« Si le climat était une banque, on l’aurait déjà sauvé » ?

En 2017, le gouvernement français a organisé à Paris le “One Planet Summit”, premier sommet mondial devant mettre en avant le rôle du secteur financier dans la lutte contre le changement climatique.

En effet, la France s’est engagée - notamment dans le cadre de sa présidence du G7 - à renforcer ses positions sur la finance verte. L’objectif ? Orienter les flux financiers vers une économie plus durable afin de soutenir le développement durable et faciliter la transition énergétique.

Mais concrètement, qu’est-ce que la finance verte ?

Le FIR (Forum pour l’Investissement Responsable) décrit la finance verte comme étant « l’ensemble des opérations financières qui visent à favoriser la Transition Energétique et Ecologique et à prévoir les dommages environnementaux qui peuvent naître des activités économiques ».

La « finance verte » ou « green finance », repose sur des instruments et mécanismes financiers permettant d’encourager l’investissement du secteur financier dans les produits « durables » ou, au contraire, de décourager les investissements dans ceux qui ne le sont pas (industries polluantes ou à fortes émissions de gaz à effet de serre par exemple). Pour cela, elle doit s’armer de nouveaux instruments de financement afin d’accélérer la transition énergétique.

Concrètement, elle se traduit par la mise en place des « green bonds » – littéralement obligations vertes. Il s’agit d’emprunts obligatoires (et donc non bancaires) classiques, émis par une entreprise privée ou une entité publique sur les marchés financiers, mais dont l’usage précis doit être explicité et dédié uniquement à des projets ayant un impact environnemental positif (énergies renouvelables, véhicules propres, projet ‘’zéro-pollution’’). L’émetteur de ces bonds s’engage à diffuser chaque année un rapport détaillé auprès des investisseurs du projet.

Par le biais des « fonds verts », les investisseurs peuvent aussi sélectionner des entreprises dont le cœur de métier relève d’actions aux bénéfices de la protection de l’environnement, ou qui réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires avec des solutions « durables ».  

LES OUTILS DE LA FINANCE VERTE :

Et le secteur public dans tout ça ?

En 2017, l’Agence France Trésor lance son premier green bond d’une valeur de 7 milliards d’euros, faisant de la France le premier Etat au monde à émettre des green bonds pour une taille de référence. Bruno Le Maire - ministre de l’Economie et des Finances - annonce la même année sur France Inter que cette enveloppe est créée pour « financer uniquement des projets verts ». Un montant conséquent au regard de la taille du marché des green bonds qui représente en France 15 milliards d’euros en 2018.

La croissance de ce marché est prometteuse, et la société de notation financière Standard & Poor’s semble confiante dans la solidité du marché fortement poussé par les politiques publiques en matière de développement durable.

En effet, le Gouvernement français annonce en 2018 l’investissement de 20 milliards d’euros pour accélérer la transition écologique entre 2018 et 2022. Comment ? La France s’engage, à travers le Grand Plan d’Investissement (GPI), à améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments publics, mais aussi des logements des ménages les plus modestes (9 milliards d’euros), à soutenir la capacité de production des énergies renouvelables (7 milliards d’euros) et à investir dans les transports afin de réduire l’émission de gaz à effet de serre (4 milliards d’euros).

Autre grand acteur de la finance verte en France, SNCF Réseau - gestionnaire du réseau ferroviaire français - émet le 14 août 2019 le premier green bond de maturité 100 ans pour un montant de 100 millions d’euros. Il détient ainsi le nouveau record du green bond le plus long, dont l’identité de l’investisseur reste un mystère.

Dans le secteur énergétique, Engie émet en 2017 sa troisième obligation d’un montant de 1,5 milliard d’euros, soutenant ainsi fortement le financement des énergies renouvelables.

Et la finance verte dans le secteur financier ?

L’enjeu de la finance verte dans le secteur financier n’est pas non plus des moindres. Mark Carney - Gouverneur de la Banque d’Angleterre - souligne l’impact désastreux que les catastrophes écologiques pourraient avoir, à court terme, sur les actifs physiques détenus par les entreprises, tels que les parcs immobiliers. De plus, le poids de la responsabilité des multinationales et des banques face à l’état du climat est fortement montré du doigt, entraînant ainsi le risque d’actions légales à venir et de lourdes compensations financières.

Pourtant, la finance verte tient parfois du mirage. Si les green bonds sont plébiscités par les entreprises, il n’existe, à l’heure actuelle, aucune règle concrète et internationale pour définir le degré de « green » d’un projet. Certes, des labels existent, permettant de classifier les investissements verts tels que les Green Bonds Principles (GBP) ; mais aujourd’hui, 75% des obligations vertes ne sont pas labellisées, créant ainsi le risque d’un greenwashing d’entreprises prônant « faire du vert » en s’inscrivant dans une tendance marketing, sans pour autant le prouver concrètement. Nous pouvons également nous interroger sur les pratiques globales des entreprises affichant leur côté vert : un rapport de Climate Bonds Initiative datant de 2018, souligne la position ambigüe de certains géants de l’énergie, leaders de l’émission de green bonds, mais construisant pour autant quatre fois plus d’infrastructures nucléaires que renouvelables.

Finalement, comme la finance « traditionnelle » avant elle, la finance verte se heurte aux mêmes défis : une régulation du marché vert par les pouvoirs publics est inévitable afin d’assurer la sanité des investissements. Elle doit, elle aussi, bénéficier de son propre système de notation indépendant, évitant ainsi la création et l’éclatement d’une nouvelle bulle verte. Enfin, elle présente un enjeu de taille : « shifting the trillions », ou faire de la finance verte le cœur des activités de marché et non l’écran de fumée des marchés.

Auteurs :

Marion Latrubesse, Consultante

Justine Motroni, Consultante

Laura Nadal, Consultante

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