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Longtemps, les TICs ont été perçues négativement dans le champ politique. Cette vision est en train de changer et même de se retourner.

La vision négative des TICs dans le champs politique est due à trois grands facteurs historiques. D’une part les TICs ont mis du temps à avoir leurs lettres de noblesse dans le champ des sciences sociales et politiques. Assimilées à l’informatique, les TIC n’avaient guère de valeur au regard d’autres champs d’’études ou d’analyses plus prestigieux. Tout juste les médias venaient-ils d’acquérir leurs lettres de noblesse. La télévision à la fin des années 90 était digne d’intérêt en tant que créateur de « lien social » tandis que les télécoms ou ordinateurs était un domaine peu crédibles pour les sciences sociales, limité à l’usage individuel. Le développement d’Internet a été ensuite perçu de manière suspecte car idéologiquement porté dans les années 90 par les courants « libertaires » nord-américains. Suspects pour une partie des analystes américains et méconnus coté européen, ces courants souvent taxés d’utopistes (ou à l’inverse de « dystopistes » s’ils ont une vision négative) étaient au mieux des objets de curiosités. L’auteur de ses lignes a donné un cours à Sciences Po Paris en 2000 sur Internet et Utopie et ce cours était dit d’ouverture au même titre que la science-fiction dans la littérature anglaise du XIXème siècle. Troisième temps, les projets autour du vote en ligne ont suscité au milieu des années 2000 beaucoup de débats et limités l’apport des TICs à cette question. Et le vote en ligne se limita aux SMS surtaxés des programmes de TV réalités.

Un tournant s’observe cependant depuis 3 ans. Les TICs deviennent un allié des démocrates ! Ce sont dans les pays en manque de liberté d’expression que l’apport a été le plus sensible. Certes, le rôle d’internet a été évoqué dans le cas des campagnes présidentielles américaines notamment de 2008 et dans la stratégie de B.Obama. Cependant, il s’agissait ici d’utiliser le canal internet (et les réseaux sociaux par effet de ricochet) dans une logique entre le média et le marketing direct. Les vrais apports sont venus des pays en manque de démocratie car, paradoxalement, le phénomène clé des années 2000 a été le développement des TICs dans des pays où les médias – locaux ou internationaux - étaient censurés

Dès 2008 quelques ONG notaient dans des rapports d’étude, l’apport essentiel des télécoms notamment en Afrique pour faciliter le travail des journalistes au quotidien notamment dans les pays où la parole est contrôlée (recevoir des information, contacter des sources, croiser des informations, remonter des informations). Le printemps arabe avec le rôle joué par les TICs  - et notamment les films des émeutes ou répressions policières tournés par téléphone portable et partagés via les réseaux sociaux - a été un révélateur marquant. Tout ne s’est pas joué en 2011 car dès 2009 des prémices – avortés hélas – avaient montré le poids potentiel des TICs. Dans les pays dits développés, ce sont des fondations ou ONG qui utilisent les réseaux sociaux pour mobiliser des citoyens, diffuser de l’information ou lancer des pétitions. Le cas de la fondation Avaaz est en cela illustratif.

Les TICs ont donc réussi à influer sur la vie politique de peuples en étant finalement un produit de la guerre froide. C’est en fait la philosophie décentralisée de base de l’Arpanet (d’un point de vue technique) qui a été couronné de succès 50 ans après par l’usage non anticipé des manifestants tunisiens ou égyptiens. Avant il suffisait de contrôlé les studios et antennes de télévisions … aujourd’hui il est plus complexe de contrôler les téléphones portables.

Les hommes politiques européens doivent aussi apprendre à évoluer avec les TICs. Elles sont devenus des incontournables des campagne (quel candidat n’a pas son twitter ou sa page Facebook … si ce n’est celle son animal de compagnie préféré) qu’il n’est pas facile de maitriser pour eux. Cependant, dans les pays développés, les TICs sont devenus un éléments du mix marketing des candidats et, quelque part, perdent de leur spécificités acquises dans les pays émergents. Ainsi, les TICs dans la démocratie sont aujourd’hui dans une situation paradoxale. Elles ont joué un rôle réel et indéniable pour aider des peuples à se libérer du joug d’une autorité non démocratique car elles ont permis de contourner les médias officiels. En revanche, les TICs, les réseaux sociaux n’ont pas encore transformé l’essai dans les démocraties établies. L’apport des débats via réseaux sociaux n’a pas le niveau permettant de se distinguer, il peut servir de catalyseur pour mobiliser mais avec un impact faible dans des pays où l’accès à l’information est libre et où le système de représentation fonctionne correctement. Mais doit-il en être autrement ? Car un rôle plus fort, notamment des réseaux sociaux, dans le champ politique entrainera nécessairement des modification de certaines pratiques démocratiques. Il est encore trop pour savoir si c’est un bien ou un mal mais on peut s’étonner que cela ne fasse pas partie aujourd’hui du débat public dans la cité. Le vote en ligne pour les élections au suffrage universel est un exemple de sujet évoqué depuis plus de 15 ans et qui n’a pas fait l’objet de débats publics véritables (y compris pour rejeter ce genre de pratique). Les TICs, en Europe notamment, sont encore perçues comme un gadget, un canal de communication mais pas comme un facteur futur du débat démocratique.

Auteur:
Jean-Michel Huet, Partner