Avec l’EPR (Evolutionnary Power Reactor), EDF pense le long terme. Compte-tenu de l’urgence climatique, l’entreprise a opté pour cette solution bas carbone pour faire face au renouvellement du parc nucléaire français et à l’augmentation de la demande mondiale en électricité. Que ce soit sur les plans de la sûreté, de la puissance ou des performances économiques et environnementales, cette technologie complexe offre une performance inégalée jusqu’à présent. EDF mise une partie de son avenir sur ce fleuron de l’industrie française. En outre, les projets d’évolution que l’EPR connait actuellement pourraient bien lui donner un nouvel élan après avoir fait face à des difficultés sur les différents chantiers.

Les premiers kWh commercialisés malgré des calendriers et des coûts encore mal maitrisés

Bien que l’EPR présente des caractéristiques techniques jusqu’à présent inégalées, il peine encore à faire ses preuves de fonctionnement sur le terrain tant les chantiers ont subi des accumulations de retards et de dépassements des coûts. Actuellement, on dénombre 6 chantiers EPR dans le monde : 1 en France (Flamanville 3), 1 en Finlande (Olkiluoto 3), 2 au Royaume-Uni (Hinkley Point) et 2 en Chine (Taishan).

Parmi eux, ce sont les EPR vendus à la Chine en 2007 qui ont donné au lieu à la première mise en service le 29 juin 2018 à Taishan 1 (pour une mise en service commerciale en décembre de la même année). Le deuxième réacteur de Taishan est quant à lui entré en exploitation en septembre dernier.

En France, le premier réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche) depuis 2007 se devait de figurer en tant que démonstrateur du savoir-faire français pour décider de la suite. Mais plusieurs problèmes sur cette tête de série se sont accumulés. Figurent parmi eux le remplacement du couvercle de la cuve imposé par l’ASN (dû à une trop forte concentration de carbone dans l’acier de la cuve du réacteur) ou encore des problèmes plus récents de soudures. Ceux-ci ont reporté la mise en service initialement prévue pour 2012 à fin 2022 désormais. Le tout pour une enveloppe budgétaire approchant les 11 milliards d’euros, dont un surcoût de 7 milliards d’euros.

Avant cela, le tout premier chantier de construction d’un EPR avait démarré en 2005 à Olkiluoto. Malgré un retard de près d’une décennie et des surcoûts avoisinants les 10 milliards d’euros, c’est en février dernier que le projet a obtenu l’autorisation de l’ASN finlandais pour débuter l’exploitation du réacteur. Si tout se passe comme prévu pour la suite, les premiers kWh seront produits au début de l’année 2020.

Quant au site d’Hinkley Point C au Royaume-Uni, le contrat pour deux EPR entre le gouvernement anglais, EDF Energy et CGN en 2016 prévoit une mise en service en 2025. C’est ici un enjeu majeur à la fois pour le pays (dans la mesure où ces deux nouveaux réacteurs ont pour objectif de couvrir 7% de la consommation en électricité du Royaume-Uni) et pour EDF qui doit montrer que l’EPR est exportable à l’étranger. 2019 sera une année cruciale pour la suite des travaux.

Lire aussi : « Réacteurs de génération III : un développement tourné vers l’Asie ? »

Des optimisations pour gagner en compétitivité sur l’EPR

C’est dans ce contexte qu’EDF continue de travailler pour « concevoir et construire le nucléaire de demain », puisqu’une deuxième version de l’EPR est à l’étude depuis 2015. Dans la continuité des EPR en cours de construction, ces « EPR de demain », baptisés EPR2, intègrent le retour d’expérience des projets EPR.

L’objectif est de simplifier et d’optimiser un certain nombre d’options de design grâce aux retours d’expérience des EPR actuels afin de le rendre plus rapide à construire et moins cher pour finalement gagner en compétitivité.

