Le nucléaire est la seule énergie dite « zéro-carbone » permettant de produire de l’électricité en masse et sans intermittence. Raison pour laquelle, le nucléaire produit aujourd’hui environ 70 % de l’électricité en France. Cependant, le parc nucléaire français vieillit, ce qui va mener la France dans une ère de déconstruction importante dans les années à venir. Quelles sont les perspectives de déconstruction en France ? Pourquoi s’agit-il d’une filière stratégique pour la France ? En quoi Chooz A est-elle une étape clé pour la filière française ? Quels sont les enjeux de la déconstruction ? Notre dossier thématique sur la déconstruction nucléaire répondra à ces questions.

Comme mentionné dans notre article précédent, « Déconstruction nucléaire – Quelles sont les perspectives en France ? », la France va rentrer dans une phase de déconstruction massive d’installations nucléaires.  Or, la déconstruction est un processus à la fois long et complexe.

Comment se déroule la déconstruction d’une installation nucléaire ?

Une installation nucléaire peut être exploitée pendant environ 40 ans (hors opérations de Grand Carénage permettant de poursuivre l’exploitation en toute sureté au-delà de cette limite), à l’issue desquels elle sera démantelée par phases successives. La France a choisi une méthode dite de démantèlement immédiat afin de démanteler « dans un délai aussi court que possible […] dans des conditions économiques acceptables ».

La déconstruction d’une installation nucléaire en France est entrecoupée de 4 jalons clés, surveillés de près par les autorités.

La déconstruction commence par la mise à l’arrêt définitif qui consiste à décharger le combustible du cœur du réacteur et le stocker. L’installation rentre ensuite dans une phase de préparation au démantèlement, à la fin de laquelle un décret de démantèlement est signé par le Gouvernement après enquête publique et autorisation de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Ce décret permet de commencer le démantèlement, avec un démantèlement partiel dans un premier temps afin de déconstruire et décontaminer les bâtiments exceptés celui du réacteur, puis un démantèlement total dans un second temps incluant le bâtiment réacteur. Si tous les critères sont respectés, l’installation nucléaire peut finalement être déclassée, c’est-à-dire qu’elle est retirée du registre des INB et n’est plus soumise aux contrôles réglementaires.

La déconstruction d’une installation nucléaire est donc longue afin d’assurer la conformité avec les mesures imposées par les autorités de contrôle et afin de garantir la sécurité de tous.

Quels sont les acteurs de la déconstruction ?

C’est en leur qualité d’exploitant qu’EDF, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et Orano sont responsables en France de la déconstruction et de la gestion des déchets sur leurs installations. Ce sont par conséquent les acteurs principaux de la déconstruction ; ils internalisent beaucoup d’opérations, par le biais notamment de filières spécialisées.

Cependant, le démantèlement des installations nucléaires est complexe et représente un projet de grande envergure tant en termes de durée que de moyens. Les exploitants ont donc recours à une multitude d’acteurs et sous-traitants qui apportent des compétences tierces pour mener à bien ces chantiers :

  1. Certification et approbation (autorités, conseil, gestion de projet …)
  2. Ingénierie (faisabilité, scénarios, planning, budget, etc.)
  3. Travaux de déconstruction (découpe, manutention, opérations …)
  4. Assainissement et gestion des déchets (transport, traitement, entreposage, stockage, …)


 

Pourquoi s’agit-il d’une filière industrielle stratégique ?

La déconstruction nucléaire représente donc un programme complexe aux contraintes et spécificités fortes dues notamment à la radioactivité, la taille des infrastructures, la durée nécessaire à la déconstruction et la réhabilitation. Il s’agit donc pour la France de relever un véritable défi industriel. Cependant, c’est également l’occasion pour les acteurs français de développer de solides compétences et un savoir-faire qui va s’accroitre au fil des nombreux démantèlements à venir.

Par ailleurs, comme mentionné dans notre article précédent, les perspectives de déconstruction ne concernent pas uniquement la France. La filière de la déconstruction pourrait permettre aux acteurs français d’accroître leur rayonnement international et de gagner des parts de marché actuellement occupées par des acteurs étrangers. Par ailleurs, le planning de la déconstruction en France n’est pas linéaire, s’ouvrir au marché international pourrait permettre aux acteurs de la filière française de lisser et gérer de manière optimale l’occupation des ressources.

La déconstruction représente donc une filière stratégique pour la France. En quoi la déconstruction de Chooz A en fut une étape-clé ? A suivre dans le prochain article…



Auteurs :

Marie-Anne Massardier, Consultant
Julien Bos, Manager
Emmanuel Autier, Partner

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