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Comment le « Big Data » pourrait rassurer les passagers ? Découvrez le 2ème article de notre série autour du Big Data & de la sécurité des passagers.

L’avion de la compagnie Pegasus, sorti de piste à l’aéroport de Trabzon en Turquie, a fait la une de beaucoup de médias. L’image est impressionnante mais aucun blessé ne fut à déplorer !

Si l’accident dit « de sortie de piste » est l’accident le plus courant en aviation, son occurrence a beaucoup diminué ces dernières années grâce à la collecte et à l’analyse systématique des données des appareils, qui ont permis d’identifier les facteurs aggravants.

Ainsi, les travaux menés par une compagnie aérienne, avec la technologie Advanced Analytics de BearingPoint (Hypercube®) ont permis de comprendre la corrélation / causalité entre différents paramètres de vol et les incidents constatés, et de réduire significativement ces incidents.

 

L’avion est effectivement le moyen de transport qui suscite le plus de peur irrationnelle ; pourtant 2017 fut l’année la plus sûre pour le transport aérien depuis 1946 avec un total de seulement 10 accidents impliquant des avions civils[1].

2017, année la plus sûre depuis 1946

Les opportunités présentées par l’exploitation des données sont nombreuses, et l’aéronautique s’en est peu à peu saisi pour en faire aujourd’hui un axe de développement à part entière, notamment grâce au potentiel offert par les technologies « Big Data ».

Les opportunités présentées par la collecte et l’analyse des données du secteur sont d’autant plus prometteuses que ces dernières sont massives. De nombreux capteurs, enregistreurs et instruments de mesure collectent quotidiennement des informations de vol, sans compter les données liées au fonctionnement des équipements et installations (aéroports, contrôle aérien, …). L’analyse et la mise en cohérence de l’ensemble de ces données disponibles peut permettre à terme l’amélioration considérable de la sécurité du secteur aérien, sous réserve d’une coordination des acteurs dans les axes de recherche.

Face à une quantité de données volumineuse, le défi est de mieux analyser les données

Le secteur aérien est caractérisé par la présence d’un large nombre de sources de données ; les sources de données les plus connues sont notamment :

  • Les enregistreurs de vol des avions qui mémorisent aussi bien les informations transmises par les instruments de vol (capteurs, sondes, etc) que les conversations enregistrées dans le cockpit  
  • L’avion lui-même qui interagit tout au long du vol avec le monde extérieur ; il existe de nombreux relais extérieurs aux informations émises par l’avion : au sol (émission de signaux par les moteurs), vers des satellites, …
  • Au sol, le contrôle aérien dispose également d’instruments (radars) et de personnels qui peuvent notamment rédiger des rapports d’incidents, des rapports tirés de l’exploitation ou de la maintenance des appareils

Ces différents supports permettent donc de faire remonter une variété de données différentes : les conditions de vol, ses paramètres, les conditions du trafic aérien, les contacts et échanges avec le contrôle aérien, mais également des données plus qualitatives telles que les décisions prises par le personnel navigant technique et leurs contacts avec le sol. C’est notamment sur la base de ces données que les constructeurs ou encore les compagnies aériennes sont en mesure de toujours améliorer leurs analyses de risques et leurs prises de décisions.

Toutefois, aujourd’hui, il est impossible de récupérer en temps réel les données des instruments des avions. Seule l’analyse ex-post est aujourd’hui possible. Celle-ci permet certes une meilleure compréhension des causes et la mise en place de mesures de prévention, mais la remontée d’informations en temps réel permettrait d’aller un cran plus loin et de mettre en place des alertes pour les pilotes ou le contrôle aérien sur la base d’un modèle prédictif. Ceci pourrait passer par la dématérialisation des boîtes noires. Si cette solution n’est pas nouvelle, elle représente une charge non négligeable pour les capacités des satellites qui devraient récupérer en continu ce qu’enregistrent les boîtes noires des 80 000 vols[2] civils quotidiens ! On pourrait néanmoins concevoir un système où l’émission de ces données n’aurait lieu qu’à partir de la détection d’une situation critique. Ou encore, certaines initiatives comme le projet SWIM participent au développement d’échanges de données.