Les actions à mener vont de la standardisation des équipements à l’intérieur de l’EPR (vannes, tuyaux, pompes, portes…) au retour de l’enceinte de confinement à simple paroi par exemple (qui permet de simplifier fortement la construction), sans pour autant renoncer aux exigences de sureté.

 


Source : Usine Nouvelle, Le plan d'EDF pour construire de nouveaux EPR en France

Ces importants travaux nécessitent ressources et organisation. C’est ainsi que l’entité Edvance (coentreprise d’ingénierie d’EDF et de Framatome) est née en 2017. Elle rassemble les équipes travaillant sur l’EPR 2.

Le but est de parvenir à une maitrise complète du planning et des coûts, pour être en mesure de construire en série ce type de réacteur.  Par ailleurs, EDF s’est engagée sur des EPR constructibles pour un coût complet de production d’électricité entre 65 et 70 euros le MWh.

Pour mener à bien ce projet, il faut aussi compter sur un maintien des compétences dans la mesure où la filière nucléaire est caractérisée par des exigences très strictes. Etant donné que la dernière mise en service en France était vieille de deux décennies, EDF a dû passer par une phase de réactualisation des compétences des équipes en charge de la construction de centrales pour renforcer sa position d’acteur-clé de l’industrie nucléaire. Le projet de la centrale EPR de Flamanville a permis d’identifier les sources de retards et de surcoûts, et ce premier retour d’expérience a bénéficié à d’autres chantiers EPR comme celui de Taishan. EDF doit donc maintenant assurer le maintien de ces connaissances et compétences qui seront nécessaires aux prochaines constructions d’équipements de ce type.

Ces compétences pourraient être prochainement mises à l’épreuve en Inde. En effet, le pays prévoit une augmentation de sa capacité nucléaire de 40 GW à l’horizon 2040. Un accord préliminaire pour la construction de six EPR à Jaitapur (sud-ouest de l’Inde) a été signé en mars 2018. Jaitapur pourrait alors devenir le plus grand site de production nucléaire au monde.

 

Auteurs : 
Benjamin FAVRE-FELIX
Julien BOS, Manager

Sources :

[1] https://www.usinenouvelle.com/article/le-plan-d-edf-pour-construire-de-nouveaux-epr-en-france.N828460
[2] https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/nucleaire/epr/concevoir-et-construire-le-nucleaire-de-demain
[3] https://www.irsn.fr/FR/Larecherche/publications-documentation/collection-ouvrages-IRSN/Documents/IRSN_Livre-Accidents-fusion-coeur_2013.pdf
[4] http://www.framatome.com/FR/businessnews-136/framatome-grands-projets--gestion-et-execution-des-projets-de-nouvelles-constructions-de-reacteurs-nucleaires.html
[5] http://www.lefigaro.fr/societes/2019/01/25/20005-20190125ARTFIG00005-le-chantier-nucleaire-d-edf-en-angleterre-progresse.php
[6] https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/nucleaire-derniere-ligne-droite-pour-lepr-finlandais-998755
[7] https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-centrales-nucleaires/reacteur-epr/Pages/1-presentation-historique-EPR-Flamanville.aspx#.XL8VrOgzY2w
[8] https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/parc-nucleaire-francais
[9] https://www.usinenouvelle.com/article/quel-avenir-pour-le-nucleaire-francais.N780954
[10] https://www.usinenouvelle.com/article/l-epr-chinois-de-taishan-vend-de-l-electricite-et-c-est-tout-le-nucleaire-francais-qui-souffle.N783459
[11] https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/nucleaire/epr/concevoir-et-construire-le-nucleaire-de-demain
[12] http://www.sfen.org/rgn/renouveau-industriel-france-compter-filiere-nucleaire
[13] http://www.sfen.org/rgn/1-10-epr-atout-transition-energetique
[14] http://i-tese.cea.fr/fr/Publications/LettreItese/Lettre_itese_33/files/02_Lettr_itese_printemps_2018_Dossie_Quels_couts_construc_nuc_demain.pdf

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