Comment l’Europe et d’autres acteurs clefs s’y prennent-ils pour accompagner la montée en puissance de la filière « Hydrogène pour la mobilité » ? Quels sont les enjeux, et quelle est la place d’une mobilité hydrogène face aux autres alternatives en cours de déploiement ? Réflexion sur les politiques et les priorités de ces états face aux nombreux rendez-vous de l’hydrogène…  

La Chine fait de l’hydrogène la nouvelle priorité pour le développement de la mobilité. Dans les métropoles chinoises, la mobilité rime avec propulsion électrique depuis près de dix ans. Si aujourd’hui, dans la plupart des cas, ces véhicules sont équipés de batteries « classiques » lithium-ion, d’autres solutions technologiques moins gourmandes en terres rares existent : le stockage de l’énergie sous forme d’hydrogène notamment. C’est en tout cas le nouveau cap fixé par le gouvernement chinois qui entend bien réorienter la filière mobilité dans cette direction. Le gouvernement fixe une stratégie d’organisation du parc automobile précise : les véhicules à batterie, dont l’autonomie ne doit pas dépasser 250 km, doivent se cantonner aux villes et à leurs périphéries. Au-delà, c’est le stockage de l’énergie via hydrogène qui doit prendre le relais et ainsi permettre les usages interurbains et le transport de marchandises longue distance. Ces orientations sont fixées depuis mars 2018 et redessinent le parc automobile chinois. En redirigeant les aides allouées aux véhicules électriques à batterie vers les solutions à hydrogène, l’Etat donne un signal aux industriels : le champ est libre pour développer, tester et optimiser une technologie nouvelle, en s’appuyant sur un marché vif et une croissance stable garantie par l’Etat. Ce cap va permettre aux industriels chinois de proposer des solutions solides aux consommateurs du monde entier, clients des solutions rentables pour la gestion de l’hydrogène. 

L'Europe fixe le cadre

Pour la commission européenne, l’investissement dans l’hydrogène est prioritaire. Cette technologie apporte de la flexibilité et peut permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur de la production d’électricité en facilitant le stockage et le transport d’énergie intermittente verte. L’objectif de représentation de l'hydrogène de 14% de la production de l’énergie en Europe est fixé à l’horizon 2050 (le niveau actuel est négligeable). Les ambitions de l’Europe ne portent donc pas directement sur la mobilité puisque l’hydrogène doit d’abord monter en puissance et se verdir avant d’envisager une utilisation quotidienne et massive au service de la mobilité. Pour atteindre l’ambitieux objectif, l’ensemble des acteurs de la future filière sont intégrés à la démarche : des énergéticiens, des producteurs d’énergie renouvelable, des consommateurs industriels et enfin, les acteurs de la mobilité. Concernant la mobilité directement, les règles européennes sont moins incitatives que les règles chinoises : iIl n’existe pas pour le moment de mesures concrètes à l’échelle européenne qui pourraient pousser les consommateurs particuliers à privilégier l’achat ou l’usage d’une technologie hydrogène. On comprend que la filière n’est pas encore prête à alimenter la mobilité. Elle doit se préparer avant de passer à l’étape mobilité ! 

L’Allemagne a besoin de l’hydrogène

En Allemagne, l’enjeu est de taille puisque l’hydrogène pourrait permettre de stabiliser le réseau électrique. Le stockage du trop-plein d’énergie produit lors des pics de production du renouvelable, non prévisibles, pourrait être assuré par des technologies qui existent déjà : la production d’hydrogène vert stockable directement via électrolyse de l’eau ou par injection dans le réseau de gaz existant. Le plan de financement de 9 milliards d’euros annoncé en septembre 2020 dans le cadre de la relance économique post-crise Covid-19, priorisera les investissements suivants :  

  • Accroître la production de l’hydrogène vert (plutôt que des solutions historiques – fossiles) 
  • Stocker l’énergie éolienne et solaire produite en excédent et stabiliser le réseau 
  • Pousser les industriels à utiliser de l’hydrogène vert de plus en plus disponible et accessible.  
  • Se focaliser sur les usages complémentaires (mobilité, transport de marchandises…) 

L’ambition est de profiter du plan de relance et du terreau fertile de la transition énergétique pour organiser une filière et respecter les objectifs et engagements climatiques. On note que les constructeurs automobiles allemands lancent en ce moment leur offensive sur la mobilité alternative grâce à des véhicules à batterie grande autonomie, mais il n’existe pas de solutions hydrogènes envisageables à moyen terme pour le grand public. L’objectif des constructeurs est de rattraper Tesla et non de concurrencer les solutions hydrogènes chinoises à venir … 

