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Fibre optique et data centers : intérêts communs des Utilities et des opérateurs Telécom

 

Pour les « Telcos », les partenariats avec les énergéticiens vont leur permettre de poursuivre le développement de nouvelles offres, notamment les offres data (cloud, haut débit), money (« m-payment », services bancaires), media (« mobile apps », contenus...), à travers l’installation de « data centers » et de la fibre optique sur le continent. Quels sont les intérêts communs aux Télécoms et aux « Utilities » dans leur développement sur le continent africain ?  

La fibre optique : le haut débit, une nouvelle source de revenus pour les « Utilities »

De nombreux pays du continent africain ne disposent toujours pas d’un réseau de télécommunications haut débit. Environ 50% de la population d’Afrique Subsaharienne vit à moins de 25 km du réseau de fibre optique, mais la part de cette population avec un accès direct est encore marginale. Or, l’installation de la fibre optique est assez complémentaire de l’installation du réseau électrique. Étant donné que la plupart des distributeurs électriques africains disposent d’un réseau peu étendu, l’extension de la fibre optique peut être mise en oeuvre en parallèle du déploiement du réseau optique.
Ainsi, les « Utilities » ont un rôle clé à jouer dans la commercialisation des infrastructures, qu’il s’agisse de conduits, de poteaux ou des fibres elles-mêmes. Cela a été le cas dans plusieurs pays comme en Tanzanie (TANESCO), en Afrique du Sud (Eskom)...
C’est également le cas au Kenya, où Kenya Power a installé depuis 2010 plus de 1 800 kilomètres de fibres optiques le long de ses lignes électriques à haute tension, traversant 24 des 47 comtés du Kenya, et cherche à présent à l’étendre à toutes les régions. Initialement, l’entreprise avait pour but d’utiliser la fibre pour la gestion de son propre réseau. Toutefois, l’entreprise n’utilisant pas toutes ses capacités, elle a décidé d’en louer une partie aux entreprises de télécommunications mobiles et aux fournisseurs de services Internet. Elle a gagné 2,1m€ de chiffre d’affaires en 2015 via cette activité, un chiffre qui devrait atteindre 8m€ en 2017. Ses clients actuels comprennent Safaricom, Liquid Telecom, Jamii Telecommunications, Wananchi Group et Airtel.

Kenya Power ne compte pas s’arrêter là. Elle va établir une nouvelle filiale pour gérer ses activités de télécommunications incluant l’installation et la gestion d’un réseau de fibre optique dans tout le pays. Ainsi Kenya Power veut participer à la connexion de tous les foyers en même temps qu’elle leur distribue l’électricité. Un partenariat avec Safaricom permettra d’apporter les infrastructures complémentaires qui permettront de déployer un service de fourniture d’accès à l’internet. À terme, ce sont 12 000 maisons qui seront connectées par fibre optique et donc des dizaines de milliers de personnes qui auront un accès au haut débit stable. On imagine très bien que si ce projet réussit, il pourrait devenir une « Best Practice » et s’étendre à tout le pays voire aux autres régions d’Afrique.

Cependant, il semble que les opérateurs locaux de réseaux télécoms tels que Vodacom, MTN, Orange et CellC sont prêts à installer de la fibre optique supplémentaire, mais pas encore les distributeurs d’électricité. Dans le cas de fibre déjà existante déployée le long des réseaux électriques, les distributeurs électriques ont la crainte d’une interaction entre leurs usages opérationnels et les usages commerciaux. Ce challenge peut se régler en séparant les fibres « opérationnelles » et « commerciales » dès l’installation. Le gain serait important pour les « Utilities » étant donné qu’elles n’utilisent environ que 15 à 30% de leur capacité actuelle.

Dans le cas de nouvelle fibre à déployer, les « Utilities » se trouvent face à un problème de capacité d’investissement et préfèrent prioriser l’extension ou la maintenance de leur réseau électrique.

