A travers notre série d'articles sur l'électrification du continent africain, nous avons pu constater qu'aujourd'hui Orange est un des principaux acteurs du développement du continent.
Quelles sont les ambitions d’Orange dans le secteur de l’énergie en Afrique ? 
Elements de réponse avec cet Interview de Thomas CHALUMEAU, directeur de la stratégie d’Orange Moyen-Orient et Afrique.

Pourquoi Orange a-t-il choisi d’investir dans le secteur de l’énergie en Afrique ?

Depuis 20 ans, date de l’implantation de notre Groupe en Afrique, Orange a toujours souhaité répondre à
l’attente de ses clients et des besoins de développement des pays dans lequel il est présent.
L’accès à l’énergie est l’un des grands enjeux de l’Afrique, les besoins sont immenses. Plus d’1 Africain sur 2
vit sans électricité et en Afrique Sub-Saharienne moins de 10% de la population a accès à l’électricité. Selon
certaines études, rattraper ce retard pourrait permettre à l’Afrique de gagner plus de 10% de croissance
annuelle supplémentaire.
Il était de notre devoir d’être présent et de répondre à ces défis, d’autant que le digital et les moyens de
paiements mobiles ouvrent de nouvelles perspectives à l’énergie offgrid, tout comme la baisse rapide du prix
des panneaux solaires et des batteries.
L’essor des énergies renouvelables est une tendance de fond en Afrique. Selon l’Agence internationale des
énergies renouvelables, sa part devrait quadrupler d’ici 2022 sur le Continent pour atteindre 22 % de la
production d’énergie.
Au-delà de notre souhait d’être un acteur de la transition énergétique en Afrique, Orange dispose à
l’évidence de trois atouts clés qui permettent de favoriser l’accès du plus grand nombre à une offre
individuelle d’énergie simple, fiable, abordable et payé à distance : notre réseau de distribution, nos moyens
de paiements mobiles et la force de marque, gage de confiance pour nos clients. C’est aussi une manière
de construire un univers de services offre répondants aux « essentiels » de nos clients, avec des effets de
fidélisation forts sur notre base client « core business ».


Concrètement comment se présente votre offre d’électrification ?

Pour contribuer à apporter des solutions économiquement durables et aider les populations à avoir accès à
l’électricité, Orange a souhaité construire une solution économique et simple et propose depuis décembre
2017 dans 7 pays africains (RDC, Madagascar, Sénégal, Mali, Guinée Conakry, Côte d’Ivoire, Burkina Faso)
des kits solaires avec un matériel très simple à déployer.
Chaque kit comprend un panneau solaire, une batterie, et des accessoires (par exemple à Madagascar,
3 ampoules LED, un poste Radio (MP3 et disposant d’un port USB), une lampe torche). Un deuxième kit plus
puissant est disponible incluant une télévision.
Ce matériel permet aux populations de ne plus demeurer dans l’obscurité une fois la nuit tombée, et
aux enfants de pouvoir travailler chez eux le soir à leurs devoir. Il leur permet s aussi d’écouter la radio, de
regarder la télévision, d’utiliser un ventilateur et demain de disposer de systèmes de réfrigération adaptés.
Le paiement des mensualités se fait très simplement via Orange Money et les clients bénéficient d’un centre
d’appel dédié.

Nous ciblons bien entendu les populations rurales afin de favoriser le désenclavement de ces populations
rurales et permettre au plus grand nombre de profiter de ce service essentiel, mais le service est également
lancé dans les zones urbaines car nous nous sommes aperçus que l’électricité restait très cher dans certaines
villes africaines ou encore qu’une part importante de la population continuait à dépenser jusqu’à 15 ou
20 euros par mois en lampes, torches, fuel ou pour d’autres matériels de faible qualité pour s’éclairer.
Les pays d’Afrique de l’Ouest sont encore très peu équipés et ont un potentiel de développement très
important.


A quel prix commencent vos offres ?

Cela dépend des marchés mais nous sommes vigilants à conserver deux principes de base : offrir une offre
d’entrée de gamme la plus abordable possible pour le plus grand nombre – ainsi en RDC, l’offre est proposée
à partir de 15€ par mois avec un paiement initial limité et un kit en location sans dépôt de garantie, ni
caution. Le second principe est de proposer un service « as a service » fondé par exemple par le replacement
gratuit du matériel défectueux en boutique, et évolutif pour suivre les besoins et les attentes de nos clients,
par exemple concernant la puissance de la batterie ou l’offre de services et d’équipements. Notre volonté est
de débarrasser nos clients énergie de tout soucis, une fois rentré dans notre service et de faire de cette offre
un élément intégral de leur relation à la marque « Orange » dans leur quotidien. Cette exigence de suivi et
de qualité se retrouve aussi dans un SAV et call center dédié et la prise en charge de l’ensemble des aspects
logistiques, maintenance et suivi des matériels avec nos partenaires.


Les synergies avec les métiers télécoms et les services financiers mobiles sont elles au rendez-vous ?

Après ces premiers mois de commercialisation, les premiers résultats mesurés autour de nos lancements
Orange Energie confirment notre intuition initiale que les offres énergies présentent des synergies en effet
significatives avec notre core business, à la fois en terme de fidélisation des clients mobile et de conquête de
nouveaux clients Orange Money. Mais là n’est pas l’essentiel. Au-delà, l’arrivée de l’énergie chez un ménage
ou dans une village est un formidable levier du développement économique et social avec un impact très
fort sur l’inclusion des populations. C’est cela qui porte nos équipes dans ce projet depuis plusieurs mois et
qui motive la passion que nous mettons sur ce programme depuis plus de 2 ans.


