• 20/06/2025

VivaTech 2025 a été une édition dense, à la fois stratégique et révélatrice. Si l’intelligence artificielle a dominé le salon — avec près d’un quart des conférences consacrées au sujet — plusieurs tendances de fond ont émergé ou se sont consolidées : essor des agents IA, affirmation d’un écosystème technologique français, hybridation du vivant et du numérique, et industrialisation rapide de la vision par ordinateur.

Mais au-delà des démonstrations spectaculaires, c’est sur le terrain que les signaux les plus utiles apparaissent. Voici notre analyse, nourrie par les échanges avec nos clients, partenaires et startups.

1. Un agent pour chaque tâche… mais encore peu de gouvernance et d’orchestration

Les agents conversationnels ou opérationnels deviennent la nouvelle unité de travail numérique. Partout, les entreprises expérimentent : copilotes pour automatiser les tâches répétitives, assistants pour fluidifier l’accès à la connaissance, ou interfaces spécialisées pour exécuter des processus.

Des acteurs comme Sanofi (avec Concierge, son agent interne à fort taux d’adoption), LVMH (qui s’appuie sur un LLM propriétaire) ou TotalEnergies (pour la rédaction automatisée de contenus de blog) témoignent d’un virage assumé vers l’industrialisation. Chez BNP Paribas, les agents sont intégrés dans une stratégie plus large, avec des usages liés à la génération d’images, l’analyse de documents et la recherche en langage naturel.

Mais cette montée en puissance reste marquée par une fragmentation : les agents opèrent souvent de manière isolée, avec des formats propriétaires et des interconnexions encore limitées ou expérimentales. La gestion de la qualité et la gouvernance reste embryonnaire, même si des solutions existent (par exemple, Giskard). La maturité technique augmente, mais l’intégration reste un défi voire une frustration pour certains acteurs qui peinent à passer du POC à l’industrialisation. L’émergence de standards technologiques comme MCP devraient permettre de passer à la vitesse supérieure avant Vivatech 2026.

2. La tech française s’organise et les grands groupes s’engagent

La dynamique française autour de l’IA franchit un cap. L’écosystème se densifie, porté par des initiatives industrielles fortes. Mistral AI a annoncé la création de Mistral Compute en partenariat avec Nvidia. L’offre prévue en 2026 permettra d’accéder à 18.000 GPU Nvidia de dernière génération. Scaleway confirme également son positionnement comme acteur d’infrastructure souveraine et a profité de vivatech pour annoncer des partenariats avec le CNRS et France.TV mais aussi l’ouverture de nouvelles géographies (Suède et Italie).

Les grands groupes ne se contentent plus d’acheter : ils co-investissent. Après CMA CGM et Veolia, TotalEnergies ou SNCF annoncent leur soutien actif à l’IA européenne et en particulier à Mistral. Cette dynamique dépasse le seul registre réglementaire : elle devient un enjeu d’indépendance stratégique, voire de résilience. Pour la première fois, l’ambition d’un écosystème technologique européen, et spécifiquement français, semble crédible. Les briques nécessaires – modèles fondamentaux, infrastructure, financements – se mettent en place. Mais l’autonomie reste relative tant que l’Europe ne maîtrise pas l’ensemble de la chaîne technologique, des modèles aux composants matériels. Sur ce pan, peu d’avancées constatées…

3. La robotique progresse par niches

La robotique continue de fasciner, mais reste encore largement dans le domaine de la recherche ou de la démonstration technologique. Les humanoïdes de Enchanted Tools (Mirokaï) ou les quadrupèdes de Unitree impressionnent, mais leurs démonstrations restent cantonnées à des environnements maîtrisés. La complexité d’intégration, la robustesse à long terme et la rentabilité constituent encore des freins majeurs à leur adoption industrielle à grande échelle.

Mais certains cas d’usage très ciblés trouvent leur viabilité. Le robot de restauration Jobotto, présenté sur le stand BearingPoint, effectue des tâches répétitives en cuisine. Dans un secteur sous tension, il représente une réponse concrète et utile. D’autres acteurs comme PAL Robotics en Espagne travaillent à des robots d’assistance logistique ou de guidage en milieu hospitalier. C’est dans ces niches bien définies, avec un environnement semi-structuré et un ROI clair, que la robotique entre réellement en phase opérationnelle.

4. Digital et vivant, vers une hybridation lente mais réelle

Une tendance de fond se confirme : celle d’une hybridation entre technologies numériques et systèmes biologiques. Qu’il s’agisse de lire le cerveau, de stocker l’information dans l’ADN ou de créer de nouveaux traitements, les frontières entre vivant et digital deviennent plus poreuses.

Pearcode propose un système de stockage basé sur l’ADN, ultra-dense, durable, et économe en énergie. HABS.ai capte les signaux cérébraux pour mesurer l’appétence émotionnelle à un produit – démonstration à l’appui en analysant les réactions de consommateurs dégustant un macaron. Yneuro va plus loin encore, en développant une méthode d’authentification fondée sur une signature neuronale unique (Neuro ID®).

