Comment le COVID impacte-t-il la valeur de l’entreprise ?

La crise sanitaire doit-elle être prise en compte dans la valorisation des entreprises ?

La pandémie actuelle a profondément modifié la vie quotidienne de milliards d’individus et s’est immiscée dans l’activité des entreprises et leur rentabilité.

Le 7 juin dernier, l’association des professionnels et directeurs comptables s’est réunie lors d’un webinar abordant  l’impact de la crise du COVID-19 sur les tests de dépréciation du Goodwill. Pour préparer l’événement, BearingPoint a participé à l’élaboration d’un sondage auprès de 18 entreprises de tailles et de secteurs différents.

Les résultats du sondage et les échanges lors de l’événement de juin posent certaines questions quant à l’impact du COVID-19 sur les variations de valeur des entreprises, ainsi que  sur les évolutions des méthodes à adopter pour cette valorisation.

La preuve factuelle d’un impact du COVID-19 est la chute notable des indices boursiers. Le CAC40 a en effet baissé de 6100 à 3900 points entre le 12 février et le 16 juin, soit 30%. Il a atteint un minimum de -35% sur la période février-mars, résultant, en partie, d’une révision de l’annonce des résultats à la baisse pour 20% des entreprises du CAC40[1].

Annonces des sociétés du CAC40 sur leurs objectifs 2020 et politiques de dividendes

Les directions financières se sont rapidement penchées sur le sujet, et bien que l’incertitude des résultats les pousse à la prudence, aucun test de dépréciation d’actif exceptionnel[2] n’a été clairement prévu au début de la crise sanitaire. Seule la moitié des directions financières interrogées considère la crise actuelle comme un indice de perte de valeur au regard de la norme IAS36.

Néanmoins, l’Europe, l’Etat français, les différents régulateurs, ainsi que les commissaires aux comptes des entreprises, préconisent la réévaluation périodique des actifs d’entreprise en temps de crise, afin de rendre publique toute information dont le caractère précis et certain pourrait influer sur la valeur d’entreprise.

Il est important de préciser que si les actifs incorporels à durée de vie indéfinie, et les autres actifs à durée de vie définie, peuvent faire l’objet d’une reprise de perte de valeur ultérieure, cette reprise ne s’applique pas sur le Goodwill[3].

La crise sanitaire liée au COVID-19 est-elle un indice de perte de valeur ?

Au regard des impacts financiers énoncés en introduction, la réponse se voudrait simple. Cependant, il convient de revenir sur la définition d’un indice de perte de valeur. Pour identifier un indice de perte de valeur, l’entité doit considérer à la fois des sources d’informations internes et externes.

Exemples de sources d’information externes et internes considérées comme un indice de perte de valeur :

Source d'information externe

Source d'information interne

Diminution significative de la valeur de marché de l'actif considéré

Existence d'indice d'obsolescence ou de dégradation physique considéré

Changements importants et impactant négativement l'entité, observés ou attendus, dans l'environnement technologique, économique, juridique ou du marché dans lequel l'entité opère.

Changement importants observés ou attendus incluant des perspectives d'arrêt, de restructurations de l'activité ou de son abandon, impactant négativement l'entité

Augmentation des taux d'intérêt (ou autres ratios d’endettement) pouvant affecter le taux d'actualisation utilisé dans le calcul de la valeur d’entreprise

Elément probant provenant du système d'information interne montrant que la performance économique d'un actif est ou sera moins bonne que celle attendue

Valeur comptable de l'actif net de l'entité supérieur à sa capitalisation boursière

 

Si la diminution signification de la valeur de marché de la majorité des entreprises est manifeste, l’applicabilité des autres facteurs dépend, quant à elle, du secteur d’activité de l’entité. Il est donc très probable que les sociétés soient prochainement poussées par la crise liée au COVID-19 à tester leurs actifs avant la fin de l’exercice annuel. Néanmoins, cela ne signifie pas pour autant que ces dernières aient par la suite à enregistrer des dépréciations.

