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L’évolution des réserves énergétiques et le bouleversement de la situation climatique soutiennent le recours à des solutions alternatives, fondées de plus en plus sur les énergies renouvelables telles que l’énergie solaire. Les projets solaires s’inscrivent dans une durée longue mais qui nécessite dès à présent de se poser les bonnes questions. 

La faiblesse des ressources énergétiques en Europe en comparaison à la surabondance de ces ressources en MENA, alliée à la présence d’un grand savoir-faire technologique dans le domaine des énergies renouvelables en Europe, fait qu’une collaboration entre les deux régions a de plus en plus de sens. Ces contraintes grandissantes placent au cœur des priorités des nations la nécessité de faire un usage sobre de l’énergie et du carbone. Des décisions gouvernementales sans précédent accélèrent la vitesse des transformations comportementales : le débat sur le nucléaire stimulera, à coup sûr, les projets tels que Desertec, alternative énergétique au potentiel significatif.

Desertec peut en effet apporter des réponses aux facteurs de mutation énergétique mondiale : le projet s’implante dans une zone favorable au développement d’énergies alternatives au pétrole et au gaz faisant face à l’épuisement des ressources fossiles. Il s’inscrit dans le cadre de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre pour les pays utilisant des centrales thermiques au charbon ou au gaz comme l’Allemagne et n’ayant pas fait le choix de l’énergie nucléaire (énergie de masse non émettrice de CO2), le projet peut favoriser le déploiement à grande échelle d’énergies renouvelables. Il permet également la diversification des partenaires énergétiques, l’objectif étant de pouvoir accroître l’indépendance des pays européens. Mais, pour que Desertec voie le jour, seuls une volonté politique affirmée et un cadre incitatif adéquat et engageant constituent aujourd’hui des prérequis. Ces éléments sont des préalables nécessaires qui permettront de faire évoluer la réglementation européenne dans le bon sens, de donner toute sa place à la concurrence, de créer le marché approprié de l’électricité verte, socle de son développement, de catalyser les découvertes d’innovations technologiques, levier considérable pour la baisse des coûts, et l’atteinte de l’objectif de rentabilité.

Ensuite, la mise en place de fermes solaires dans le désert devra se faire en respectant quelques fondamentaux. La veille à la compensation des impacts environnementaux de l’installation de ces centrales en termes de consommation d’eau notamment. Les centrales solaires thermiques consomment de l’eau douce dans le processus de génération de vapeur destiné à actionner les turbines. Or, l’eau est une denrée rare dans ces régions arides qu’il faut utiliser avec parcimonie. Il faudra adopter une logique gagnant-gagnant, élément clé de l’adhésion au projet et de sa pérennité. En effet, il s’agira de jouer le jeu de la collaboration honnête et équitable. Outre le fait que l’électricité produite devra bénéficier en grande partie aux pays qui la produisent et qui en ont besoin, l’Europe devra apporter à la région MENA plus que son savoir-faire. Cela pourra passer par la participation, par exemple, à la création d’emplois, afin de concrétiser le transfert de compétences, via le développement de programmes de formation et d’études sur les énergies renouvelables en MENA. Ces actions devront ainsi contribuer au développement local des économies de ces pays en plein développement, afin de garantir la pérennité des échanges Nord-Sud. Ces apports de l’Europe à la région MENA seront par ailleurs essentiels pour maintenir la stabilité politique des pays, garante de la sécurité d’approvisionnement requise. Toute la difficulté consiste donc à trouver un équilibre qui permette d’espérer la rentabilité d’un tel projet à long terme tout en répondant aux besoins des populations d’Afrique du Nord et de la région orientale. Les pays du MENA pourraient avoir converti leurs déserts en sources inépuisables d’énergie propre, mais encore faut-il qu’on leur réserve une part suffisamment grande du gâteau !

Denier élément de vision, le rapport Sud-Sud ne doit pas être négligé. Qu’en est-il en effet de l’Afrique sub-saharienne ? Le potentiel de l’Afrique est incroyablement grand : une population jeune qui servira de force de travail compétitive et de force de consommation, un continent doté de 30% des réserves mondiales en minéraux, une richesse inépuisable en sources d’énergies renouvelables… Le manque de progrès durant les 50 dernières années sur ce continent va devoir être effacé rapidement. La future croissance économique viendra, à l’avenir, de plus en plus des pays, aujourd’hui émergents, demain développés, plutôt que du Vieux Continent. Le désert du Sahara sera-t-il assez généreux pour subvenir aux besoins de l’Europe, de l’Afrique du Nord dans un premier temps, et dans un deuxième de l’Afrique sub-saharienne ? Le rôle de l’Afrique du Nord deviendra alors central pour animer la région et initier les échanges sud-sud en énergies solaires, afin de participer activement à la transformation de l’Afrique en un continent prospère, qui aura résolu, en partie, le problème de la pauvreté, de l’éducation, de l’infrastructure défaillante, du sous – développement économique, et peut-être même de la stabilité politique.

Cet article est le deuxième d’une série de 3 articles sur le projet Desertec. Le prochain article, intitulé “Exploiter l’énergie solaire : un jeu d’enfants ?”, paraîtra le 7 juillet.

Auteurs :
Abir Haddoud, Analyste
Amira Khediri, Senior Consultante
Prisca Bala, Consultante