Quelles sont vos ambitions dans ce secteur ?

Le marché de l’offgrid est incontestablement voué à croître très fortement dans les 5 à 10 prochaines
années. Selon la GSMA, le marché passera de 800 000 SHS vendus fin 2016, à 7 millions fin 2020. Ce
marché est certes, en volume, pour l’instant concentré sur 4 pays de l’Afrique de l’Est – Kenya, Tanzanie,
Ouganda et Rwanda – mais les pays d’Afrique de l’Ouest, dans lesquels Orange est très présent, sont en
train de rejoindre cette dynamique et ont un potentiel de développement très important. Orange a tous les
atouts pour réussir dans ce secteur :
• l’importance de sa base clients et la force de sa marque (120 millions de clients dans la Zone OMEA,
30 millions de clients Orange Money) ;
• la force de l’offre d’Orange Money et sa capacité de distribution physique sur les territoires
(10.000 points de contacts Orange ; 120.000 points de contact Orange Money)

Mais nous souhaitons, avant de nous focaliser sur les chiffres de vente, surtout bien travailler avec les Etats
et les populations pour bien servir nos clients et comprendre comment bâtir avec nos partenaires un vrai
écosystème de services autour de l’accès à l’énergie. Je pense par exemple que l’accès au micro-crédit
et aux moyens de paiement mobiles (compte mobile, paiement, transfert,…) est un bon complément
à l’offre Energie. C’est ainsi que nous comprenons notre mission et notre engagement au service de la
transformation digitale de l’Afrique. Cet engagement fort d’Orange s’inscrit dans le long terme et témoigne
de notre confiance dans l’avenir et dans les nouvelles générations portant le futur du continent.

Avez-vous d’autres ambitions dans le secteur de l’énergie ?

Au-delà de l’accès des populations à l’électricité, nous travaillons sur deux autres programmes en effet.
Le premier vise à réduire nos consommations internes de fuel en Afrique en développant le solaire et
l’hybride sur nos équipements de télécommunication. Cela nous permet d’abaisser notre facture énergétique
interne et d’agir en tant qu’acteur économique responsable, comptable des ambitions de la COP22 et des
Objectifs de Développement Durable (ODD).
Notre second programme vise à travailler en mode B2B avec les exploitants de réseaux de transport et
de distribution de l’électricité au Moyen-Orient et en Afrique, pour leur permettre de mieux gérer leurs
opérations, leur facturation et la supervision. Le service s’appuie sur un compteur électrique embarquant un
module de communication lui permettant de dialoguer avec une plateforme de service gérée par Orange.

Cette offre de « Smart metering », c’est-à-dire de compteurs électriques « connectés » permettent aux
PowerCo de réduire les pertes techniques grâce à une meilleure allocation de ressources de production et à
une capacité à détecter les incidents de distribution d’électricité en temps réel. Le service vise également à
réduire les pertes commerciales en proposant des innovations en matière de facturation (pré et post payée
en particulier avec Orange Money) ainsi que dans le domaine de la détection et lutte contre la fraude. Enfin,
Orange vise au travers de cette offre technologique à accompagner les PowerCos dans une digitalisation
de leur expérience utilisateur en permettant à leurs clients finaux de gérer leur relation contractuelle
(abonnements, plans tarifaires…) au travers d’outils digitaux (applications mobiles) et d’accéder à des
données d’usage fines leur permettant de contrôler et d’optimiser leur consommation d’énergie.
L’expérience développée par notre Groupe dans la gestion des objets connectés en temps réel et dans la
construction de services à valeur ajoutée aux entreprises est ainsi déployée dans le domaine de l’énergie,
et associée aux moyens de paiement mobile. Par ses besoins propres, Orange est présent commercialement
et techniquement sur une grande partie de la Région MENA et Afrique de l’Ouest et possède une légitimité
en matière de gestion opérationnelle de proximité (déploiement, support,…) qui nous invite à travailler avec
les entreprises du secteur de l’énergie sur le Continent à la transformation proposée de leurs services.


Date de l'Interview : 6 novembre 2018

Thomas Chalumeau est membre du Comité de direction et directeur de la stratégie d’Orange Moyen-Orient
et Afrique.
Ancien élève de Berkeley et de l’ENA, Thomas Chalumeau a débuté sa carrière à la direction du Budget
avant de rejoindre le cabinet de conseil McKinsey puis la Banque d’investissement de BNP Paribas pendant
8 ans.
Directeur de la stratégie et du plan de BNP Paribas CIB entre 2007 et 2011, il a ensuite travaillé dans les
équipes M&A de Paribas pendant 4 ans.
Directeur des politiques industrielles et du M&A à l’Agence des participations de l’Etat entre 2014 et 2016 à
Bercy sous le Cabinet Macron, Il a rejoint il y a 2 ans les équipes de direction du Groupe Orange en tant que
directeur de la stratégie et du Business Développement des activités Afrique et Moyen Orient.

 

D'après une étude de Jean-Michel Huet :

Electricité et Télécom en Afrique : la convergence ?

Rechercher
Toggle location