Le caractère extraordinaire, multidimensionnel et brutal de la crise liée au Covid-19 incite les citoyens à modifier leur mode de vie, leur mentalité et plus généralement leur paradigme vers un modèle centré sur le bien-être collectif et le long terme. Ces changements génèrent de véritables attentes vis-à-vis des entreprises, celles-ci étant encouragées à procéder à une introspection : quelle est ma raison d’être ? Mes activités sont-elles en phase avec les nouveaux enjeux de la société ? Les entreprises sont ainsi poussées à repenser leurs liens avec leurs partenaires et à reconsidérer leur place dans leur écosystème pour répondre à ce nouveau paradigme.

David et Goliath, des forces inégales dans une bataille inévitable

Qu’on se le dise, même si l’économie française est en phase de rebond, le pays a pris un retard significatif dans la relance. Ce retard est aujourd’hui masqué par les grands plans d’aide mis en oeuvre par l’Etat (460 Md€ de moyens totaux mobilisés le 11 juin 20201, puis 100 Md€ mobilisés pour le Plan de relance le 3 septembre 20202) soutenant les entreprises les plus fragiles (-23,9% de défaillance d’entreprise en mai 2020 par rapport à mai 20193). Les effets de la crise seront véritablement visibles en 2021 avec un niveau de défaillance inédit en France estimé à 25% par rapport à 20194.

Si, jusqu’à présent, certains secteurs ont réussi à limiter les dégâts (énergie, technologie et télécommunications), d’autres subissent de plein fouet les bouleversements et transformations liés à cette crise (tourisme, aéronautique, transport, automobile etc.)5.

Au sein même de ces filières, les différents acteurs n’ont pas la même capacité à supporter cette crise et à aller de l’avant. Les grands acteurs, du fait de leur assise financière, ont logiquement plus de chance de surmonter la crise que ceux de taille plus modeste.

 

Projection de croissance en 2020 de la valeur ajoutée en volume des grands secteurs
Unité : % de variation annuelle de la VA en volume

Traitement et projections Xerfi / Source : INSEE
La valeur ajoutée est égale au solde du compte de production,
i.e. la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire

David avec Goliath

Ces « petits » acteurs sont pourtant indispensables à la relance économique des filières françaises. Ils interviennent à certains niveaux critiques de la chaîne de valeur des grandes entreprises, sont les garants d’une expertise accessible et géographiquement localisée et, en cela, forment un maillon économique indispensable à l’écosystème, quoique fragile . Ils sont également les garants de la souveraineté économique française comme le souligne le Plan de relance qui vient soutenir les PME des secteurs stratégiques (spatial, technologies vertes, santé…) sinistrés par la crise afin de préserver des compétences critiques pour la France et ses industries.

En ce sens, les difficultés financières des principaux fournisseurs des grandes industries françaises pourraient mettre un coup d’arrêt à la reprise des activités des grands acteurs des différentes filières. Le redressement judiciaire temporaire fin avril de l’entreprise Novarès6, équipementier automobile, l’illustre parfaitement : ses composants plastiques uniques, complexes et stratégiques font de cet acteur un maillon clé de la chaîne de valeur automobile française. Face à ce risque de défaillance, les créanciers et les actionnaires se sont mobilisés collectivement pour trouver un accord ayant permis de sauver l’entreprise.

Ce risque de défaillance des PME, indispensables à l’écosystème des grandes industries, est bien réel en France7, même s’il est encore peu visible à ce stade grâce aux mesures de protection de l’Etat français. Ces défaillances porteraient un coup rude aux acteurs majeurs du marché et plus généralement à l’ensemble de la filière.



1 Xerfi, Covid-19 : la contagion sectorielle de l’économie réelle, 22 juillet 2020
2 Rapport France Relance, 3 septembre 2020
3 Altares, Défaillances et sauvegardes d’entreprise en France T1 2020, 29 avril 2020
4 Euler Hermes, Défaillances d’entreprises, 20 juillet 2020
5 OFCE, Dynamique des défaillances d’entreprises en France et crise de la Covid-19, 19 juin 2020
6 L’Usine Nouvelle, « Novarès sauvé par ses actionnaires », 11 juin 2020
Altarès, Défaillances et sauvegardes d’entreprise en France T1 2020, 29 avril 2020

Goliath responsable de David

Les grandes entreprises sont les arbres qui cachent une forêt d’une myriade d’acteurs. Au-delà de leur chaîne amont et aval, les champions français jouent un rôle de locomotive pour l’ensemble de l’écosystème que forme le réseau de partenaires. La performance de cet écosystème est le fruit d’un investissement long et significatif pour ces grandes entreprises. En contrepartie, ces partenaires permettent aux champions nationaux d’être toujours plus compétitifs et innovants : les petits ruisseaux font les grandes rivières. 

