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Présenté (à tort ?) comme la panacée au réchauffement climatique, le véhicule électrique (VE) pourrait rendre de fiers services à notre système électrique. A défaut de pouvoir sauver la banquise, comment l’attelage qu’il forme avec les bornes de recharge connectées pourrait-il jouer un rôle moteur dans l’essor des smart grids? C’est ce que nous vous proposons de découvrir à travers cet article qui présentera les dernières avancées sur le sujet et les freins à lever.

Pourquoi VE et smart grids doivent devenir les meilleurs compagnons de route 

Plutôt qu’un démarrage sur les chapeaux de roue, commençons par une définition des « smart grids ». D’après la CRE (Commission de Régulation de l’Energie), il s’agit de « réseaux électriques publics auxquels sont ajoutées des fonctionnalités issues des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) » et dont « le but est d’assurer l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité à tout instant pour fournir un approvisionnement sûr, durable et compétitif aux consommateurs. »[1]. L’émergence de ces réseaux intelligents est rendue nécessaire par le développement des énergies renouvelables couplé à l’apparition de nouveaux usages de l’électricité dont la mobilité fait partie.

La montée en puissance du VE souhaitée par le gouvernement (multiplication par 5 d’ici 2022 du nombre de VE en circulation sur le territoire français) apparaît de prime abord comme un facteur de stress supplémentaire pour nos réseaux électriques[2] du fait d’une sollicitation accrue.  C’est particulièrement vrai pendant les périodes de pointes journalières de consommation électrique. Ainsi, la recharge dite accélérée d’un VE (en 1h) appelle une puissance équivalente à celle de…20 machines à laver. Et que dire alors d’une recharge rapide (en 30 minutes) qui mobilise une puissance comparable à celle d’un immeuble de 10 logements[3].

Mais énergéticiens et constructeurs automobiles mettent la gomme pour montrer qu’il est techniquement possible et économiquement rentable d’inverser, quand nécessaire, le rapport entre le réseau et les batteries des VE. Leur pari semble tenir la route. En effet, les VE étant utilisés une heure par jour en moyenne, ils sont a priori disponibles le reste du temps pour apporter des services au réseau électrique. Durant les creux de consommation, leurs batteries peuvent se charger, absorbant ainsi une partie de la production fatale des énergies intermittentes. A contrario, elles doivent réinjecter l’énergie dans le réseau lors des pics de demande en électricité, ce qui permet de limiter le recours aux centrales thermiques (gaz ou charbon).

 

Quelles actions enclencher pour tracer la route ?

Ce fonctionnement vertueux nécessite le déploiement de bornes de recharge intelligentes, capables de recharger les batteries au meilleur moment mais aussi de les mettre à disposition des réseaux.  Sur ce point, EDF souhaite passer la vitesse supérieure et ambitionne de devenir le leader du « smart charging ». Le groupe vient de présenter sa feuille de route comprenant, via sa filiale Izivia[4], l’installation de 4 000 bornes intelligentes à horizon 2022[5]. Des recherches sont également entreprises par une alliance regroupant notamment Siemens, Solvay et Saft (filiale de Total) pour développer puis lancer l’industrialisation de batteries lithium-ion solides, plus sûres et performantes que leurs homologues conventionnelles.[6]

Lire aussi : Voitures électriques en Chine : les défis d’un leader mondial

Si d’un point de vue technique les feux semblent au vert, reste la question du modèle économique car rien ne pourra se faire sans l’adhésion du client final. C’est pourquoi des expérimentations se multiplient autour du Vehicle-2-Grid (V2G) pour évaluer les économies que cette charge intelligente bidirectionnelle pourrait apporter aux utilisateurs[7]. C’est le cas du projet baptisé GridMotion, lancé en France en mai 2017 pour une durée de 2 ans, auquel contribuent Direct Energie, PSA ou encore l’énergéticien italien Enel[8]. Au Danemark, l’étude déjà menée par Enel, associé au fabricant automobile Nissan et au spécialiste américain du V2G Nuvve,[9] a permis à un propriétaire de gagner 1 530 dollars en un an. La conduite à tenir était simple : revendre l’électricité en surplus de son VE en le laissant alimenter le réseau aux moments opportuns grâce à sa borne connectée.[10]

Pour que le succès soit aussi au rendez-vous chez nous, la Commission nationale du débat public a fait deux préconisations cet été. La première concerne la mise en place de tarifs et d’une fiscalité justes et équitables[11]. La seconde consiste à ne pas multiplier les exigences techniques ou de comptage pour le système de raccordement…tout en veillant à l’interopérabilité des bornes pour que la recherche d’un lieu de recharge ne vire pas au casse-tête pour les automobilistes. Reste à savoir si les pouvoirs publics seront sensibles à ces recommandations et sauront mettre en place le cadre réglementaire susceptible d’éviter une sortie de route prématurée…

 

[1] http://www.smartgrids-cre.fr/index.php?p=comprendre-les-smart-grids

[2] https://investir.lesechos.fr/actions/actualites/france-un-contrat-pour-multiplier-par-5-les-voitures-electriques-1766387.php

[3] https://www.equilibredesenergies.org/06-12-2016-la-montee-en-puissance-du-vehicule-electrique

[4] Izivia est depuis le 18 octobre 2018  le nouveau nom de Sodetrel, filiale à 100 % d'EDF fondée en 1998 et devenue un acteur de référence sur le marché de la mobilité électrique en France.

[5] https://www.lemondedelenergie.com/mobilite-electrique-edf-plan/2018/10/10/

[6] https://www.usinenouvelle.com/editorial/saft-forme-une-alliance-pour-developper-une-batterie-lithium-ion-solide.N657169

[7] http://www.avere-france.org/Site/Article/?article_id=7275&from_espace_adherent=0

[8] http://www.avere-france.org/Site/Article/?article_id=7275&from_espace_adherent=0

[9]  EDF ambitionne de créer à court terme une co entreprise avec la start-up californienne Nuvve, dans laquelle EDF Renewables North America détient déjà une participation minoritaire, afin de développer dans l'hexagone le smart charging à valeur ajoutée.

[10] http://acti-ve.org/voiture-electrique-branchee-rapporte-gros/mobilite-electrique/2017/08/

[11] https://ppe.debatpublic.fr/cahier-dacteur-ndeg85-nuvve

 

Auteurs :
Caroline Davriu, Consultant
Cyril Jouan, Consultant
Bopha Jumelet, Manager
Ouassim Driouchi, Manager