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Les applications d’entreprise coûtent cher, car, au-delà du simple achat d’une licence pour une application, l’infrastructure associée, les coûts d’implémentation, l’expertise à acquérir et un grand nombre d’éléments confèrent à un coût élevé global de ces applications pour l’entreprise. C’est le fameux concept du TCO (Total Cost of Ownership, ou coût total de détention d’une application) qui exprime ce coût, et que beaucoup d’acteurs s’accordent à trouver trop haut pour les applications d’entreprise.

Partant de ce constat, dès la fin des années 90, s’est développé le concept d’ASP (Application Service Provider). La proposition était la suivante : accéder à des applications hébergées et administrées par un tiers, sur la base d’un abonnement (répartissant le coût sur la durée d’utilisation par opposition à un droit de licence) et permettre ainsi de diminuer le coût d’utilisation de ces applications pour les entreprises clientes. De leur côté, les ASP, ces tiers hébergeurs, comptent sur les économies d’échelle, l’effet d’apprentissage, et le partage de certains coûts entre plusieurs clients souscrivant à ce mode de gestion des applications. C’est une première approche pour le logiciel « on-demand », même si on est plus proche de l’hébergement d’application que du véritable « on-demand ».

Partant de ce concept d’hébergement, de multiples innovations techniques (SOA, Multi-tenancy, Virtualisation) et une approche très orientée vers les modes fonctionnement d’Internet (approche communautaire, souscription à des services à effet immédiat, ouverture et respect des standard du web), permettent à quelques acteurs d’émerger de proposer une véritable offre « on-demand ».

Un des premiers domaines concernés est alors le CRM avec un acteur aujourd’hui célèbre : Salesforce.com. Le CRM tout d’abord, car c’est un domaine destiné essentiellement à des forces commerciales par définition « nomades » et pour lesquelles l’accès par Internet fait sens. Salesforce.com est le premier acteur qui, à partir de 2004 propose un logiciel, sur la base d’une souscription mensuelle et par utilisateur, entièrement accessible par le web et qui offre des fonctionnalités de CRM. Ce qu’on sait peut-être moins, c’est l’esprit communautaire de l’offre dès 2005 : bien avant Apple et son app-store, Appexchange est la plateforme qui permet de mettre à disposition et de partager des applications ou extensions pour le logiciel Salesforce.com et qui encore aujourd’hui font la richesse de l’offre.

Standards et technologie Internet, et souscription sans engagement (pay as you go) et par utilisateur, utilisation immédiate sans délai d’installation, voilà ce qui fait la différence de ces offres « on-demand ». Le modèle est arrivé à maturité, puisque les plus grandes entreprises n’hésitent plus à s’engager sur ce terrain. Les offres se sont diversifiées au-delà du CRM, avec des offres ERP complètes (NetSuite) ou encore des offres BI (SAP BusinessObjects)

Le débat existe toujours sur ce qui est vraiment « on-demand » ou sur ce qui ne l’est pas, en particulier d’un point de vue technologique (l’application est-elle multi-tenant, c'est-à-dire que plusieurs clients se partagent la même instance technique d’une application ? Son architecture est-elle virtualisée et « in the cloud », c'est-à-dire que les ressources sont totalement virtualisées et entièrement adaptables aux évolutions des besoins en ressources ?). Mais ce débat se place plutôt du côté des éditeurs et de la rentabilité, que du côté des utilisateurs. Nous verrons plus loin pourtant que ces aspects technologiques ont pu être un obstacle à la percée de SAP dans ce domaine.

Aujourd’hui, donc, les applications « on-demand » sont nombreuses, et les domaines concernés sont désormais multiples : CRM, on l’a dit, mais aussi finance, comptabilité, gestion de la chaîne logistique et Business Intelligence encore ou pilotage de la performance existent dans une version « on-demand ». Les acteurs sont nombreux et tendent à connaître un succès grandissant auprès de clients représentatifs et de tailles différentes : une solution « on-demand » n’est plus l’apanage de petits clients cherchant à minimiser le coût d’acquisition de certaines solutions, c’est également désormais un réflexe des grands groupes de se poser la question de ce genre de solutions.

Ce qu’il faut retenir du « on-demand », c’est qu’il est bien lié à un certain nombre d’innovations technologiques liées à l’administration des ressources informatiques, et que toute application ne peut pas devenir « on-demand » au seul prétexte qu’elle est hébergée. Du côté du client, « on-demand » veut dire avant tout souscription libre d’engagements à un logiciel pour lequel la fonction informatique n’est pas portée par l’entreprise, mais aussi une approche applicative plus ouverte, communautaire et proche des standards internet.