Selon les chercheurs de l’INRIA et DFKI, les premiers produits simples contrôlés par la pensée pourraient émerger dans 2 à 3 ans (allumer la lumière, éteindre son réveil, faire couler un café ?), tandis que des applications complexes comme la mobilité assistée ou le pilotage de robots ou de drone prendront sans doute au moins dizaine d’années. Mais ces promesses posent des questions profondes : collecte et exploitation de données biologiques, consentement, biais cognitifs et contrôle social. L’innovation doit ici s’accompagner d’une vigilance éthique renforcée.

5. Vidéo et vision : de la surveillance à la valeur métier

Le traitement vidéo entre dans une nouvelle phase : il ne s’agit plus seulement de surveiller, mais de comprendre, alerter et déclencher des actions. L’analyse d’images en temps réel devient un levier d’efficacité opérationnelle dans de nombreux secteurs.

La startup française XXII propose une plateforme de vision par ordinateur simplifiée par prompt, déjà utilisée dans la sécurité et le retail. DeepHawk, quant à elle, incarne l’industrialisation de l’IA embarquée : sa solution de contrôle qualité détecte des défauts jusqu’au pixel, en 15 ms, directement sur les lignes de production.

Du côté des contenus génératifs, AWS a montré la puissance de la GenAI pour produire automatiquement des podcasts vidéo ultra-condensés à partir des données des JO 2024. La vidéo devient à la fois un capteur, un support d’analyse, un outil de pilotage, et un média automatisé. Les usages sont vastes, de la maintenance prédictive à la formation immersive et désormais bien installés.

En conclusion : pas de révolution, mais un enracinement de fond

VivaTech 2025 ne fut pas une édition de rupture. C’est une édition de consolidation autour de tendances déjà bien installées, mais qui s’accélèrent et s’ancrent dans les stratégies des entreprises. Le contexte économique difficile ne semble pas perturber l’écosystème des startups, particulièrement présentes cette année. Cependant toutes semblent avoir pivoter vers la verticalisation de cas d’usage IA.

Enfin, la thématique environnementale a été relativement absente, dans un contexte compliqué par le décalage des obligations de CSRD, l’administration Trump aux Etats-Unis et la crise économique qui pousse les entreprises à prioriser leurs investissements. L’heure est plutôt à la consolidation autour des acteurs majeurs (à l’image de SWEEP, présent sur le stand de BearingPoint).

La transformation est déjà là, mais elle avance plus lentement qu’on ne l’imaginait. Le fossé se creuse entre la rapidité des avancées technologiques — notamment les progrès spectaculaires des LLM en un an, dans le traitement de l’image, de la vidéo et dans la robustesse des modèles textuels — et la capacité des entreprises à les intégrer dans leurs systèmes, à les approprier et à en extraire une valeur concrète. L’enjeu, désormais, n’est plus de démontrer, mais de déployer : de faire passer l’IA d’un sujet d’innovation à un levier opérationnel, responsable et durable, là où elle répond à un vrai besoin métier.

Comment BearingPoint peut vous accompagner :

Chez BearingPoint, nous aidons les organisations à tirer pleinement parti des opportunités offertes par la donnée et l’intelligence artificielle, tout en assurant la maîtrise des risques, l’alignement stratégique et l’appropriation par les métiers. Notre approche repose sur une combinaison d’expertises métiers, technologiques et organisationnelles.

Nous intervenons à chaque étape du parcours :

  • Définition d’une stratégie IA responsable et opérationnelle, alignée sur les priorités métiers, éthiques et réglementaires.
  • Identification et priorisation des cas d’usage à fort impact, grâce à nos outils comme GenXplore, pour cartographier les opportunités à l’échelle de l’entreprise.
  • Mise en place de fondations solides : gouvernance des données, architecture data/IA, plateformes cloud, conformité réglementaire.
  • Déploiement de solutions concrètes : agents IA, copilotes métiers, systèmes de décision augmentée, automatisation intelligente des processus.
  • Acculturation, formation et conduite du changement, pour embarquer les collaborateurs et renforcer leur autonomie face à l’IA.

Nous mobilisons également notre structure BeCapital, qui accompagne les corporates et les fonds dans leurs investissements technologiques, notamment via la réalisation de due diligences techniques, l’évaluation de business models d’IA, ou l’analyse de la scalabilité technologique des startups. BeCapital soutient également certaines startups dans leur levée de fonds, en lien avec les priorités stratégiques de nos clients.

Notre positionnement hybride — à la fois cabinet de conseil, partenaire technologique et acteur de l’écosystème — nous permet de constituer et mettre en œuvre des trajectoires réalistes, efficaces et responsables pour tirer parti des transformations observées à VivaTech et au-delà.

Auteurs : 
- Jérôme Martin, Partner - BearingPoint
Geoffroy Petit, Senior Manager - BearingPoint 

Would you like more information?

Si vous souhaitez en savoir plus à ce sujet, nos experts sont à votre disposition.