A l’ère du digital, les directions financières européennes estiment aujourd’hui n’avoir parcouru que la moitié du chemin de la digitalisation, se notant 4,9/10 en termes de maturité digitale. Encore plus frappant, seules 9% des entreprises européennes ont atteint le niveau idéal de maturité digitale de leurs fonctions finance. Fort de ce constat, les directions financières européennes concourent à investir beaucoup plus dans la digitalisation.

Les fonctions financières européennes majoritairement centrées sur leurs activités courantes

La digitalisation de la fonction finance au sein des entreprises européennes se décline en 3 vagues, avec une disparité entre les pays européens.

Vague 1 : Avec une moyenne qui s’élève à 41%, les fonctions financières européennes sont fortement présentes dans la première vague de digitalisation, synonyme d’automatisation et de rationalisation des tâches courantes. Près de la moitié des directions financières françaises et allemandes se situent dans cette vague, montrant que ces pays ressentent encore le besoin de consolider leurs socles organisationnels et technologiques.

Vague 2 : La deuxième vague de digitalisation concentre le plus de fonctions financières (50%). De la Finlande à la Suisse en passant par l’Autriche ou encore l’Irlande, la maturité digitale des directions financières européennes est à mi-chemin, faisant du CFO un interlocuteur de référence.

Vague 3 : La troisième vague, synonyme de « pilote du changement » semble encore un eldorado lointain pour la plupart des directions financières européennes. Etonnamment, la France, fortement présente dans la première vague, est le deuxième pays européen le plus représenté dans cette dernière vague de digitalisation (15%), juste derrière la Suisse (33%) mais au-dessus de la moyenne européenne (9%). Un paradoxe français ?

Nous pourrions facilement penser qu’atteindre cette maturité digitale passe uniquement par la technologie et l’exploitation de la data. Ce n’est pas le cas : elles doivent être accompagnées par une réflexion et une transformation poussée autour de la stratégie, de l’organisation et des ressources.   

#1 Stratégie : « Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement »

Il apparaît que les principaux obstacles à l’accélération de la transformation digitale ne sont pas tant d’ordre technologique et technique. Les directions financières font plutôt face à la difficulté de prioriser les chantiers à mener et d’établir une stratégie avec une vision claire.

Ce défi s’illustre par le manque de communication autour de la stratégie digitale : bien que 76% des directions financières estiment que la digitalisation fait partie de leur stratégie, 44% des répondants considèrent que cette dernière n’est pas clairement communiquée.

Dans la même mesure, les principaux facteurs clés de succès, sont liés à des sujets de conduite du changement (noté 4,3/5 en termes d’importance) et de transformation des processus (4,2/5).

L’intention est pourtant bien là : 75% des directions financières déclarent qu’elles investiront plus ou beaucoup plus qu’aujourd’hui dans la digitalisation au cours des 3 prochaines années. Encore faut-il que la stratégie soit claire et partagée.  

#2 Organisation : L’amélioration des processus, encore et toujours

Les structures organisationnelles inadaptées ou des technologies inefficaces obligent les directeurs financiers à passer un temps considérable sur les activités dites traditionnelles de la fonction CFO. La majorité du temps de travail est toujours consacrée à l’exécution des opérations courantes, seulement 12% du temps étant dédié aux services à valeurs ajoutées.

Cette excellence opérationnelle passe en particulier par l’amélioration des processus : processus de bout-en-bout, lean management, process mining. L’optimisation du temps permise par la réorganisation et la digitalisation de ces processus permettra ainsi à la direction financière de se tourner vers des activités à forte valeur ajoutée.  

Les directions financières l’ont bien compris. 73% d’entre elles s’accordent sur le fait que l’optimisation des processus est une des principales actions à mettre en place pour faciliter la transformation digitale, loin devant la formation des employés (32%) et le recrutement de nouveaux employés qualifiés (27%) lorsque que, paradoxalement, 35% estiment que les équipes n’ont pas les compétences suffisantes pour mener à bien la transformation digitale.

Les directions financières européennes estiment que les fonctions Finance les plus impactées par la digitalisation sont les processus purchase to pay (77%), management reporting & analyses (64%) et order to cash (55%).

#3 People : Pas de technologie sans hommes

Lorsque l’on parle de digitalisation et de nouvelles technologies, on pourrait s’attendre à ce que les compétences nécessaires de la part des collaborateurs soient liées à la technique. Les directions financières européennes considèrent le contraire : la capacité de concevoir de nouvelles innovations, la volonté d’expérimenter et de prendre des risques sont les compétences citées par la majorité des directions financières. Ainsi, afin d’assurer le succès dans la transformation digitale, l'accent devrait être mis sur la culture numérique et l'orientation client en complément des compétences techniques.

Toutefois, il semblerait que les directions financières n’arrivent pas à estimer les compétences de leurs collaborateurs : 35% considèrent que les équipes n’ont pas les compétences suffisantes, 35% pensent au contraire qu’elles les ont, et les 30% restants ne savent pas se prononcer.

Enfin, 69% pensent que le management des directions financières est impliqué dans la digitalisation et fait preuve d’initiatives, mais seulement 52% l’estiment suffisamment compétent pour mener à bien la transformation digitale de son entreprise. S’il y a un doute autour des compétences des collaborateurs, il semble qu’il y en ait également un en ce qui concerne les compétences du management. Ainsi, un focus important doit être mis sur la formation de tous les collaborateurs des directions financières.

#4 et #5 Technologie et Data : « Science sans conscience … »

Lorsque l’on parle de bénéfice de la digitalisation de la fonction finance, la première idée qui pourrait venir en tête serait que le premier objectif de celle-ci soit une économie sur les coûts. Or, cette réduction des coûts n’est identifiée comme l’un des principaux avantages de la digitalisation que par 25% des répondants – soit en 6è position sur 9. Au contraire, on retrouve encore une fois l’amélioration de l’efficacité des processus en première position, suivi par une meilleure utilisation de données de qualité puis par l’amélioration de l’aide aux décisions business. Ainsi, la réduction des coûts n’est pas le principal objectif recherché mais se présente tout de même comme un résultat collatéral positif.

Les technologies les plus largement adaptées à ce jour sont encore celles de la première vague de digitalisation et concernent l’automatisation des tâches traditionnelles : RPA (54%) et OCR (43%) 

Les directions financières s’accordent pour dire qu’en moyenne, des résultats tangibles ont été observés après l’implémentation de nouvelles technologies, notamment en termes d’efficacité opérationnelle (3,5/5). Tangibles mais pas encore d’effet « waouh ».

Ainsi, la technologie permettra aux directions financières d’optimiser efficacement les ressources consacrées aux activités courantes, afin de pouvoir mettre l’accent sur des activités à forte valeur ajoutée, telles que les analyses approfondies et les prévisions business.

Quelques chiffres clefs :

Conclusion

La maturité digitale de la fonction finance au sein des entreprises européennes est à mi-chemin et se focalise principalement sur la digitalisation des tâches courantes. Si les volontés d’investissements des directions financières européennes sont réelles, le niveau de maturité digitale reste globalement moyen. Dès lors, comment tirer parti de tout le potentiel de la digitalisation ? Ce sera l’objet de notre dernier épisode de cette série sur l’étude « CFO 4.0 - Digital transformation in the financial function ».

Auteurs : Jérôme Guididjago, Vinoth Gnanaprabaharane, Magali Muslin

 

 

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