Au-delà des grands investissements pour améliorer le réseau de transports ferroviaires, la régulation de la demande et l’aide aux voyageurs permettent de fluidifier le trafic lorsqu’un pic est prévisible.

Dans 4 ans, Paris accueillera les Jeux Olympiques d’été pour la troisième fois. Un beau défi pour les transports en commun de la région Ile-de-France, qui devront gérer un afflux important de voyageurs (6 millions de billets vendus et des pics à 490 000 visiteurs journaliers lors des derniers JO à Rio en 2016[1]). Traditionnellement, l’organisation d’un événement de la dimension des JO s’accompagne d’une extension et/ou d’une modernisation du réseau de transports de la ville concernée. Pour Paris 2024, les infrastructures prévues dans le projet Grand Paris Express devaient ainsi concourir à fluidifier le trafic lors de la compétition. La crise sanitaire Covid-19 a toutefois renforcé le risque que certaines infrastructures prévues ne puissent être livrées avant l’événement. Cependant, indépendamment de ces grands programmes de rénovation du réseau, des outils plus simples et moins coûteux peuvent être mis en place pour optimiser la gestion du trafic voyageur. A cet égard, le panel d’outils prévus pour les JO 2021 de Tokyo promet d’être éclairant :

Limiter la demande voyageur par un monitoring des trajets professionnels

Les organisateurs des JO 2021 s’attendent à une augmentation du trafic de l’ordre de 10% sur le réseau ferré de la capitale japonaise[2]. A Tokyo, en temps normal, le réseau fonctionnerait déjà au double de sa capacité, selon le professeur japonais Azuma Taguchi, de l'Université Chuo[3]. Les images de pousseurs professionnels de voyageurs dans le métro de Tokyo font d’ailleurs régulièrement le tour du monde dans les médias. Le risque de congestion lors des Jeux est donc réel. Afin d’éviter l’entassement des voyageurs dans les métros et les trains, plusieurs mesures de monitoring des trajets professionnels seront déployées :

  • Le recours massif au télétravail pendant les Jeux pour les Tokyoïtes, tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Des mesures incitatives, telles que des subventions aux entreprises acceptant que leurs salariés travaillent à distance, seront proposées. Les autorités pourront aussi sponsoriser des projets de transformation et de conduite du changement pour aider les entreprises à utiliser au mieux le télétravail ;
  • Le report des événements de type séminaires professionnels après les Jeux Olympiques ;
  • L’incitation à des mesures RH telles que la prise de congés dans les entreprises, ou encore le travail en horaires décalés. Des petits-déjeuners gratuits pourraient être distribués par certaines entreprises de métro, pour récompenser les lève-tôt ! Pour aller plus loin, il serait opportun d’évaluer l’impact d’une modulation temporaire des tarifs en fonction des horaires lors des grands événements, en particulier sur le chiffre d’affaires, le trafic et les systèmes d’information des entreprises de transports.

Objectifs visés par les mesures de réduction et de redéploiement de la demande voyageur[4]

Intégrer la problématique des transports dans la programmation événementielle

Tokyo 2021 devrait par exemple organiser des concerts gratuits à l’issue de certaines épreuves olympiques très fréquentées. Cela devrait contribuer à lisser l’afflux des voyageurs dans les transports en commun et limiter le risque de congestion.

Réguler le trafic en optimisant l’expérience voyageur

En plus des leviers jouant sur la demande, la gestion du trafic en période de pic consiste à assurer des niveaux élevés de sécurité et de qualité de service aux voyageurs qui emprunteront malgré tout les transports en commun. Cela concerne aussi bien les passages en gare que les temps de trajet. Les dispositifs envisagés pour les JO 2021 comprennent par exemple :

  • L’optimisation des applications mobiles mises à disposition des voyageurs (ex : données sur la fréquentation des trains et métros, en temps réel et anticipée) ;
  • L’amélioration de la signalétique en gare, en développant en particulier le multilingue ;
  • L’utilisation de Nudge, c’est-à-dire des suggestions indirectes, voire inconscientes, pour maîtriser les déplacements des voyageurs. Par exemple, la diffusion de musique rythmée dans les gares doit permettre de faire sortir les voyageurs plus vite, tout en minimisant le risque de bousculade[5].

Tous ces dispositifs peuvent par ailleurs être pérennisés après l’organisation de l’événement s’ils s’avèrent efficaces et pertinents. Ils constituent donc des investissements de long terme.

Penser multimodal

Rappelons pour terminer que tout système de pilotage du trafic voyageur dans les transports ferroviaires s’inscrit dans le cadre bien plus large de la mobilité. En particulier, les outils de réduction de la demande voyageur doivent être coordonnés avec les mesures prises concernant le trafic routier. Une vision transverse de l’ensemble de l’écosystème de mobilité est donc nécessaire en amont, pendant et après l’événement, afin d’éclairer les arbitrages stratégiques.

L’afflux ponctuel massif de voyageurs pourrait enfin être l’occasion d’expérimenter de nouveaux modes de transports quelque peu délaissés dans les grandes villes, tels que le transport fluvial.

 


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