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« La France représente un peu une épine dans le pied du groupe de Patrick Drahi et cela pour deux raisons principales.

La première est indépendante d’Altice et de SFR. On sait que le marché des télécoms en France est très compétitif, trop compétitif. Quatre acteurs, c’est bien trop pour un marché d’assez petite taille et où le mobile couvre 110 % de la population.

La compétition est sévère, entraînant les prix et donc les marges vers le bas. Un abonnement au mobile est presque moitié moins cher ici qu’en Belgique. Un accès à Internet est presque trois fois plus cher aux États-Unis. Il est donc très difficile de gagner de l’argent pour un opérateur en France.

La seconde raison est propre à SFR mais date d’avant sa reprise par Altice. Depuis de nombreuses années, Orange a cherché à être leader en termes de la qualité du réseau, que ce soit dans la fibre ou dans la téléphonie de quatrième génération (4G).

Cela demande d’immenses investissements. De son côté, Bouygues a pu réutiliser ses antennes pour avoir une bonne couverture en 4G et Free a des accords avec Orange. SFR, lui, est resté un peu en retrait », analyse Sylvain Chevallier.

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« Orange a su se positionner comme un acteur premium, Free comme un opérateur à bas coûts, et Bouygues un peu comme le bon plan… SFR a une place un peu moins nette en termes de positionnement. Il voudrait se placer aussi comme un acteur premium mais c’est un peu difficile de convaincre les Français quand son réseau est moins bon en termes de couverture. De fait, des centaines de milliers de clients sont partis.

Pourtant, Altice a repris de manière nette sa politique d’investissement dans le réseau mais il faut du temps pour que les consommateurs s’en rendent comptent. D’autant que, de son côté, Orange n’a pas l’intention de faiblir sur la qualité », souligne Sylvain Chevallier

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« Ce n’est pas[SFR] le premier acteur des télécoms à développer une stratégie de contenu. Il y a une dizaine d’années, Orange avait acheté les droits de diffusion de la Ligue 1 de football mais s’était rendu compte que sa base d’abonnés était insuffisante pour rentabiliser les frais.

Altice, lui, est prêt à offrir ses contenus quel que soit le fournisseur d’accès à Internet. Sa stratégie est typique de nombre de câblo-opérateurs à travers le monde. Vous vendez un accès à des abonnés et vous tentez d’augmenter vos revenus en leur vendant, en outre, des services et des contenus supplémentaires.

Le problème, en France, c’est que les clients acceptent de payer un peu plus cher pour des contenus mais ne viennent que s’ils sont convaincus de la qualité du réseau. C’est une difficulté pour SFR », estime Sylvain Chevallier

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« Altice va, je pense, utiliser les mêmes recettes. À savoir des tarifs très bas pour gagner à tout prix des parts de marché. Avec le risque d’un effet pervers. Plus vous tirez les prix vers le bas, moins les abonnés rapportent et plus vous avez des difficultés à investir dans la qualité pour attirer de nouveaux clients… » souligne Sylvain Chevallier

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« Le métier d’acteur télécoms est par définition un métier où l’on doit investir des milliards d’euros et donc où la dette fait partie de l’équation. Il est vrai qu’Altice rachète des acteurs puis coupe les coûts pour en augmenter la rentabilité et préparer d’autres acquisitions. Pour SFR, le problème, encore une fois, c’est le marché français où il est difficile de rentabiliser un abonné et donc de gagner de l’argent. Le métier d’acteur télécoms est par définition un métier où l’on doit investir des milliards d’euros et donc où la dette fait partie de l’équation. Il est vrai qu’Altice rachète des acteurs puis coupe les coûts pour en augmenter la rentabilité et préparer d’autres acquisitions. Pour SFR, le problème, encore une fois, c’est le marché français où il est difficile de rentabiliser un abonné et donc de gagner de l’argent.

Y a t-il une sur réaction des marchés ? Sans doute. La bagarre au quotidien est si exacerbée ici que les réactions sont un peu épidermiques. Ce n’est sans doute pas le cas ailleurs », rappelle Sylvain Chevallier.

Sylvain Chevallier, Partner