Je demande à Airbus et aux gros donneurs d’ordre de prendre leurs responsabilités vis-à-vis de la filière et de leurs sous-traitants. […] Elle [La direction d’Airbus] est consciente qu’il peut y avoir des économies de court terme qui se payent très cher à moyen terme. Lorsque vous faites le choix de la trésorerie à court terme et que vous perdez vos compétences, vous perdez vos sous traitants. Et lorsque le cycle revient, vous perdez votre compétitivité. C’est ça qui est en jeu aujourd’hui.

Agnès Pannier-Runacher Ministre de l’Industrie Toulouse, siège de Airbus 23 juillet

Peu importe la taille des acteurs d’une même filière, leurs intérêts sont donc étroitement liés. Cependant, ce sont bien les grandes entreprises qui portent la responsabilité de la survie de leur écosystème. La crise sanitaire actuelle souligne ainsi la nécessité d’une collaboration entre les acteurs au sein d’une filière. Cette collaboration permet plus de résilience tout au long de la chaîne de valeur/de distribution, et des gains économiques, financiers, écologiques et éthiques accrus1.

En résumé, les grandes entreprises qui envisagent l’ajustement de leurs politiques partenariales dans un contexte économique & financier contraint, ont besoin de le faire à l’aune des enjeux qui ne sont pas tous financiers :
maîtriser les risques tout au long de la chaîne d’approvisionnement/de distribution ;
maintenir leur compétitivité dans la durée ;
encourager l’innovation ;
optimiser la gestion de leur trésorerie ;
• affirmer leur rôle vis-à-vis de l’Etat et des autres acteurs de la filière.

Choisir David, la décision stratégique de Goliath

Toutefois, les champions nationaux doivent faire face à des problématiques et à un ralentissement économique inédits. Ceux-ci, même s’ils bénéficient en priorité des grands plans d’aide de l’Etat (ex : création du fonds de soutien d’un milliard d’euro pour Airbus, Safran, Thalès, Dassault dans le secteur de l’aéronautique2, soutien de plus de 8 Mds € prévu par l’Etat français pour Renault3 etc.), ont des ressources désormais limitées. La trésorerie des champions nationaux ne pourra pas soutenir l'ensemble de leurs partenaires sur le long terme. En outre, ils ne peuvent pas considérer tous les partenaires sur un pied d’égalité (fournisseurs, clients, experts etc.).


Les grandes entreprises sont donc confrontées à des choix stratégiques en termes de politique à appliquer vis-à-vis de leurs partenaires :
• identifier les risques qui pèsent sur la chaîne de valeur, en amont ou en aval, de l’entreprise ainsi que sur son écosystème ;
• évaluer les ressources disponibles et prioriser les choix d’investissement ;
• cadrer et mettre en place la solution partenariale adéquate (typologie de partenariat : alliance commerciale, participation et
acquisition etc…) ;
• garder le contrôle pendant la mise en oeuvre et dans le pilotage.


À l’heure où nul ne sait quand la crise va se terminer, il parait indispensable aux grandes entreprises de se renforcer en soutenant les acteurs essentiels de leur chaîne de valeur. La tentation de réduire les partenariats ou les acquisitions à un prisme uniquement financier ne doit pas nous faire oublier que les partenariats sont avant tout, et surtout, de véritables aventures industrielles.


1 The Conversation, « Coopérer dans la crise, une condition de survie pour les filières automobile et aéronautique », 1er juillet 2020
2 Plan de soutien à la filière aéronautique, 9 juin 2020
3 Plan de soutien à la filière automobile, 26 juin 2020

Contacts : Sébastien Prouvost (Manager), Jean Guillemin (Consultant)

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