électricité après passage dans un alternateur[3].
L’électricité générée est alors tout de suite utilisée pour allumer les différentes LEDs de la salle.
Si ce système est plus de l’ordre du gadget, l’idée d’utiliser les déplacements pourrait bien faire son chemin, et, en plus de favoriser la création d’autres boîtes de nuit « écologiques », pourrait aussi se développer sur des grandes places publiques par exemple, afin d’éclairer gratuitement ces lieux de passage.


Un exemple de piste de danse équipée du même dispositif

Dans la même veine, un stade de football à Rio de Janeiro inauguré en 2014 propose d’éclairer le terrain en utilisant uniquement l’énergie créée par le déplacement des joueurs[4]. Pour cela, 200 plaques de pelouse artificielle (composée à 80% de matériaux recyclés) ont été installées sur le terrain, équipées de la technologie « Pavegen »[5]. Cette technologie utilise le poid des déplacements pour compresser des générateurs électromagnétiques, reliés ensuite directement à un système d’éclairage par exemple.

En 2015, un projet du même type a vu le jour au Nigéria[6], et des dalles « Pavegen » avaient même été installées lors d’une portion du marathon de Paris en 2013, afin de générer de l’électricité qui avait été ensuite redistribuée sous forme de dons par Schneider Electric, principal partenaire de l'événement.

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Allier gestion des déchets et production d’énergie verte, ou comment faire du « propre » avec du « sale » ! 

Autre matière première « source d’énergie » dont les réserves ne devraient pas baisser de si tôt, les déchets produits par l’Homme.
Si le recyclage est un sujet plus que jamais d’actualité, la réutilisation des déchets pourrait être une solution à bien des problèmes de notre époque.

Si dès à présent le biogaz utilise certains déchets organiques, il existe des initiatives comparables à plus petite échelle et en circuit court en France.

Dans les Landes, le maraîcher Larrère, un des leaders européens de la carotte, utilise les déchets de ses légumes impropres à la vente directement dans une unité de biométhanisation Greenwatt[7].
Installée en 2014, cette technique permet déjà de couvrir 100% des besoins énergétiques de leur usine de conditionnement, mais dépasse même l’objectif de l’indépendance énergétique.
En effet, le site leur garantit une production de 240 Kilowatt-heure, permettant à l’entreprise de vendre une partie de cette énergie aux villages avoisinants, qui sont donc en partie alimentés en énergie grâce à des carottes « pourries ».

Encore plus facilement trouvable que des déchets de carottes, la West of England University associée à l’ONG Oxfam propose des sanitaires qui produisent de l'électricité grâce à l'urine. Baptisé « Urine-Tricity »[8], le projet repose sur le principe de l’oxydo-réduction grâce à une pile à combustible. Comme dans une pile traditionnelle, la cathode utilise l’oxygène de l’air. Cependant, l’anode consiste en un réservoir où se trouvent des bactéries provenant de l’urine, riches en hydrogène. La réaction chimique entraîne donc une production d’énergie.
Depuis 2015, le festival Galstonbury en Angleterre propose des stations de « Pee Power », permettant d’alimenter des panneaux d’affichage et même parfois de recharger son téléphone ! 

Si le projet paraît aujourd’hui plus loufoque que révolutionnaire, on peut vite penser que l’idée peut être intéressante grâce au caractère illimité, universel et gratuit de sa « matière première ».
Cependant, limites de taille à sa diffusion, la production d’énergie ne serait pas conséquente et le projet en est encore au stade de prototypes qui coûteraient plus de 800 euros chacun.

En conclusion, si certaines de ces idées relèvent plus du « fun fact » que de la réelle révolution écologique, on ne peut que louer l’imagination et l’effort des chercheurs, entrepreneurs ou universitaires qui cherchent sans cesse à apporter leur pierre à l’édifice de la transition écologique. Si ces idées n’atteindront sans doute pas toutes la postérité, essayer à son humble échelle de changer les choses, c’est aussi ça l’écologie et l’éco-responsabilité.

 

Auteurs :

Benjamin DECRET, Consultant
Patrice MALLET, Directeur Associé

 

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