Annoncée comme révolutionnaire lors de sa découverte, la technologie blockchain continue de se développer et les entreprises tentent tant bien que mal d’innover et d’implémenter ces solutions dans leurs écosystèmes afin d’utiliser ses bénéfices : notarisation, excellence opérationnelle, digitalisation des actifs et autres usages disruptifs.

La blockchain : une technologie pas encore maîtrisée

En 2018, l’étude « Gartner CIO Survey » révélait que seulement 1% des Directeurs des Systèmes d’Information (DSI) faisaient état d’une quelconque adoption de la blockchain au sein de leur organisation, et que seulement 8% étaient en planification à court terme ou en expérimentation active de la blockchain. De plus, 77% des DSI interrogées ont déclaré que leur organisation ne s'intéressait pas à la technologie ou qu'aucune action n'était prévue pour l’expérimenter ou la développer.

Depuis, l’adoption de la blockchain a largement progressé. L’édition 2019 de cette même étude révèle que 11% des entreprises ont déployé - ou déploieront au cours de l’année suivante - des solutions inspirées de la blockchain. Même si elles ne sont toujours pas sûres de l'impact que la blockchain aura sur leur entreprise, 60% des DSI interrogés ont déclaré qu'elles s'attendaient à un certain niveau d'adoption des technologies de la blockchain au cours des trois prochaines années.

L’adoption de la blockchain est donc en évolution. Cependant, malgré de nombreux cas d’usage et d’application identifiés et mis en œuvre, les entreprises rencontrent aujourd’hui des difficultés au déploiement de cette technologie. Cela commence donc à entraîner quelques désillusions.

En effet, la blockchain est une nouvelle technologie pas toujours maîtrisée par les entreprises. Elle est complexe à implémenter et évolue constamment, créant ainsi une instabilité technologique difficile à gérer pour les entreprises. En effet, ces dernières n’ont pas toujours les ressources et la flexibilité pour suivre les évolutions.

De plus, les besoins évoluent continuellement et les entreprises nécessitent de plus en plus de solutions complexes et élaborées répondant à leurs besoins. Ces solutions requièrent le plus souvent des compétences techniques poussées que les DSI n’ont, pour la plupart, pas.

En réalité, l’étude « Hype Cycle 2019 » de Gartner révèle que l’adoption complète de la technologie blockchain, c’est-à-dire l’appréhension et la maîtrise totale de la technologie, se fera dans plus de 10 ans, cela en raison des complexités techniques, des frais opérationnels et de la maintenance des infrastructures informatiques.

Cycle d’adoption de la technologie blockchain selon Gartner

C’est dans ce contexte que des fournisseurs proposent des services de mise en place de solutions blockchain personnalisées, appelées « Blockchain as a Service », afin de répondre aux problématiques d’implémentations complexes et de coûts importants de maintenance.

La Blockchain as a Service : vers une démocratisation plus facile de la blockchain

L'externalisation de l'infrastructure et des ressources informatiques étant souvent l'orientation privilégiée par les entreprises, plusieurs offres de Blockchain as a Service (BaaS) sont aujourd'hui proposées par les géants du cloud (Google, Amazon, IBM, Microsoft, etc.) et permettent de rendre l'adoption de la blockchain plus simple, moins coûteuse et moins risquée.

Les BaaS sont en effet des services cloud, tout comme les SaaS (Software as a Service) et les PaaS (Platform as a Service), qui permettent aux entreprises de déployer facilement des applications blockchain basées sur une plateforme développée et maintenue par le fournisseur. Celle-ci peut être configurée selon différentes technologies (Ethereum, Hyperledger, Corda, etc.) et comprend notamment :

  • Tous les composants d’infrastructure (réseaux, stockage, serveurs, virtualisation, etc.) ;
  • un réseau pair-à-pair constitué d'un ensemble de nœuds interconnectés permettant la gestion d'une copie de la blockchain et l'exécution des transactions et des smart contracts[1] ;
  • un mécanisme de consensus permettant de mettre à jour de façon sécurisée la blockchain par les nœuds ;
  • un service de gestion des droits d'accès et d'adhésion au réseau pour les blockchains privées ;
  • des fonctionnalités de sécurité pour contrer les cyberattaques.
  • Afin de permettre l'interaction avec la plateforme, le fournisseur de BaaS met également à disposition de l'entreprise :
  • une console pour administrer la plateforme ;
  • des outils pour programmer et déployer des smart contracts implémentant la logique business de l'application ;
  • des interfaces de programmation d'applications (API) et des kits de développement logiciel (SDK) pour déclencher des transactions dans la blockchain à partir des applications appelantes.

