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La prise de conscience écologique progressive amène de nouveaux acteurs sur le front de la lutte contre le réchauffement climatique. La finance en fait partie et s’est même attribuée un nom plein de promesses : la finance verte. Simple Greenwashing ou réelle volonté de sauver la planète ?

Les accords de Paris (2015) et le one planet summit (2017) ont favorisé l'émergence d'une finance visant à faciliter la transition énergétique. Ces sommets ont exhorté la communauté financière à accompagner le fléchage de capitaux vers les problématiques climatiques grâce à des dispositifs réglementaires plus incitatifs pour les investissements accompagnant la transition énergétique, et à l’inverse moins incitatifs pour les investissements dans des infrastructures carbonées. A date, plus de 300 investisseurs - représentant plus de 20 000 Md€ d’actifs - ont pris des engagements qui consistent le plus souvent à investir dans les infrastructures vertes, notamment dans les énergies renouvelables (parcs solaires ou éoliens par exemple), dans les green bonds ou dans l’efficacité énergétique. Ces acteurs sont à la fois privés (fonds d’investissements, assureurs, fonds de pension, banques privées, gestionnaires de fortune) et publiques (fonds souverains d’aide au développement, collectivités locales et territoriales).

Les financements liés au climat sont en général structurés autour de deux objectifs finaux que sont l’adaptation et l’atténuation des changements climatiques.

En 2015, l'OCDE estimait que la plupart des financements pour la lutte contre le réchauffement climatique étaient alloués aux projets d'atténuation (figure 1). Face à ce déséquilibre, l’accord de Paris s’est fixé un objectif de rééquilibrage des financements publics entre les mesures d’atténuation et d’adaptation.

Figure 1 : Total des financements pour le développement lié à la lutte contre le changement climatique (Source : OCDE)

Des stratégies d’investissement qui évoluent…

La stratégie d'investissement de la communauté financière est marquée par une baisse des investissements du charbon et autres hydrocarbures et une réallocation progressive des capitaux vers l’adaptation et l'atténuation à l'égard des changements climatiques. A titre d'exemple le fonds souverain norvégien (plus de 1,3% de la capitalisation boursière mondiale en 2017), a entamé la cession d'actifs liés au charbon pour procéder à une augmentation des investissements dans les énergies renouvelables. D'autres institutionnels, tel que Generali, ont annoncé une liquidation totale de leurs investissements dans les entreprises liées au charbon à moyen terme. Quant à BNP Paribas, la banque a communiqué arrêter de financer certains projets liés aux infrastructures carbonées tandis qu'elle marque son engagement de porter ses financements dans les énergies renouvelables à 15 Md€ en 2020, et de consacrer 100 m€ à l'investissement dans des start-up qui innovent en faveur de la transition énergétique.

…poussées par un secteur de plus en plus rentable

Depuis la crise économique de 2008, la voilure de liquidités sur les marchés est passée de 15% du PIB mondial en 2007 à 25% en 2017. Cela est dû entre autres à l'injection massive des liquidités sur les marchés par les banques centrales de plusieurs pays de l'OCDE afin de relancer les économies à la suite de la crise. Dans ce contexte, le financement des projets climatiques apparait d’un point de vue financier comme un moyen de diversifier l'offre financière. Ainsi, l'épargne long terme peut être fléchée sur des investissements liés à l'atténuation, l'adaptation aux changements climatiques.

Par ailleurs, la baisse des coûts de production des énergies renouvelables ainsi que leur rentabilité croissante favorisent les investissements dans les projets d'infrastructures d'énergie renouvelable. Cette baisse est essentiellement due aux économies d'échelle et aux effets d'expérience générés et accumulés lors de l'augmentation des capacités de production mondiale des parcs d'énergie renouvelable. En effet, d'après l'International Renewable Energy Agency (IRENA), chaque fois que le parc renouvelable mondial double sa capacité de production, les coûts se réduisent de 14% pour l’éolien en mer, 21% pour l’éolien terrestre, 30% pour le solaire à concentration et de 35% pour le photovoltaïque.

Un financement « Nord Sud » en forte croissance

D'après l'OCDE, les financements privés et publics "Nord Sud" dans la lutte contre le changement climatique, ont crû de 52 Mds USD en 2013 à 68 Mds USD en 2016. Sans être négligeable, ce montant est encore loin des 100 Mds USD par an, à partir de 2020, promis par les pays développés lors du sommet de Copenhague en 2009 pour le financement des mesures d'adaptation et d'atténuation dans les pays en voie de développement. Il va sans dire qu'un effort financier important doit être mobilisé afin d'atteindre l’objectif annoncé en 2020. A cet effet, plusieurs états et banques multilatérales ont annoncé une augmentation des financements dans les pays en voie de développement. L'Allemagne et la France augmenteront respectivement de 100% et de 66% leurs financements liés au climat à l'horizon 2020. Dans le même ordre d'idée, la BAD (Banque Asiatique de Développement) et la BERD (La Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement) ont annoncé des augmentations notoires de leurs financements "climat" à l'horizon 2020.

En synthèse, 3 facteurs poussent la finance à participer de façon croissante à la lutte contre le réchauffement climatique :

  • Une meilleure rentabilité des investissements
  • Des incitations réglementaires / financières
  • L’amélioration de l’image des institutions financières via le financement de tels projets

 

Auteurs :
Otniel Sovoessi, Consultant
Anthony Dos Reis, Manager

 

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