Le progrès technologique s’accompagne très souvent d’un rejet initial, et dans certains cas de craintes dans la population, crainte de l’inconnu ou crainte du déclassement. Cela a été le cas par le passé pour de nombreux objets et technologies qui aujourd’hui font partie de notre quotidien.

L’ordinateur personnel a, par exemple, été accusé pendant presque vingt ans d’être responsable d’une maladie touchant les femmes, la « computerphobia ». On considérait que les femmes devaient se tenir à distance des ordinateurs, sous peine de subir une forte anxiété. Les femmes ont également été conseillées de s’abstenir de prendre le train, les docteurs du 19ème siècle pensant que leur appareil reproductif ne pouvait se déplacer à plus de 80 km/h sans être endommagé. Les hommes n’étaient pas en reste, le train pouvant provoquer une cécité liée à la vitesse de défilement, tout le monde devait donc éviter le train. La douche a aussi connu des débuts difficiles et a dû attendre deux cents ans pour que le corps médical cesse d’être méfiant à l’égard de l’eau considérée comme un vecteur de propagation des maladies.

Ces craintes qui ont toujours existé sont aujourd’hui renforcées par les réseaux sociaux qui facilitent leur diffusion auprès d’un large public et par les groupes altermondialistes mus par la volonté d’atteindre rapidement la décroissance économique en luttant contre la mondialisation et la consommation de masse.

Comme l’actualité l’a montré à plusieurs reprises, c’est aujourd’hui aux antennes 5G de cristalliser certaines de ces craintes. Des voix s’élèvent contre la 5G et les ondes électromagnétiques qu’elle produit, responsables pour ses détracteurs de risques importants pour la santé. La 5G a même été récemment accusée d’être à l’origine du COVID-19 notamment au Royaume-Uni ou en Belgique où des antennes ont été vandalisées. Pourtant le niveau des ondes produites est bien inférieur aux limites autorisées et aucun risque pour la santé n'a été jusqu’à présent démontré. Notons en complément que les fréquences qui seront utilisées par la 5G dans les premières années (3,5 GHz) sont très proches de celles utilisées actuellement pour la 4G (entre 800 MHz et 2,6 GHz). Le déploiement de la 5G n’implique donc pas, à court terme, de besoin de densification des antennes et ni d’augmentation du risque sanitaire par rapport aux technologies actuelles. La question se posera éventuellement plus tard, lors du basculement aux ondes millimétriques de 24 GHz à 86 GHz. Ce basculement n’est pour l’instant pas prévu avant 5 ans et des études sur ces ondes millimétrique sont actuellement en cours concernant leur impact potentiel.

La 5G se retrouve également au cœur d’un débat lié à l’écologie, du fait de la nécessité de déployer de nouvelles antennes pour assurer la couverture en 5G.

Si on prend un peu de recul, la 5G a pourtant de vrais atouts en termes de développement durable. En effet elle est bien moins énergivore que la 4G : une antenne 5G consomme, à date, trois fois moins d’énergie qu’une antenne 4G et ce n’est que le début. Les antennes 5G étant encore à leurs balbutiements, plusieurs études indiquent que d’ici 2025 nous devrions être capables de construire des antennes 5G consommant 10 fois moins que la 4G et 20 fois moins d’ici 2030. Plusieurs raisons à ces gains significatifs en consommation énergétique : l’utilisation de la technologie « Massive Multiple-Input Multiple-Output » qui permet de cibler directement les appareils sans avoir à balayer toute une zone. Ces antennes ont la capacité de s’adapter au nombre d’utilisateurs de la zone et à leur emplacement et permettent d’accueillir un plus grand nombre d’utilisateurs tout en augmentant les débits, d’améliorer sensiblement la qualité du signal en réduisant les émissions superflues. Par ailleurs elles disposent d’un mode de veille plus avancé pour les antennes 5G qui économiserait 70% d’énergie contre 20% pour les antennes 4G. A Hangzhou en Chine, Huawei avec sa 5G Power Solution annonce pouvoir économiser 4 130kWh par an et réduire ses émissions annuelles de C02 sur son site de 1 125kg. Il s’agit d’une solution comportant un module d’alimentation intelligent relié à une batterie et des panneau solaires, qui permet de coordonner l’alimentation énergétique et de refroidissement de son réseau 5G.

En complément des gains énergétiques directs liés à l’optimisation de la consommation des antennes, la 5G devrait permettre à de nombreux autres acteurs de l’économie de faire également des économies d’énergie :

  • En contribuant au développement de l’internet des objets qui permet une gestion énergétique optimisée dans les bâtiments intelligents, une meilleure gestion de l’éclairage public, l’utilisation thermostats connectés dans les maisons individuelles pour optimiser sa consommation électrique. En effet, grâce à ces nouveaux usages connectés et analysés avec de l’intelligence artificielle, les maisons seront chauffées suivant la présence de leurs habitants, les stores s’adapteront à la météo en gardant ou non la chaleur, les lampadaires urbains ne s’allumeront que lorsqu’un usager sera à proximité… Selon une étude de British Telecom, le secteur des technologies de l’information et de la communication, en particulier grâce au potentiel de la 5G, pourrait réduire les émissions de CO2 dans le monde de 1,5 gigatonnes d’ici 2030. Cette économie serait principalement, à environ 74%, liée à l’utilisation de l’IoT : smart building, smart agriculture (0,02 Gt de CO2 d'économie d’ici 2030 uniquement en France), factory 4.0, smart city permettant des économies majeures d’énergies.
  • En facilitant le développement de l’edge computing qui permet la réalisation de nombreux calculs au plus près de là où la donnée est collectée évitant ainsi d’avoir à envoyer les informations à des centaines de kilomètres pour être traitées et limitant le recours à des data centers très couteux en énergie.

La question de fond est finalement une question de posture de société vis-à-vis du développement des nouveaux usages digitaux plus qu’une question de technologie. Comme tout nouveau changement, la 5G a besoin de conquérir ses futurs utilisateurs qui pour certains ne voient pas l’intérêt de ce nouveau réseau, même si en Corée du Sud la 5G a déjà conquis 4 millions d’utilisateurs. La 4G à ses débuts avait eu les mêmes difficultés, en 2013 presque 75% des Français n’étaient pas intéressés par une offre 4G et aujourd’hui avec 98% du territoire couvert en 4G et l’avènement du smartphone la grande majorité de ces 75% peu enthousiasmée initialement a adopté la 4G.

Contact : Delphine Laurens

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