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Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Lorsque les habitants du continent peuvent profiter d’une électricité issue d’un réseau équilibré provenant des quatre coins de l’Europe, les insulaires eux doivent s’adapter à la déconnexion aux réseaux continentaux. Face aux contraintes fortes géographiques de ces zones isolées, souvent montagneuses arrivent souvent blackout, creux de tension et pertes de fourniture. Souvent dépendantes des énergies fossiles, les zones insulaires sont particulièrement complexes à gérer pour le producteur et distributeur. La proximité mer / eau / soleil offre cependant de belles possibilités de développement des énergies renouvelables.

Des enjeux spécifiques nécessitant le maintien d’un groupe énergétique intégré et un modèle économique spécifique

En France par exemple, ces zones sont nombreuses. EDF les appelle « zones insulaires non interconnectées au réseau électrique métropolitain français » (ZNI). Il s’agit des collectivités et départements d’outre-mer - Saint-Pierre et Miquelon, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, la Nouvelle-Calédonie, les Terres Australes et Antarctiques Françaises, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion et Mayotte -, la Corse, les îles bretonnes de Ouessant, Sein, Belle-Ile, Wallis-et-Futuna et la Polynésie française.

Ces zones disposent d’une législation spécifique. A la différence du continent, les activités de production, de distribution et de transport sont toutes gérées par EDF SEI (Systèmes Electriques Insulaires). Se positionnant comme le gestionnaire des réseaux publics d’électricité pour les DOM et la Corse, EDF assure ainsi le service public en produisant, achetant, transportant et distribuant l’électricité vers l’ensemble des clients dans ces zones.

Une dépendance au fossile

La non-interconnexion (ou faible) à un grand réseau – comme celui de l’Europe continentale – est une fragilité structurelle qui entraine des risques accrus de black-out, de creux de tension et baisses des fréquences. Étant électriquement isolées, les zones insulaires doivent produire elles-mêmes l’électricité qu’elles consomment. Ainsi, afin d’assurer leurs propres production et fourniture d’électricité, les zones insulaires restent encore fortement dépendantes des énergies fossiles qui leur assurent la stabilité de la production. A Hawaï, l’isolement de l’île en plein Pacifique, sa forte dépendance au pétrole et son manque de ressources naturelles en font la zone avec l’électricité la plus chère des USA.

Un terrain fertile aux énergies renouvelables

Afin de donner une plus grande autonomie énergétique aux îles, EDF met en œuvre des mesures de maîtrise de la consommation d’énergie et des actions en faveur de l’intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique, en jouant sur le fort potentiel de développement des énergies renouvelables dans les îles. Par exemple, les possibilités de développement du photovoltaïque et de l’éolien dans les départements d’outre-mer sont très fortes. La Réunion fait partie des rares endroits en France où l’on utilise la biomasse pour produire de l’électricité grâce à sa forte production agricole de canne à sucre.

Les zones insulaires voient aussi naître le développement de projets de micro smartgrid pour assurer la maitrise du réseau. A Ouessant par exemple, île peu peuplée du Finistère, un smartgrid insulaire est en cours de développement mais l’île reste - pour le moment - alimentée en majeure partie par des groupes électrogènes au fioul.

Une énergie 100% verte est encore donc difficile à imaginer. L’intermittence des ENR limite le développement du solaire et de l’éolien comme sources primaires d’électricité. La sûreté électrique ne serait plus assurée en cas de conditions météorologiques défavorables. L’enjeu dans ces zones est donc de faire en sorte que l’intermittence des énergies renouvelables ne soit plus un obstacle à leur développement.

Energies renouvelables et le gaz naturel, le fer de lance de la politique énergétique Corse

La situation de la Corse est particulière via son rattachement au réseau continental, faisant d’elle la seule île française disposant d’une liaison énergétique au continent.

L’énergie produite en Corse est principalement assurée par ces 3 sources principales : la production thermique des deux usines (de Lucciana en Haute-Corse et du Vazzio en Corse du Sud), la production hydraulique avec les différents barrages comme celui de Tolla en Corse du Sud et les interconnexions avec la Sardaigne d’une part et l’Italie d’autre part. L’île est très dépendante des énergies fossiles avec plus de ¾ de sa consommation d’énergie assurée par les exportations pétrolières extérieures.

Et pourtant la Corse n’est pas à l’abri des aléas. La crise énergétique de 2005 a plongé des villages dans le froid et plus récemment, en 2011, des foyers de Haute-Corse ont été privés d’électricité pendant plusieurs jours, rappelant ainsi les enjeux de la fourniture d’électricité dans cette région.

Afin de permettre une autonomie propre et responsable d’ici 2050, la Corse s’est fixé d’ambitieux objectifs en termes de politique énergétique. Notamment la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) de Corse prévoit d’augmenter la capacité de production des centrales de Lucciana et du Vazzio, de renforcer l’interconnexion avec le continent via l’installation d’une liaison sous-marine entre Corse et Sardaigne (SARCO) et d’atteindre 32 % d’ENR en 2030.

Sur ce dernier point, les expérimentations se multiplient afin de diversifier les sources d’approvisionnement et diffuser la production sur le territoire

  • La construction de stations de recharge de véhicules électriques : projet Drive Eco
  • Les programmes de recherche MYRTE sur la pile à hydrogène
  • Le programme de recherche PAGLIA ORBA pour les autres formes de stockage
  • Le développement du smart grid avec le projet MILLENER

Pour permettre ces projets, en Corse et dans les ZNI, la mission de service public conférée par l’état à EDF revêt un caractère spécifique et est rémunérée comme tel. Ainsi par exemple en Corse, le CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité) compense les surcoûts structurels de production et rémunère les investissements faits en production et les investissements engagés.

Demain, la Corse devra également se préparer au projet d’arrivée du gaz proposé depuis plusieurs années par les politiques français au travers du projet GALSI par exemple. Cette arrivée du gaz permettra le changement de l’alimentation des deux centrales thermiques, fonctionnant aujourd’hui au fioul lourd.

Auteurs : 
Giulia Zanone, Senior Consultante
Lionel Braun, Consultant 

Bibliographie

Corse 

 Hawaï

L’île de Sein et Ouessant

La Réunion