Début 2019, le gouvernement dévoilait son projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). La PPE a pour but de définir les orientations en matière d’énergie sur les dix prochaines années. Afin de faire face à l’urgence climatique, la PPE prévoit, entre autres, une hausse de la part des énergies renouvelables (EnR). En 2028 la capacité installée d’EnR sera portée à une fourchette de 102 à 113GW soit une augmentation de plus 110% en comparaison à fin 2017. La majeure partie de cette évolution est réservée à l’éolien terrestre et au photovoltaïque, deux ENR éprouvées. L’éolien en mer voit sa part considérablement augmentée mais ne constituera que 4.6% de la capacité d’ENR en 2028. L’éolien flottant, malgré ses gisements importants, ne comptera que pour une petite part, car cette filière présente des prix supérieurs à l’éolien offshore posé.

Pour mieux comprendre, nous sommes assis avec Marc GUYOT, PDG d’EOLINK, startup française qui conçoit et produit une éolienne flottante innovante qui souhaite réduire de 25% le coût de l’éolien flottant.


Photo copyright IFREMER O. Dugornay

Q : Pourriez-vous nous présenter Eolink et sa spécificité dans le paysage des éoliennes offshores ?

Eolink, basée à Brest, développe un concept innovant d’éoliennes flottantes. Nous travaillons sur un produit intégré au sens où la turbine et le flotteur sont conçus ensemble. Ceci nous distingue de nos concurrents qui développent des flotteurs pour s’adapter aux turbines existantes. Or, la force de l’éolien flottant, c’est justement de pouvoir repenser l’architecture pour supprimer le mât classique. La structure porteuse pyramidale est beaucoup plus performante. Elle répartit de manière équilibrée les efforts, elle supprime également les problèmes vibratoires rencontrés avec les mâts classiques. Enfin, elle permet de concevoir des pales plus longues et donc des éoliennes plus compétitives. C’est si simple que souvent on me pose la question : « pourquoi on ne fait pas la même chose pour l’éolien terrestre ? ». Sur terre, le rotor ne pourrait pas s’orienter face au vent, bloqué par les jambes de forces de la pyramide. En fait, ce concept n’a de sens que parce que la structure est mobile sur l’eau et peut s’orienter face au vent, comme un bateau au mouillage.

Q : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre développement ?

R : A dire vrai, nous avons eu jusqu’à présent un développement rapide et efficace. 2016 : tests en bassins avec l’IFREMER et France Energies Marines. 2017 : levée de fond de un million d’euros. 2018 : première éolienne flottante française testée en mer et connectée au réseau. Notre prototype a démontré la capacité de produire beaucoup sur un flotteur de taille modéré, et de tenir des conditions de vent équivalente à un typhon. Maintenant, il nous faut réaliser une machine multi-MW et cela représente plus de vingt millions d’euros. Il s’agit donc de projets très capitalistiques, un peu à l’instar des projets en biotechnologies.

Lire aussi : Eolien offshore – La révolution du flottant – les gisements 

Q : Quel développement anticipez-vous pour la filière d’éolien flottant plus généralement ?

R : La transition énergétique est en route chez nos voisins européens. Le Royaume-Uni a installé près de 2 GW d’éoliennes en mer en 2018. L’éolien en mer est maintenant rentable sans subventions, capable de produire massivement une énergie locale et propre. Mais, il faut bien comprendre que cette industrie est aujourd’hui concentrée en Mer du Nord, caractérisée par une faible profondeur. Or, la majeure partie de la ressource ne sera accessible qu’aux éoliennes flottantes. Aussi, on ne peut être qu’enthousiaste. Là où certains voient une énergie coûteuse, l’éolien flottant promet un coût à la parité réseau avant 2030. Et à un rythme modeste de 1GW par an, c’est 25% de la consommation électrique que l’éolien flottant pourrait produire en 2045.

Q : Quels sont selon vous les principaux freins au développement des énergies en mer ?

R : Le premier frein était relatif au coût de production de l’électricité, mais l’éolien en mer démontre aujourd’hui qu’il n’a plus besoin de subventions pour être rentabilisé. Concernant l’éolien flottant, il est clair qu’une éolienne de 2MW ne sera pas économiquement rentable. La puissance est un des paramètres les plus influents sur la compétitivité. A partir de 8 MW, le coût du flotteur devient raisonnable. Et si, comme je le crois, l’éolien flottant permet d’augmenter rapidement la puissance à 15 ou 20 MW, alors le frein se transformera en accélérateur.

Le second frein semble plus spécifique à la France, avec un délai de plus de 10 ans entre le lancement d’un appel d’offres et la mise en service des parcs. Nos voisins européens le font en 6 ou 7 ans. Heureusement, de nombreuses actions sont portées par l’Etat à ce sujet, et ces problématiques réglementaires devraient progressivement être résolues.

Q : Enfin, quelles perspectives à court terme pour une filière française d’énergies en mer ? et pour le flottant plus spécifiquement ?

R : Il me semble que seul le flottant permet une production massive et économique d’énergies. J’imagine un déploiement progressif. Cela permettra de consolider le tissu industriel local sans pour autant nécessiter des investissements infrastructurels massifs : 5 éoliennes de 12 MW par an permettent déjà d’installer un parc de 250 MW en quatre années. Dès que les commandes atteindront 1 GW/an, nous pourrons accélérer la cadence en construisant des usines de soudures automatisées adaptées et garantes d’emplois qualifiés sur le long-terme.

Nous remercions Marc GUYOT pour cette contribution au blog énergie de BearingPoint.
 

Pour d’avantages d’informations sur l’éolien flottant, retrouvez notre série d’articles en cliquant sur ce lien.

 

Auteurs :  Rami Zghaib, Consultant, 
Franck Charlouty, Manager

Photo  de couverture, copyright IFREMER O. Dugornay

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