« Révolutionner la gestion des gares » : c’est pour atteindre cet objectif ambitieux que la SNCF, Dalkia et Stereograph ont annoncé en 2020 un partenariat inédit[i] impliquant la création de « jumeaux numériques » de 122 gares en France. A première vue, les chiffres donnent le tournis : au total, 500 000 m2 de gare seront numérisés, ce qui impliquera à terme la collecte de 800 millions de données par an[ii]. Le BIM est-il devenu incontournable pour améliorer la gestion des 3 000 gares que compte la France, gérées par Gares & Connexions, la filiale de SNCF Réseau ? A quelques semaines du BIM World 2021, qui rassemble les acteurs majeurs autour de ce sujet, BearingPoint vous propose un tour d’horizon du potentiel de cette méthode pour faire advenir la « gare de demain ».

Qu'est-ce que le BIM? Quelques chiffres
  • Une base de connaissances numérique qui prend en charge les fonctions, les produits et services nécessaires tout au long du cycle de vie d’un actif
  • Une collection des données de construction et d’exploitation d’un actif
  • Une méthode de travail fondée sur la collaboration des parties
  • 10 Md € : le marché mondial du BIM en 2020[i]
  • 13% : le taux de croissance annuel du marché du BIM prévu pour la période 2020-2024[ii]
  • 66 % : taux d’utilisation du BIM par les entreprises du BTP en France[iii]

Le BIM dans les gares : quoi, pour qui et pour quoi ?

Si le BIM est né au sein des entreprises de BTP, les gares sont un terrain d’application très pertinent pour son utilisation :

En phase de construction (BIM Construction) : pour les gares nouvelles (par exemple celle de Nîmes, rénovée en 2019)

En phase d’exploitation (BIM GEM ou gestion – exploitation – maintenance), tant pour les nouvelles gares que pour les anciennes (on parle alors de rétro-BIM).

Cette méthodologie par essence collaborative permet de réunir de nombreux acteurs tout au long du cycle de vie de l’infrastructure.

De multiples usages

Le BIM permet de récolter un certain nombre de données statiques (données de construction, plans…) et dynamiques (température, consommation énergétique…) à des fins multiples pour faire des gares traditionnelles de véritables smart stations:

  • Visualisation de l’infrastructure : avoir une vision d’ensemble et en temps réel de la gare notamment pour coordonner les différents acteurs
  • Maintenance : disposer de données actualisées en permanence sur les composants et équipements de la gare (ascenseurs, escaliers mécaniques, portes automatiques…)
  • Gestion énergétique des gares : optimiser sa consommation d’énergie en fonction des besoins et repérer les éventuels dysfonctionnements (éclairage, climatisation)
  • Gestion foncière et locative : optimiser ses revenus locatifs et améliorer les services en gare grâce à une meilleure connaissance et valorisation du patrimoine
  • Expérience client : faciliter la constitution de parcours client (les gares françaises accueillent plus de 10 millions de visiteurs par jour en moyenne) et minimiser les irritants le long de ce parcours. Par exemple, Garou offre des expériences immersives en réalité virtuelle pour se projeter en tant que client dans une gare en cours de construction et ainsi optimiser l’expérience client
  • Recentrage des gestes métiers : recentrer les agents sur le service clients en automatisant la remontée des données

A ces usages, on peut ajouter un avantage majeur du BIM : en réunissant des métiers multiples autour d’une même méthode, il est un fort levier d’innovation :

  • Des innovations techniques : développement de nouveaux outils, élargissement des cas d’usage des outils existants
  • Des innovations managériales : meilleur agencement des phases des projets, développement d’un langage commun au service de la performance, décloisonnement des spécialités

Les facteurs clés de réussite de la démarche BIM dans les gares

Comment procéder pour adopter une démarche BIM adaptée, efficace et performante dans les gares ? Il n’y a pas de réponse unique, mais voici quelques facteurs clés de réussite que les équipes BearingPoint ont assemblé au cours de leurs missions :

  • Adopter une logique de test & learn, avec une mise en œuvre sur un périmètre limité (proof of concept) avant un déploiement plus global
  • Identifier les use cases pertinents selon une matrice de critères définie collectivement et déployer une méthodologie adaptée
  • Rester agile dans la méthode de déploiement et faire une veille active sur les innovations BIM (technologies, usages…)
  • Veiller à la bonne intégration des outils BIM avec les logiciels et applications métiers déjà existants, ainsi qu’avec l’IoT présent dans les gares (capteurs, sondes de température, actionneurs…)
  • Développer une stratégie de traitement des données pour gérer leur volume et leur qualité
  • Faire de la simplicité et de l’orientation utilisateur une priorité en anticipant les besoins d’adaptation des gestes métiers et des process, et en préparant des formations adaptées

Au-delà de la stricte application aux gares, la méthode BIM est un savoir-faire qui pourrait se généraliser à l’ensemble des infrastructures (aéroports, bâtiments publics, smart cities). D’où l’intérêt pour les acteurs d’accélérer leurs projets BIM, afin de créer un écosystème BIM performant. Avec à la clé, la possibilité d’exporter leur savoir faire à d’autres secteurs, en proposant des modèles d’abonnements à des services de pilotage des bâtiments innovants. Le terrain de jeu est très vaste !

 

Auteurs :

Edouard Chambalu, Manager
Pierre-Hugo Leroy, Consultant

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