Rechercher
Toggle location

Le 20 Février 2013, le Président de la République François Hollande annonce les ambitions françaises en matière de Très Haut Débit. Priorité de l’Etat français pour le développement de son économie numérique, le THD représente une opportunité de renforcer la compétitivité économique, améliorer le confort dans les usages numériques et optimiser la qualité des services publics. Mais qu’appelle-t-on THD ? En France, et conformément à la réglementation européenne, on parle de THD dès qu’une technologie réseau permet d’atteindre ou dépasser un débit de 30 mégabits par seconde. Au niveau mobile, le bilan est plutôt positif avec plus de 3 millions d’abonnés 4G à fin 2013. Ceci s’explique par les investissements importants d’Orange et SFR en 2013, mais en place par les opérateurs en 2013, et par la reconversion d’une partie des fréquences utilisées pour la 2G en 4G par Bouygues Télécom autorisée par l’ARCEP. A l’opposé, le déploiement du THD fixe est moins avancé. Si l’adoption des offres THD fixe est bien en augmentation (+30% en un an, avec une forte croissance fibre), elle reste toutefois limitée à 2,2 millions de foyers au T1 2014 (principalement raccordés en câble coaxial), soit moins de 10% des foyers français, alors que plus de 45% sont éligibles à la fibre. Comparé à des pays comme le Japon, ou les Etats-Unis avec des taux de pénétration du THD fixe supérieurs à 50%, on mesure bien le retard pris par la France.

Une très bonne couverture en ADSL

Si le bilan est mitigé pour la France, cela peut être attribué à plusieurs raisons. Tout d’abord, l’intérêt accordé au THD fixe à partir de 2010 peut être vu comme tardif si on compare à la Corée du Sud qui s’est emparée du sujet dès les années 1990. Ensuite, il y a eu un changement au niveau de la priorité technologique. Si la priorité a été donnée initialement au déploiement de la fibre, le VDSL a ensuite été encouragé à partir de 2013 pour mise en œuvre dans les zones ne pouvant être desservies rapidement par la fibre. Enfin, la définition claire des possibilités de mutualisation des infrastructures fibre offertes aux opérateurs n’a été apportée par l’ARCEP que début 2014, après un processus relativement long. Plus subtil, la très bonne qualité en débit et couverture de l’ADSL en France, ainsi que les prix bas associés, ont paradoxalement retardé le passage à de nouveaux réseaux THD fixe. C’est le contraire de pays comme la Russie (réseau ADSL presque inexistant) ou des Etats-Unis (ADSL peu développé) qui ont dû réaliser un saut technologique vers le THD, plutôt que cherche à rattraper leur retard en ADSL. Ce ne sont pourtant pas les ambitions qui manquant sur la stratégie TDH fixe nationale. En 2010, un premier programme national THD a été lancé avec pour objectifs 70% de la population raccordable d’ici 2020 et 100% pour 2024. Suite au changement de gouvernement en 2012, un nouveau plan plus ambitieux “France Très Haut Débit” a été lancé. Son objectif est de raccorder l’ensemble des foyers au THD fixe à horizon 2022. Dans le cadre de ces plans nationaux, plus de 20 milliards d’euros devraient être injectés dans l’économie, dont 3 milliards sont attribués sous forme de subventions aux collectivités territoriales. De plus, ils mobilisent l’action de l’ensemble des collectivités territoriales pour le déploiement de réseaux publics garantissant une couverture homogène en complément des réseaux privés.

Le bon élève sud-coréen

Mais comme souvent, les bonnes pratiques peuvent être identifiées parmi les Etats les plus avancés. La Corée du Sud est un cas intéressant avec un taux de pénétration de la fibre avoisinant les 64%. Dès les années 90, le pays avait annoncé des objectifs ambitieux dans la construction du réseau THD. Le gouvernement coréen avait lancé plusieurs programmes nationaux dont le plan “BCN” (Broadband Convergence Network). Ces plans nationaux, qui avaient des objectifs clairs mis à jour régulièrement, visaient à encourager les investissements privés dans le déploiement du réseau THD. Le soutien financier d’ l’Etat s’est manifesté par des subventions directes, des prêts à faible taux ou encore des allègements fiscaux. Avec le “BCN”, lancé en 2004, le gouvernement avait fourni aux opérateurs des pruchiêts à très faibles taux d’intérêt d’une valeur de 70 milliards de dollars. En contrepartie, ces derniers se sont engagés à investir un montant équivalent pour la construction du réseau. On retiendra donc que contrairement à sa version mobile, le déploiement du THD fixe en France est encore en retrait. Toutefois, les mesures financières et règlementaires mises en œuvre pourront sans doute donner leurs fruits maintenant que cohérence et constance semblent être de mise. Restera alors aux opérateurs à proposer des offres toujours plus attractives à leurs clients, en évangélisant les nouveaux usages permis par le THD (cloud gaming, multi-écrans et multi-enregistrements TV HD voire 4K, stockage et travail multimédia – comme l’édition vidéo – dans le cloud…). Quelques questions restent toutefois en suspens : le rachat de SFR par Numéricable relancera-t-il le rôle du câble comme vecteur de THD fixe en France ? Cela se fera-t-il au détriment de la fibre optique ? La consolidation annoncée du marché français du mobile permettra-t-elle une stabilisation des prix et des marges des opérateurs, et donc la hausse de leurs investissements THD fixe ? Les prochains mois ne devraient pas tarder à nous apporter un éclairage intéressant…

Article également disponible p 32 du Journal des Télécoms n°264 à paraitre en octobre 2014

Auteurs:
Sylvain Chevallier, Partner
Ouassim Driouchi, Senior Manager
Youssef El Shaarany, Manager
Houda Benslimane, Manager