L’un des plus grands défis reste aujourd’hui toutefois la mise en cohérence et l’exploitation de ces nombreuses données. Il est nécessaire de relever un certain nombre de défis technologiques et statistiques liés à l’extraction, l’analyse et la visualisation des données, dont le volume et l’hétérogénéité sont en croissance. L’enjeu actuel est de réussir à modéliser les risques à partir des données de vol afin de fournir aux compagnies aériennes et aux constructeurs des indicateurs de sécurité quantitatifs et objectifs. La création d’algorithmes de traitement de masses de données permettrait de tirer profit de l’ensemble de ces données disponibles en offrant une analyse au service de la sécurité aérienne.  Les résultats de ces analyses seraient cruciaux pour fixer des normes et des standards mieux adaptés mais également en permettant la détection de dangers non identifiés.

Des bénéfices multiples pour les différents acteurs du secteur

L’analyse des données dans leur globalité s’accompagne de nombreux bénéfices dans le domaine de la sécurité des passagers. Les compagnies aériennes, le contrôle aérien, les aéroports et les agences de sécurité sont les premières parties prenantes dans l’amélioration de la sécurité aérienne. Ces bénéfices dépassent d’ailleurs le seul cas de la sécurité ; par exemple :

  • Du côté des constructeurs, les résultats obtenus permettent d’optimiser la sécurité du passager en amont : la détection de nouveaux risques peut induire la création de nouveaux systèmes de sécurité et le renforcement de systèmes déjà existants. Ces changements s’accompagnent d’économies en permettant de réduire la durée des campagnes de vols d'essai, tout en analysant un nombre croissant de paramètres.  
  • Au-delà des analyses de sécurité citées au début de cet article, les compagnies aériennes ont également un fort intérêt à développer l’analyse systématique des données dans la mesure où elle peut permettre des gains de productivité via l’optimisation de l’utilisation d’un appareil en réduisant son temps de maintenance ou encore son temps d’immobilisation au sol.
  • L’analyse des données impacterait également les autorités aériennes. L’analyse de données brutes est gage d’objectivité dans la création de nouvelles normes, justifiées par la détection de dangers qui n’étaient pas encore identifiés. Les décisions opérationnelles auraient une légitimité accrue par l’objectivité des modèles d’analyse de données. Les résultats de l’analyse de ces données peuvent permettre la simplification et la mise en cohérence des réglementations
  • Enfin, ces études pourraient avoir un impact sur certains passagers, notamment les plus anxieux, en les rassurant, pour autant qu'ils en soient informés….

L’importance de définir des cas d’usage et d’une articulation entre les acteurs

Face à l’impact de l’analyse des données pour l’ensemble des acteurs du secteur aérien, il est certes primordial de définir des cas d’usage et de les prioriser. Mais c’est bien plus encore, l’articulation des initiatives et des cas d’usage entre chaque partie prenante qui est un enjeu majeur.

Afin d’aboutir aux résultats les plus probants, il est nécessaire de se donner les moyens d’une analyse globale mettant en cohérence l’ensemble des informations disponibles. Il ne s’agit plus de laisser chaque acteur analyser les données dont il dispose, mais de créer une analyse incluant chaque acteur et tous les types d’informations pour maximiser le parc et le flux d’opérations soumis à analyse. Mieux lier les données et les acteurs permettra de prendre les décisions les plus efficaces pour la sécurité des passagers tout en offrant une démarche efficace à coûts réduits. C’est notamment le sens même de la démarche de l’Agence Européenne pour la sécurité aérienne (AESA) avec le programme « Data for Safety ». Ce programme vise notamment à coordonner les efforts de divers acteurs de l’aérien dans l’analyse de données, à l’aide de technologies hautement innovantes.

La gestion des données et leur analyse soulèvent toutefois des problématiques : 

  • La mise en commun des données doit être accompagnée d’exigences de confidentialité renforcées.
  • Par ailleurs, leur analyse doit être faite de manière objective, par des acteurs indépendants, afin de servir au mieux l’objectif d’accroître la sécurité des passagers.

Les enjeux sont donc de taille pour le secteur aérien, pourtant déjà bien avancé dans l’exploitation des nombreuses sources de données.

Reste également aux acteurs du secteur à communiquer toujours plus sur les efforts & les investissements consacrés au renforcement de la sécurité aérienne…

Car si l’analyse des données et les technologies « Big Data » permettent d’améliorer considérablement les analyse de sécurité, comme pour le secteur ferroviaire et le secteur routier, il reste difficile de mesurer son impact sur la peur irrationnelle de nombreux passagers

Auteurs : François Lanquetot, Caroline Perrin, Laetitia Chatain, Eléonore Miédan-Gros

[1] Source : Flight Safety Foundation

[2]Source: https://www.industrie-techno.com/aeronautique-vers-la-fin-des-boites-noires.38368
 

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