Par rapport à tous ces critères, SAP n’était pas nécessairement la société la mieux préparée à une approche logicielle « on-demand ». En effet, une société ayant construit son succès sur des applications assez centralisées, plutôt orientée vers des clients du segment des grandes entreprises et dont on a dit pendant très longtemps qu’elle avait raté le tournant internet, pouvait-elle rentrer sur le marché du « on-demand » ? L’entrée sur ce marché s’est faite en suivant la tendance portée par SalesForce.com. Pour le CRM, SAP voulait tout d’abord contrer Oracle / Siebel et devenir l’acteur majeur. En rentrant sur ce marché du CRM, SAP a observé l’émergence de SalesForce.com et a pris en compte la nécessité d’une offre à la demande. SAP CRM on-demand a été la première véritable offre de masse sur ce créneau des applications on-demand pour SAP. Du point de vue de la stratégie technologique, SAP CRM On-demand a souffert d’une technologie proche de NetWeaver (la plateforme technologique des applications SAP en entreprise, on-premise) qui ne permettait pas à l’application d’être suffisamment performante et concurrentielle sur le marché du CRM On-Demand. De manière générale, les applications SAP On-Demand sorties à partir de 2005 / 2006 souffraient d’une architecture technique ne permettant pas à SAP de véritablement mutualiser l’accès aux applications pour des clients multiples (multi-tenancy) et de rendre le coût d’exploitation trop élevé pour l’éditeur.

La deuxième grande étape dans le SaaS a été l’annonce de la sortie de BusinessByDesign, une offre ERP complète ciblant les petites et moyennes entreprises.

Cette nouvelle offre était basée sur des concepts innovants autour de l’architecture SOA, mais comme son prédécesseur, trop proche de l’architecture NetWeaver, il souffrait de difficultés dans la mutualisation des ressources, rendant l’outil trop couteux à maintenir pour SAP, par rapport à la souscription proposée aux clients (aux alentours de 130 $ par utilisateur pour un minimum de 10 utilisateurs).

Depuis SAP a adapté sa stratégie pour faire évoluer son offre. En initiant une véritable stratégie « in the cloud » à partir de 2009 et en cherchant à rationaliser la configuration technologique des offres, SAP est mieux préparé à une offre « on-demand » crédible et plus rentable.

En 2010, la stratégie énonce clairement l’offre « On-Demand » comme un axe majeur de développement (« On Device, On Demand, On premise ») et offre aujourd’hui une palette plus large d’application : on a cité CRM On-demand, mais aussi BusinessByDesign, mais aussi une offre de BI OnDemand au travers de l’innovation apportée par BusinessObjects acquis en 2008.

D’autres applications sont désormais disponibles OnDemand, Sourcing, contracts, supplier management (relation fournisseur et stratégie d’approvisionnement), Sustainability Analytics (Bilan carbone) et une application prometteuse Collaboration and Decision Making (collaboration d’équipe et partage d’information) qui sort plus du champ traditionnel des applications SAP. SAP semble en ordre de bataille sur les plans technologiques, marketing et opérationnels pour aborder ce marché du On-Demand. L’éditeur cherche à varier les modes d’accès des utilisateurs à ses applications, à modifier le mode de consommation et le modèle de licence, à faire évoluer son offre avec les tendances du marché.

Contact : Damien Palacci

  • Pour mieux comprendre le charabia…

    ASP – Application Service Provider (Fournisseur d’Applications Hébergées) : tiers hébergeant une application pour le compte d’un client

    TCO – Total Cost of Ownership (Coût Total de Détention) : Notion visant à identifier le coût complet de l’acquisition, la mise en place et la maintenance d’une application. C’est un axe de bataille de SAP à qui on reproche souvent le TCO élevé.

    SOA – Service Oriented Architecture (Architecture Orientée Service) : Concept d’architecture applicative s’appuyant sur l’intégration autour de Web Services standardisés permettant l’abstraction des échanges. Le SOA s’appuie sur la définition d’Objet (une commande, un solde comptable) et des méthodes associées (modifier, créer) permettant l’intermédiation entre les briques applicatives.

    In the cloud / cloud computing – Concept d’architecture technique envisageant la virtualisation complète des ressources techniques de serveurs et assurant l’adaptabilité des ressources disponibles par la mutualisation et l’échange fluide de données au sein d’un nuage de serveurs interconnectés.

    Multi-tenancy – Capacité et Design d’une application lui permettant de s’exécuter sur un espace virtuel de ressources (voir « in the cloud »), cette capacité permettant d’éviter de dédier une instance de l’application à un seul et unique client et de proposer une mutualisation d’une instance pour plusieurs clients.

    On-demand / On-premise – On demand (à la demande) = application d’entreprise accessible par internet, hébergée, et basée sur un principe de souscription. On premise (sur site), concept d’application classique hébergée en entreprise.

    NetWeaver – Plateforme technologique de SAP conçue pour les applications SAP (et tiers pour les applications Java) on premise.

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