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Dans un contexte où les annonces d’ouverture de réseaux 4G se multiplient dans le monde, avec désormais plus de 200 réseaux déployés à fin 2013, les opérateurs se livrent une bataille de communication sans relâche sur des offres 4G, qui promettent une véritable amélioration du confort d'utilisation de la data et du travail en mobilité. Les pays africains ne sont pas en reste puisque quelques pionniers ont lancé leurs offres très hauts débit mobile dès 2011. Pour un continent connu pour sa forte appétence pour le mobile, une question se pose malgré tout : y a-t-il, à court terme, un véritable  marché pour la 4G en Afrique ?

La question reste délicate même si les premières stratégies de lancement et  les perspectives du marché des télécoms apportent des éléments de réponse.

Les premiers lancements 4G en Afrique, des stratégies de niche

Plusieurs points intéressants émergent quant aux lancements commerciaux déjà effectués dans les pays africains. Le premier concerne la maturité du marché.  Ces lancements concernent principalement des pays parmi les plus développés d’Afrique, que ce soit en Afrique du Sud (MTN et Vodacom), en Angola (Movicel), en Namibie (MTC) ou encore au Nigeria (Smile), les opérateurs se lancent dans les pays où le niveau de vie et le pouvoir d’achat des consommateurs sont les plus élevés.

Un autre aspect marquant est la concentration de la couverture sur quelques zones bien spécifiques. En effet, afin de limiter leur investissement et d’adresser une clientèle plus susceptible de souscrire au service, les opérateurs ont concentré leur effort de couverture dans un premier temps sur les principales villes à l'instar des pays développés. Les opérateurs ont par ailleurs des approches différentes en terme de couverture en utilisant selon les zones l’ensemble des technologies à leur disposition (3G, 4G, Wi-Fi)

Dans cette même logique, l’offre même des opérateurs africains en termes de 4G reste faible. En effet, pour la plupart, ils ne proposent pas de gamme tarifaire dédiée à la 4G.

Ces stratégies prudentes illustrent parfaitement la position des opérateurs mobiles sur la 4G en Afrique :  la nécessité de répondre à un impératif d’image et de préemption d’un marché innovant tout en considérant les nombreuses barrières à la démocratisation de la 4G à court terme dans ces pays. Celles-ci sont, en effet, encore nombreuses.

Des barrières importantes à la démocratisation de la 4G

Le principal frein est, ici comme en Europe, la durée du retour sur investissement. Jusqu’ici, les opérateurs africains avaient mis en place des stratégies low-cost, jouant sur les grilles tarifaires pour maximiser le nombre de clients et rentabiliser grâce au volume leurs investissements. Une telle stratégie sera difficile à dupliquer avec la 4G. En effet, même si les smartphones  se popularisent, les terminaux compatibles avec la technologie 4G restent chers et accessibles uniquement à une faible portion de la population africaine. Aussi, à défaut d’engager des investissements massifs, les opérateurs devraient concentrer dans un premier temps la couverture aux principales villes et limiter la base de clients adressables (Early adopters urbains, CSP+). Cette prudence dans les investissements d’infrastructure se justifie d’autant plus que, dans de nombreux pays, la mise en place du réseau 3G est encore en cours de finalisation.

La seconde barrière à la démocratisation de la 4G réside dans les usages. En effet, le marché africain reste encore un marché voix principalement. Quant à la consommation de services, il s’agit principalement de services d’information simples basés sur les SMS, répondant à des usages autour de la santé, de la religion, de l’éducation ou de la musique, et ne nécessitant pas forcément le très haut débit.

Ces barrières, cependant, ne doivent pas masquer totalement de réelles opportunités à court et moyen terme pour les opérateurs en Afrique.

Tout d’abord,  la démocratisation des smartphones  et donc des usages data mobile. Différents acteurs commencent à se positionner sur le créneau des smartphones low-cost dont les géants du secteur comme Apple,  quasi absent en Afrique où son chiffre d’affaires ne dépasse pas 7% des ventes, qui a lancé en Septembre 2013 son iPhone 5C, produit (un peu) moins cher que le reste de la gamme ;  mais aussi des marques locales qui se créent telles la société congolaise VMK qui a lancé le premier smartphone africain Elikia en 2012.

Par ailleurs, des opportunités en termes de substitution fixe-mobile. En effet, contrairement aux pays européens, le taux de pénétration du fixe en Afrique est globalement  faible. La technologie 4G pourrait constituer dans ce sens une solution de substitution fixe-mobile pour répondre aux enjeux de connectivité web en lieu et place d’un réseau fixe. Cette substitution pourrait se révéler tout particulièrement pertinente pour les entreprises qui pourraient ainsi bénéficier des nouvelles technologies de communication. En effet, si les prévisions de croissance sur les connections data mobiles sont de près de 200% entre 2013 et 2017 en Afrique Subsaharienne, nul doute qu’elles seront alimentées en grande partie par le secteur B2B pour qui la connectivité en mobilité et le cloud computing deviennent des modes de travail de plus en plus incontournables avec un marché qui va quadrupler d'ici 2018. Un exemple illustrant ce phénomène est l’opérateur MTN qui s’est déjà positionné sur ce marché en proposant une véritable offre de services Cloud mobile (sauvegarde en ligne, logiciel ERP, sécurité…) pour les petites entreprises au Ghana et au Nigeria.

Malgré de multiples freins, le déploiement de la 4G en Afrique peut constituer une réelle opportunité pour les opérateurs. La combinaison de la baisse du coût des smartphones, le développement fort de la data mobile, et l’opportunité sur le marché B2B, nous fait penser que la 4G va connaitre un développement important dans un certain nombre de pays d’Afrique dans les prochaines années.

Tariq Ashraf, Senior Manager
Sylvain Chevallier, Partner