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Le nucléaire, sa place dans le mix énergétique, l'accompagnement social de la transition énergétique… Emmanuel Autier, associé en charge des segments Utilities et Transport chez BearingPoint, a répondu aux questions des Echos.
Interview réalisé par Jean-Michel Gradt et publié sur le site Internet des Echos le 27 novembre 2018.

 

Dans son discours sur la Programmation Pluriannuelle de l'Energie, le président de la République a fait le lien entre nucléaire et transition énergétique. Qu'en pensez-vous ?

Je ne peux qu'être en phase avec le Président de la République qui a placé le nucléaire au cœur de la transition énergétique. Il a réaffirmé que le nucléaire est plus que jamais une énergie importante pour la France. Non seulement c'est une filière d'excellence, mais c'est surtout une capacité de production d'électricité décarbonée primordiale qui fournit une électricité à un prix économique viable. Ceci, à l'heure où la lutte contre les gaz à effet de serre (GES) et le réchauffement climatique sont des priorités absolues.

Il ne faut jamais perdre de vue que le nucléaire s'appréhende sur le long voire le très long terme. Entre la décision de construire une centrale, son arrêt et sa déconstruction, il se passe 80 ans voire un siècle. Il faut donc remplacer les réacteurs actuels, d'ancienne génération, par des réacteurs plus modernes, plus économes pour permettre une montée en puissance des énergies renouvelables (ENR) et du stockage. Ce qui permettra d'envisager, à terme, une prépondérance de celles-ci dans le mix énergétique français.

Emmanuel Macron a aussi rappelé que le fait de capitaliser sur les apprentissages de l'EPR, de développer de nouveaux types de réacteurs doit être une évidence pour le marché national. Et, même si l'on n'a pas encore totalement démontré notre capacité à industrialiser une filière EPR, pour les marchés émergents comme la Chine et l'Inde. A mon sens, le président a bien fait. La lutte contre le réchauffement climatique ne s'arrête pas à nos frontières et nous aurions tort de nous priver de cette énergie fortement décarbonée.

 

En se donnant dix ans de plus pour fermer 14 réacteurs à l'horizon 2035, ne prend-il pas le risque de se couper d'alliés politiques possibles, comme les écologistes ?

 

Je ne me prononcerai pas sur le jeu politique. En revanche, j'observe que certains dans notre pays se trompent de débat lorsqu'ils évoquent la transition énergétique. La vraie question est la suivante : comment réduit-on la production de GES ? Or, même s'il a ses défauts (traitement des déchets, coût de déconstruction...) le nucléaire n'en produit pas, il ne participe pas au réchauffement de la planète.

C'est donc une erreur que de vouloir associer la transition énergétique à la sortie du nucléaire. Il a donc toute sa place dans le futur mix énergétique français, n'en déplaise aux écologistes.

 

Quel mix énergétique faudrait-il mettre en place pour aller vers une France durable à l'horizon 2030 ?

 

Le débat doit porter sur le réel enjeu que représente le changement climatique. Le mix idéal à l'horizon 2030 doit laisser sa part à toutes les énergies qui peuvent diminuer le réchauffement. A savoir, et dans des proportions qui restent à déterminer : les ENR - y compris le gaz vert issu de la biomasse, avec le solaire, et l'éolien offshore. Il doit aussi inclure le nucléaire qui servira de variable d'ajustement du Réseau. Et le gaz : du fait de sa flexibilité ce dernier a toute sa place pour gérer l'hyper pointe de consommation et, comparé aux autres énergies fossiles, son impact carbone est relativement faible.

A plus long terme, l'équilibre et les choix sans dogmatisme seront essentiels pour atteindre une neutralité carbone. Pour y parvenir, il faut agir sur les secteurs qui génèrent le plus d'émissions de GES, notamment celui des transports. Dans ce dernier cas, le gaz véhicule, la mobilité électrique et le développement de l'hydrogène sont des pistes intéressantes qui peuvent être combinées pour amplifier leur impact individuel.

 

Faut-il accompagner la transition énergétique avec des mesures sociales ?

 

Certainement car, ne rêvons pas, la conversion du parc automobile prendra du temps. Et elle ne se produira pas sans une forte impulsion politique accompagnée de mesures fiscales pour les particuliers. En ce sens, la prime à la conversion constitue une avancée intéressante. Elle doit s'inscrire dans la durée, voire être renforcée.

Toutes ces évolutions nécessaires montrent que le temps de l'énergie abondante et peu chère est révolu. Le « signal prix » est indispensable à une prise de conscience sur le fait que le meilleur élément du mix est l'énergie qui n'est pas consommée. Néanmoins, face à une hausse inéluctable des prix de l'énergie, la prise en compte de la précarité énergétique, au travers de mesures comme le chèque énergie est vitale. L'exigence de solidarité est incontournable pour favoriser une transition énergétique vertueuse et la plus rapide possible.

 

Lire l'interview en intégralité sur le site des Echos 

                  Emmanuel Autier, associé en charge des segments Utilities et Transport chez BearingPoint