Evolution des scenarii et hypothèses dans les tests de dépréciation en période de crise

La valeur d’entreprise peut être définie selon plusieurs méthodes établies suivant la norme de référence :

  • La juste valeur au sens de la norme IFRS13 correspond au prix qui serait reçu à la suite de la vente/l’achat d’un actif lors d’une transaction normale entre des intervenants ayant une connaissance égale du marché.
  • La valeur d’utilité au sens de la norme IAS36 correspond à la valeur actuelle des flux de trésorerie futurs susceptibles de découler d’un actif ou d’une unité génératrice de trésorerie.

Ainsi la juste valeur peut être calculée selon trois méthodes : le cours de bourse, la méthode des transactions comparables ainsi que l’actualisation des flux financiers futurs (Discounted Cash Flows Valuation). La valeur d’utilité elle, est définie par l’actualisation des flux financiers futurs (DCF) uniquement.

IFRS 13

IAS 36

Cours de bourse

DCF

Méthode des comparables

DCF

Quelle que soit la méthode d’évaluation d’un actif (cours de bourse, comparables, DCF), c’est sa valeur la plus élevée issue de ces différentes méthodes qui sera retenue.

La juste valeur n’est pas pour autant un « prix à la casse », comme pourraient le laisser penser les cours de bourse actuels. Ces derniers montrent que la valeur et le prix d’un actif se séparent en période de crise, principalement en raison de l’aversion au risque de la part des acteurs.

Cette situation de crise ne reflète pas des conditions de concurrence ordinaires, l’approche par la valeur « de marché » n’est pas à privilégier. Quant à la valeur d’utilité fondée sur des estimations des flux de trésorerie futurs (DCF), elle nécessite de se placer à un horizon de temps à moyen ou long terme.

Compte tenu du contexte actuel, la prise de décisions se doit d’être équilibrée. La réaction des acteurs sur les marchés financiers peut engendrer une dépendance disproportionnée aux impacts négatifs du COVID-19 sur l’actif testé, ainsi qu’une baisse non justifiée de sa valeur. Il convient donc de mener des analyses plus fines,sur un horizon de temps plus long, ce que la méthode des flux de trésorerie permet.

Quels plans d’actions ?

L’impact de la crise liée au COVID-19 amènera les entreprises à réaliser des tests de dépréciation sur la valeur de leurs actifs lors du prochain reporting.

Cependant, cette nécessité des tests de dépréciation n’est pas directement liée à une augmentation conséquente et certaine des dépréciations dès 2020, puisque l’incertitude quant à la durée et aux impacts financiers de la crise persiste.

Au vu de l’environnement évolutif, les impacts de la crise sanitaire devront être régulièrement revus, permettant de fiabiliser certains scenarii et d’en tirer des hypothèses de sortie de crise.

Il est nécessaire d’utiliser une méthode de scenarii probabilisée afin de limiter la surpondération de l’impact court terme du COVID19 sur la valeur d’entreprise. Un scenario unique est établi sur une approche neutre et non biaisée. Or ces conditions en sont pas réunies compte tenu de l’incertitude quant à la probabilité de sa réalisation.

Il est donc clé de prévoir plusieurs scenarii de sortie de crise, afin de mesurer, au plus juste, les impacts potentiels sur le long terme de la crise actuelle, et donc la valeur d’entreprise.[4]

*Sondage réalisé via Klaxoon sur un échantillon d’entreprise de taille et de secteur différent sur la période du 28/04/2020 au 06/05/2020

Sources:

IPEV Board, Special Valuation Guidance, 31 mars 2020: « Fair value does not equal a “fire sale” price ».
Normes IAS 36, reprise sur le site www.focusifrs.com
https://www.economie.gouv.fr/cedef/mesures-fiscales-2020
Recommandation AMF n°2008-22 – Arrêté des comptes 2008, §3.1. « Incidences de la crise sur la valorisation des actifs incorporels et des écarts d’acquisition ».

Investment Valuation - Damodaran, Aswath


 

[1] Etude Duff & Phelps menée au 30 avril 2020

[2] Le test de dépréciation permet de vérifier qu'une entité ne doit pas constater une perte de valeur.

[3] Le goodwill (ou survaleur) est la différence entre le montant de l'actif figurant au bilan d'une entreprise et la valeur marchande de son capital matériel et immatériel.

[4] La valeur estimée d’entreprise est égale à la moyenne des valeurs d’entreprise de chaque scénario multiplié par sa propre probabilité d’occurrence

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