La France accélère aussi

La France marche dans les pas de l’Allemagne en focalisant ses efforts sur le « verdissement » de la production de l’hydrogène, à destination des industriels et pas directement pour la mobilité. L’effort supplémentaire de 7 Milliards d’euro (d’ici à 2030) annoncé en septembre dernier vient en effet renforcer le plan hydrogène initié par Nicolas Hulot en 2018. Le développement d'électrolyseurs pour l’industrie est la priorité de ces plans et permettra d’atteindre la rentabilité dans la production de l’hydrogène vert. Les énergies renouvelables disponibles et le nucléaire permettront de produire l’hydrogène propre en grande quantité et rapidement. 20% du montant alloué au plan hydrogène sera dédié à cet accompagnement. La montée en puissance de la filière doit permettre de concurrencer les solutions chinoises : fabriquer de l’hydrogène vert sur place et à moindre coût.  Le second volet des aides concerne la mobilité lourde et accompagne donc le développement de la pile à combustible. Les appels à projets et l’aide à la R&D pour les industriels permettront de dépasser le stade des POC et poussent au changement d’échelle. Les acteurs français saluent le plan et l’ambition de l’Etat qui doit leur permettre d’accélérer dans les dix prochaines années. On cite, par exemple, Air Liquide, qui produit massivement de l’hydrogène en s‘appuyant sur les hydrocarbures (95% de la production actuelle) et qui développe parallèlement un ensemble de solutions d’exploitation de l’hydrogène au service des industries (raffinage, chauffage, transport…) : ils sont au cœur de l’échiquier hydrogène made in France, et leurs objectifs sont alignés avec ceux du gouvernement. Air Liquide est un pionnier de l’hydrogène et peut devenir le plus grand producteur d’hydrogène vert. Concernant la mobilité, l’engagement d’Air Liquide est de produire 100% de l’hydrogène destiné à la mobilité via des procédés propres (Biogaz, hydrolyse et énergies renouvelables, captage CO2 avec gaz naturel) à l’horizon 2030. 

L’ensemble des acteurs de la mobilité est invité à développer des solutions hydrogène de mobilité, « en complémentarité des filières batterie » : piles à combustibles, réseaux de bornes de recharge, flottes de véhicules et des solutions de transport en commun… Les équipementiers comme Plastic Omium, Symbio (Michelin + Faurecia) et les constructeurs historiques développent des solutions pour la mobilité parallèlement à la montée en puissance des véhicules électriques à batterie « classique ». Le travail de fond des équipementiers se concentre sur le développement de réservoirs piles à combustible au service des constructeurs de véhicules lourds mais aussi, et plus discrètement, pour le moment, des véhicules propriétaires légers.  

Enfin et pour relayer ces outils de mobilité, les énergéticiens (EDF, TOTAL, ENGIE…) se préparent à proposer des solutions de recharge sur l’ensemble du territoire.  

L’heure du choix pour les constructeurs Européens ?  

S’orienter vers l’hydrogène vert pour la mobilité implique de penser à l’ensemble de la chaîne de valeur. L’Europe motive largement l’avènement de cette filière verte et on peut imaginer un ensemble cohérent d’usages de l’hydrogène vert pour stabiliser une production intermittente d’énergie renouvelable, remplacer des énergies fossiles, accompagner les industriels et, en bout de chaîne, se déplacer. Airbus y croit et nos Etats aussi ! Il faut espérer que notre stratégie permettra aux constructeurs de mobilité européens de se positionner face aux constructeurs chinois déjà en chemin vers la production de masse... Les constructeurs européens peinent à choisir la technologie gagnante et, entre hydrogène et électricité, ils ne savent pas sur quel cheval parier… A écouter Tesla la compétition du stockage n’est en effet pas encore gagnée par l’hydrogène et la batterie peut encore nous surprendre. La marque vient d’annoncer être en mesure de proposer une nouvelle génération de batteries en 2022. Les caractéristiques sont impressionnantes : 2x moins coûteuses à la fabrication, capacité doublée et l'ensemble des critères performances sont améliorés… Il ne restera plus qu’à organiser la filière de recyclage pour cocher toutes les cases.  

Auteurs : 

Cyril Jouan, Consultant 
Anthony Dos Reis, Manager

Would you like more information?

Si vous souhaitez en savoir plus à ce sujet, nos experts sont à votre disposition.

Rechercher
Toggle location