Il est donc de la responsabilité du fournisseur de développer, de maintenir et de rendre accessible l'ensemble des composants de la blockchain. Quant à la création des smarts contracts[1] et leur intégration dans les applications qui les appellent, ils restent du ressort de l'entreprise.

Schéma simplifié du fonctionnement des BaaS

La Blockchain as a Service : un « Pricing Model » attractif

Le coût des solutions BaaS varie selon le fournisseur et les besoins du client mais restent largement inférieur au coût de mise en place d’une blockchain « on premise[2] ».

Les BaaS permettent en effet de gagner du temps et de l’argent sur la partie technique et de se focaliser sur le développement de la couche applicative en s’appuyant sur une infrastructure prête à l’emploi et en payant uniquement les ressources consommées « Pay as you go[3] » selon le modèle de tarification défini par le fournisseur. Celui-ci peut dépendre de plusieurs facteurs tels que le nombre et le type des nœuds déployés dans le réseau, le volume et la taille des transactions exécutées, la quantité de donnée stockées, etc.

Par exemple, pour le service BaaS proposé sur Microsoft Azure, les tarifs sont les suivants :

  • 0.269€/heure pour un nœud non-valideur
  • 0.269€/heure pour un nœud valideur
  • 0.043€/GB/mois pour le stockage
  • 0.0001€/transaction exécutée dans le réseau

La Blockchain as a Service : un atout majeur au détriment de la recentralisation

Alors que cette solution s’appuie sur les principales caractéristiques de la blockchain, elle permet également aux entreprises de se décharger de toute complexité technique de mise en œuvre et déploiement dorénavant sous la responsabilité des fournisseurs. Celles-ci peuvent donc réaliser plus facilement des expérimentations sur des cas d’usage identifiés au préalable.

Cependant, cette solution présente un inconvénient de taille : chacun des nœuds achetés par les entreprises, quelle que soit la blockchain, se trouve sur un cloud unique, celui du fournisseur. Cela remet en cause un principe fondamental de la blockchain : la décentralisation. En effet, la centralisation de plusieurs blockchains sur les serveurs d’une seule et unique entreprise est contradictoire avec l’esprit de désintermédiation, car toutes les transactions sont validées via le consensus mis en place et opéré par le fournisseur.

Blockchain as a Service hybride : le compromis entre blockchain et BaaS

Un bon compromis entre décentralisation et externalisation serait de pouvoir héberger ses nœuds sur plusieurs instances, par exemple un nœud sur le cloud du fournisseur et un nœud « on premise » sur les serveurs des entreprises.

Oracle propose une solution de ce type : il est possible de créer des instances séparées, réparties dans plusieurs datacenters[4] d’Oracle Cloud et de les connecter à des nœuds déployés « on premise » chez l’entreprise pour créer un unique réseau blockchain. Oracle permet également de connecter les nœuds hébergés sur son cloud à d’autres nœuds hébergés chez d’autres fournisseurs. Ainsi, ces nœuds ne seraient pas centralisés chez un unique acteur et on retrouverait la notion de décentralisation.

 

L’adoption de la blockchain est de plus en plus facilitée par l’utilisation des solutions blockchain. Ces dernières permettent aux entreprises de bénéficier des principaux avantages de la blockchain tout en s’affranchissant de la complexité technique. Cependant, l’usage d’une Blockchain as a Service induit une recentralisation des nœuds chez un unique prestataire. Pour pallier ce problème, de nouvelles solutions hybrides apparaissent sur le marché permettant d’héberger les nœuds d’un même réseau blockchain chez plusieurs prestataires. L’utilisation de solutions hybride permet donc la conciliation entre décentralisation et externalisation, et, si chacun des fournisseurs de BaaS propose ce type de solution, alors la Blockchain as a Service accélèrera de manière significative la démocratisation de la blockchain dans les entreprises.


[1] Contrats intelligents
[2] Sur place
[3] Payez au fur et à mesure
[4] Centre de données


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