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Avec 55% de satisfaction en France (le plus bas taux en Europe), les jeux semblent faits pour l’open space : mise à l’index définitive et irrévocable avec pour chef d’accusation la participation active à la baisse de la productivité et à l’aliénation des salariés. 

Espace de travail ouvert avec bureaux désignés pour 4 personnes ou plus, développé vers la fin des années 50 en Allemagne, il s’est vite généralisé à certains pays. En France, il ne représente aujourd’hui que 18% des espaces de travail1.

Malgré des bénéfices certains, l’échec de l’open space est révélateur d’un équilibre trop souvent oublié au Travail, celle entre « l’intime » et « le public », que les nouveaux espaces de travail sont en mesure d’intégrer.

1. Gloires et déboires de l’open space

Plusieurs facteurs expliquent le succès de l’open space : diminution des coûts immobiliers par réduction de la surface occupée et surtout, une meilleure circulation de l’information par le décloisonnement et l’abolition des distances, tant géographiques que hiérarchique, tout en favorisant le fonctionnement en mode projet, la redéfinition des relations entre collaborateurs et les échanges.

Les effets pervers sont aussi connus. La circulation de l’information et le décloisonnement ont favorisé le bruit, véritable bête noire pour les salariés, le stress et au final une baisse de la productivité. Plus spécifiquement, les salariés pointent avant tout la difficulté à s’isoler pour mieux se concentrer ou tout simplement se soustraire au regard d’autrui, en bref un manque « d’intimité ». C’est bien par excès d’ouverture, de transparence et de fait de « publicité » que l’open space a péché.

2. L’équilibre intime/public au centre du Travail

Il n’est pas spécifique au Travail, c’est avant tout une nécessité pour l’Homme, qui se réalise pour « Soi », donc dans sa dimension « intime », et dans ses relations avec « l’Autre », dans sa dimension « publique ». Pour son bien-être, l’Homme oscille en permanence entre ces deux plans et privilégier l’un par rapport à l’autre, c’est créer un déséquilibre néfaste.

Le Travail, en tant qu’activité humaine primordiale, n’échappe pas à cette relation et les espaces de travail doivent la traduire physiquement. L’impératif d’ouverture à l’autre ne doit pas faire oublier que le salarié a besoin parfois de se « retrancher » pour ensuite mieux « se montrer ». Ainsi si l’artisan prémoderne exposait ses produits au public sur le marché, formidable vecteur d’échange d’idées et de création de valeur, ce n’était possible que par les heures de travail passées à l’abri des regards dans son échoppe.

3. Les nouveaux espaces de travail : l’heure de la synthèse

La philosophie globale de l’open space n’a pour autant pas perdu de sa pertinence tant sur sa capacité à favoriser la communication et la transversalité qu’à réduire les coûts. Les nouveaux espaces de travail reprennent ces éléments structurants tout en prenant en compte l’impératif d’intimité. Cela passe plutôt par des plateaux accueillant une combinaison d’open space plus réduits, chacun avec sa propre identité, avec des aménagements cassant le regard et s’adaptant aux besoins des salariés. Par ailleurs, leur sont adjoints des espaces collaboratifs et d’échanges informels mais aussi de bulles privatives pouvant être réservées, permettant ainsi de neutraliser l’effet « cocktail sonore » des anciens open space. 

Ainsi, si le modèle des immenses open space à perte de vue semble bien révolu, n’annonçons pas trop rapidement sa mort définitive. Bien au contraire, une fois intégré l’équilibre intime/public, c’est un open space actualisé, renouvelé et bien plus humain qui s’impose aujourd’hui, au grand bénéfice des usagers et de l’entreprise.

Rédacteur en chef : Ludovic Legendre
Auteurs : Pierre Delorge

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1 EBG, Immobilier d’entreprise

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