Article publié le : 23/12/2020

 

Après l’autorisation d’un vaccin contre la Covid-19 en France, l’enjeu d’une vaccination à l’échelle nationale est considérable. Cette vaccination soulève de nouvelles problématiques logistiques (stockage à -70°C, vaccination par vague, contexte mouvant des autorisations de mise sur le marché) et appelle à renforcer les procédés et outils de supply chain existants, pour garantir une traçabilité et une transparence à tous les niveaux de la chaine d’approvisionnement et optimiser les modèles de distribution pour le consommateur. Cet article va parcourir les défis logistiques de la campagne de vaccination Covid-19 en France.

Les nouveaux vaccins à ARNm et leur stockage à ultra-basse température

Les vaccins à base d’acides nucléiques, à ce jour les plus avancés dans le processus d’autorisation, nécessitent un stockage et un transport à très basse température (figure 1). Le gouvernement français a annoncé le 12 novembre, avoir commandé 50 super-congélateurs pour le stockage des vaccins à -70 ou -20°C, qui seront répartis sur tout le territoire français. Les centres de culture cellulaire et de thérapie génique possédant également des stations de super congélation, pourraient également être mis à profit.

Figure 1 : Températures de stockage et conservation des vaccins contre la Covid-19

 

Le premier défi réside donc dans la mise en place et le contrôle de cette chaine du froid. En effet, un écart de température pouvant entraîner la baisse ou la perte de l’effet vaccinal, il est primordial de sécuriser cette chaine du froid. Des solutions de capteurs connectés (IoT – Internet of Things) comme le propose la start-up française Koovea, sont déjà utilisées en santé et dans le secteur agro-alimentaire pour la surveillance et le suivi de température dans un réfrigérateur et/ou lors d’un transport. Les données sont envoyées vers un serveur central qui permet un pilotage à distance en temps réel et sans interruption.

La vaccination par vague, ou comment adapter le modèle de distribution à la cible ?

Il est primordial d’identifier les profils des personnes ciblées pour chaque vague : leur âge, leur milieu social, leur lieu de vie, leur état de santé et leur mobilité, leur suivi médical, leur rapport à la vaccination. Effectivement, le modèle de vaccination doit être adapté à chaque segment : vaccination depuis chez soi, à l’hôpital, chez son médecin généraliste, en pharmacie, dans des centres mobiles, dans les EHPAD, dans les entreprises… Un modèle adapté et sur mesure doit permettre la vaccination de chaque personne au bon endroit, au bon moment. (Figure 2)

Figure 2 : Ajuster le modèle de distribution à la cible

Prévisions et températures de conservation

Le schéma de distribution doit ainsi être repensé pour chaque vague, à partir des prévisions de vaccination par segment en tenant compte du volume de population ciblée, de sa réticence à la vaccination et de l’accessibilité du vaccin. Le défi de la filière logistique est alors d’anticiper le nombre de doses à fournir au hub de stockage (super-congélateurs), et celui qui doit être mis à disposition  à un instant T dans chacun des centres relais primaires et secondaires (hôpitaux, cliniques, pharmacies…) et ce, en fonction de la durée de vie du vaccin à chacune des températures de conservation  (en super-congélateur, en réfrigérateur ou à température ambiante, cf. figure 1). 

Il est essentiel que chaque acteur de la chaine d’approvisionnement - site de distribution, transporteur, hub de stockage, centre relais - soit informé de façon transparente et en temps réel sur le statut de la distribution, des potentiels délais ou des ruptures de stock. Les centres de vaccination pourront ainsi en informer les patients et replanifier les rendez-vous de vaccination en conséquence. De même, le suivi en temps réel du nombre de doses utilisées et la connaissance des planning de rendez-vous de vaccination pour l’administration de la première et de la seconde dose doivent permettre d’optimiser les flux logistiques. L’utilisation de logiciels de simulation couplés aux données analytiques en temps réel sera indispensable à la gestion logistique et à la bonne dispensation de ce vaccin.

Nouvelles autorisations, nouveaux schémas de distribution

Le modèle de distribution pensé pour la première vague devra également se réadapter dès l’autorisation en France de nouveaux vaccins, dont les spécificités de conservation et d’administration (1 ou 2 doses) seront probablement différentes. Une nouvelle stratégie de vaccination et un nouveau cahier des charges seront alors définis  par le gouvernement et les autorités de santé, ainsi que par les acteurs de la chaine d’approvisionnement qui devront être flexibles et s’adapter en conséquence.

Conclusion

La campagne de vaccination contre la Covid-19 s’annonce unique par son ampleur (200 millions de doses précommandées pour 2021), ses enjeux (nombre de vie sauvées, date d’acquisition de l’immunité collective), et par la rapidité et la nouveauté des types de vaccins développés (vaccins à ARNm encore jamais utilisés sur l’homme).

Les efforts fournis sur la chaine du froid, l’ajustement du modèle de distribution par cible, ou encore l’information en temps réel sur les statuts d’approvisionnement sont essentiels pour permettre une campagne de vaccination réussie. Ces nouveaux modèles de distribution pourront servir pour d'autres pathologies après la pandémie, comme le diabète ou les maladies chroniques pour fournir aux patients les traitements au plus proche de chez eux et augmenter l'adhésion aux traitements. De même, les équipements en super-congélateurs et transports isothermes (glace carbonique) seront réutilisables pour les traitements innovants de biothérapie (thérapie cellulaire ou thérapie génique).

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