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28 décembre 2017, Isle of Grain (Royaume-Uni) : Le méthanier brise-glace Christophe de Margerie décharge la première cargaison - environ 170.000 mètres cubes - de GNL en provenance de Sabetta, port créé de toutes pièces en Sibérie pour exporter le gaz produit sur le site de Yamal. Le choix du nom de ce géant des mers ne doit rien au hasard. Il s’agit en effet de rendre hommage à l’ancien PDG de Total qui, avant sa disparition accidentelle en Octobre 2014 sur le sol russe, n’avait eu de cesse de relancer ce projet pharaonique auquel peu de monde croyait au départ.

Comment le pétrolier français a-t-il concrètement participé à l’émergence du complexe qui a permis de déverrouiller l’accès aux immenses ressources gazières de l’Arctique russe ? Pourquoi les dirigeants de Total ont-ils manifesté un tel attachement à ce projet ? En quoi Yamal s’inscrit-il dans la stratégie du Groupe ? Nous vous proposons quelques éléments de réponse dans la première partie de cet article.  

Yamal, l’usine de tous les extrêmes

200 puits forés, 12 000 ouvriers mobilisés, une piste d’atterrissage longue de 2700 mètres aménagée spécialement pour l’occasion, une flotte de 20 navires cargo pour transporter les différents composants de l’usine, 50 000 pilotis de 20 à 40 cm plantés dans le permafrost (1)… A la lecture de ces quelques chiffres, on comprend aisément que ce chantier, initié en 2013, fut absolument hors norme. Pour commencer à exploiter les quelques 1.000 milliards de mètres cubes de réserves prouvées du champ gazier de Tambey-Sud, il aura fallu débourser l’équivalent de 27 milliards de dollars et faire preuve de beaucoup d’ingéniosité (2). Braver les conditions extrêmes de cette zone située à 600 km au nord du cercle polaire fut le premier défi à relever. Mais plus encore qu’une température pouvant descendre à -57°C, ce sont les sanctions américaines qui ont failli avoir raison de Yamal LNG. En effet, confrontés à l’interdiction de solliciter un financement de long terme libellé en dollars, les partenaires du projet ont dû se tourner vers d’autres sources. Pour boucler le financement, Total (20%) et les autres membres du consortium – le russe Novatek (60%) et le chinois CNPC (20%) -  ont donc démarché des banques européennes et russes ainsi que des institutions chinoises. En complément de la ligne de crédit de 9,8 milliards de yuans octroyés par l’Export-Import Bank of China et la China Development Bank, le fonds d'investissement souverain chinois, Silk Road Fund (SRF) a acquis 9,9% des parts de Novatek, portant à 30% les participations chinoises dans le projet (3). Outre le lobbying mené par ses dirigeants pour lever les fonds nécessaires, le groupe français a mis à disposition du projet son expérience reconnue dans les processus de liquéfaction ainsi que son savoir-faire en matière de Business Development. Les résultats sont probants puisque 95% de la production de Yamal LNG est d'ores et déjà commercialisée :  54% prendra la direction de l'Asie tandis que le complément alimentera l'Europe (4).

Partie 2 à venir.

Auteurs :

Caroline Davriu, Senior Consultante

Catherine Fragni, Manager

Hervé Bourguignat, Directeur Commercial

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