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La faiblesse dans le domaine de l’approvisionnement en électricité est un frein majeur au développement social et économique de l’Afrique, notamment de l’Afrique Subsaharienne. La problématique majeure se situe dans la rentabilité des distributeurs d’électricité, qui n’ont pas la capacité de maintenir, de développer et d’étendre leurs réseaux pour s’adapter à la démographie du continent et aux progrès technologiques. Ainsi, une très grande partie de la population a encore un accès limité à l’électricité, dû à une couverture du réseau et à une continuité d’approvisionnement très faibles.

L’électricité est un produit rare en Afrique. En effet, l’Afrique pointe à la dernière place mondiale des continents en termes de production, de consommation électrique mais aussi d’accès aux réseaux. Le continent représente moins de 5% de la consommation électrique mondiale alors qu’il s’agit du deuxième continent le plus peuplé : 16% de la population mondiale est africaine. La consommation moyenne par habitant est de l’ordre de 530kWh, soit plus de 10 fois moins que celle de la France.

Il convient cependant de distinguer deux zones en Afrique.
- Tout d’abord, une zone émergente constituée de 6 pays (Afrique du Sud et pays d’Afrique du Nord) dont la population a un accès élevé à l’électricité (supérieur à 95%). Cette zone génère à elle seule 80% de l’électricité du continent. Pour produire leur électricité, ces pays ont recours majoritairement à l’énergie thermique (gaz, fioul, charbon), représentant 95% du mix énergétique.

-  Les autres pays constituent une zone en pénurie d’électricité qui accusent un profond retard dans le développement de leurs infrastructures. En effet, l’accès à l’électricité y est rarement au-dessus de 50% (7 pays sur 48), et souvent en dessous de 20% (12 pays).
La continuité d’approvisionnement y est souvent très sporadique, ce qui induit une consommation très faible : environ 200 kWh/habitant. Cette situation de sous-dimensionnement par rapport aux besoins nationaux est un frein majeur au développement des économies.

 Au Nigeria par exemple, environ 50% de la population a accès à l’électricité, mais pour seulement 3 heures par jour. Ces interruptions électriques paralysent significativement l’activité économique et sont la caractéristique des zones dites « Bad Grid », qui constituent environ 80% des réseaux électriques du continent.

Pour y faire face, la plupart des entreprises et des résidences disposent d’un générateur diesel pour pallier aux coupures. Pour produire leur électricité, ces pays ont recours majoritairement à de l’énergie hydraulique, représentant environ 60% du mix énergétique. Cinq pays de la région des Grands Lacs sont même dépendants de cette ressource, qui constitue 90% de leur mix (Kenya, Éthiopie, Mozambique, Zambie et Centrafrique), ce qui crée sporadiquement des tensions avec les pays en aval (Égypte et Soudan notamment).

Plus inquiétant, en plus d’avoir des niveaux de production et de consommation très faibles, la plupart des pays de cette zone n’arrivent pas à suivre leur rythme démographique. En 1990, 31% des africains avaient accès à un réseau électrique. Certes ils sont à présent 45% à en avoir l’accès, mais la population sans accès a augmenté de 200 millions entre 1990 et 2012, notamment en zone rurale.

 

Le développement contrasté de l’énergie renouvelable 

À l’instar de ce qu’a connu le marché de la téléphonie mobile, celui des énergies renouvelables offre un potentiel de marché attractif, notamment pour les acteurs privés. Actuellement, les énergies renouvelables représentent 20% de la production électrique du continent africain.

Pour autant, l’Afrique détient de très nombreuses ressources naturelles : l’eau, le vent et le soleil. Au vu du fort ensoleillement, l’énergie solaire peut notamment présenter une solution prometteuse. La production d’électricité au moyen de panneaux photovoltaïques est plus compétitive que l’utilisation d’un groupe électrogène sur une large part des zones rurales africaines.

Les pays du Maghreb donnent ainsi la priorité au développement de l’énergie solaire. En 2016, la première partie d’un gigantesque projet de centrale solaire (Noor I) est entrée en service au Maroc. Elle est destinée à devenir la plus grande centrale solaire du monde. Pour l’instant, la centrale présente une capacité de 160MW. Le projet, qui s’achèvera en 2020, devrait vraisemblablement offrir une capacité de 580MW, soit une production similaire à celle d’une petite centrale nucléaire. Néanmoins, l’énergie solaire représente toujours moins de 1% de la production électrique africaine totale tout comme l’éolien, la bioénergie ou le géothermique. La seule exception notable est l’énergie hydraulique fluviale qui permet de produire 16% de l’électricité du continent.
Si la construction des barrages hydro-électriques est coûteuse, ces derniers ont l’avantage de délivrer une production électrique conséquente. L’Ouganda a ainsi investi dans une centrale hydro-électrique à Bujagali via un partenariat public privé. Parmi les investisseurs, on compte des banques commerciales, la Banque Mondiale ou la Banque Européenne d’Investissement. Cet investissement majeur permet aujourd’hui au pays de satisfaire la moitié de la demande nationale. D’autres projets similaires, financés par la Banque Chinoise pour le Commerce Extérieur, ont ainsi vu le jour en Côte d’Ivoire, au Cameroun et en Ouganda.

D’autre part, les pays dont la production électrique provient essentiellement de sources vertes sont ceux qui disposent de centrales hydrauliques. La forte capacité de production générée après chaque investissement permet de toucher une large population et donc de réduire le coût unitaire. En revanche, ces pays qui peuvent paraitre exemplaires au regard de la part de leur production provenant d’énergies renouvelables connaissent un réel déficit en capacité. En effet, le Mozambique, la Zambie, le Burundi ou l’Éthiopie produisent en moyenne plus de 95% de leur électricité via des énergies renouvelables et principalement grâce aux barrages. Cependant les taux d’accès à l’électricité de leurs populations sont très faibles : respectivement 20%, 22%, 7% et 27%.

Le chemin à parcourir est encore long avant de voir une production électrique dominée par des ressources vertes d’autant que les plus gros producteurs d’Afrique sont aussi ceux dont la part provenant des énergies renouvelables est la plus faible.
Parmi eux, la Libye, l’Égypte, l’Algérie et l’Afrique du Sud tardent à passer à une production d’électricité majoritairement verte. Ils sont extrêmement dépendants des énergies fossiles et les énergies renouvelables n’offrent pas une puissance de production suffisante pour les remplacer à court terme. Néanmoins, nombre d’entre eux ont introduit les énergies renouvelables dans leurs objectifs de mix énergétique.
En Afrique du Sud, la South African Renewable Council (SAREC) affirme que ces politiques ont permis la mobilisation de 14 milliards de dollars d’investissements étrangers ainsi que la création de 20 000 emplois durant la phase de construction. Toujours selon la SAREC, 35 000 emplois ont été créés pour l’exploitation de ces énergies durables.

 

 

D'après une étude de Jean-Michel Huet :

Electricité et Télécom en Afrique : la convergence ?

 

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