 

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Les « data centers » : un moyen de sécuriser la construction de capacité électrique

L’Afrique est encore une terre quasi vierge de « data centers ». En effet, seulement 1% des serveurs internet sécurisés dans le monde se trouvent en Afrique. La grande majorité des usagers, entreprises ou individuels, doivent actuellement se connecter aux centres de données en Europe et accepter ainsi la latence qui en découle. En effet, la vitesse de téléchargement et de chargement est 4 fois inférieure à la moyenne mondiale pour le fixe et 3 fois pour le mobile. Ce manque de « data centers » limite également la capacité des « Telcos » à étoffer leur offre de services. En effet, les services cloud, mais aussi les offres media (contenu, mobile apps…) et « mobile advertising » sont encore faiblement développés sur le continent africain à cause de la faible vitesse de débit.

Cependant, même si les projets de « data centers » en Afrique représentent encore une infime partie du marché mondial, ils se multiplient à un rythme bien supérieur à la croissance mondiale. En effet, la croissance du nombre de serveurs africains a été de 20% par an sur les 3 dernières années, contre 6% pour la croissance mondiale (Banque Mondiale). Pour le moment, les « Telcos » sont toujours les « drivers » du marché, mais ils pourraient voir arriver d’autres acteurs, comme les hébergeurs de données locaux (Teraco, Kooba, icolo.io) ou les GAFA. L’Afrique du Sud est le choix numéro 1 des investisseurs, Microsoft a d’ailleurs décidé d’y lancer 2 projets géants en 2017 (Johannesburg et Cape Town).Cependant, d’autres projets ambitieux voient le jour en Zambie (75m€), Nigeria (40m€), Kenya…

 

Le principal défi pour la construction de « data centers » est le besoin d’un approvisionnement en énergie fiable et continu. Les « Telcos » ont donc commencé à mutualiser leurs sites « offgrid », en construisant leurs « data centers » à proximité des antennes relais. Maintenant, les « Tower companies » qui ont racheté ces sites continuent à vouloir optimiser leur consommation d’énergie de la même façon. Prenant en compte que le principal risque de coupure d’électricité provenait des réseaux de transmission et de distribution, les « Telcos » et les hébergeurs de données ont également utilisé des sites à proximité de centrales électriques existantes pour limiter leur risque.

Malgré la créativité des hébergeurs de données africains, le défi de l’alimentation électrique a un certain nombre de conséquences immédiates et à plus long terme. Tout d’abord, il déforme l’économie africaine en limitant la taille du « data center » moyen : la taille d’un « data center » est fonction du potentiel de la demande, mais aussi de la capacité à maintenir un niveau d’alimentation adéquat. Étant donné que l’approvisionnement électrique est complexe et coûteux, les opérateurs utilisent la plus petite quantité d’espace qui permet de répondre à la demande. Ainsi, la taille moyenne des « data centers » africains est bien plus faible que la moyenne mondiale : 123 m$ contre 387 m$ en moyenne pour les projets majeurs (supérieurs à 25m$). C’est aussi une raison pour laquelle 55% des installations africaines sont polyvalentes.

Cependant, cette opportunité n’a pas été encore prise en compte par les producteurs d’énergie (IPPs ou producteurs nationaux) qui pourraient profiter de cette demande stable et continue pour minimiser les risques de construction de nouvelles centrales. Par exemple, en 2017, Teraco a lancé la construction du plus grand data center d’Afrique, avec un besoin en capacité électrique de 50 MW. Cette capacité pourrait être utilisée pour construire un projet électrique bien plus vaste autour du site. Les opérateurs de « data centers » (« Telcos » inclus) pourraient ainsi être des catalyseurs pour l’investissement dans de nouvelles capacités électriques et réduire l’écart entre l’offre et la demande en électricité.

 

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D'après une étude de Jean-Michel Huet :

Electricité et Télécom en Afrique : la convergence?