L’EPR de Flamanville vient de franchir une étape historique durant ce mois de mai 2024, faisant de lui le 57ème réacteur du parc nucléaire français en exploitation. En effet, le mardi 07 mai 2024 à 17h, dans sa décision publique n° 2024-DC-0780, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) annonce officiellement l’autorisation de mise en service du réacteur nucléaire EPR de Flamanville :  

Article 1er : « Électricité de France (EDF), ci-après nommée « l’exploitant », est autorisée à procéder à la mise en service de l’installation nucléaire de base (INB) n° 167, dénommée « Flamanville 3 », dans les conditions décrites dans sa demande du 4 juin 2021 […] ». 
Par voie de conséquence, le chargement de combustible est autorisé, ainsi que les essais de démarrage.  

Retour sur l’historique de décision de construction de l’EPR de Flamanville 

 Le 6 mai 2006, le conseil d’administration d’EDF prend formellement la décision d’engagement de la construction d’un EPR sur le site de Flamanville. Le coût du projet est initialement estimé entre 3,2 et 3,3 Md€ et la durée de construction à 4 ans et demi. Le coût de production futur, prévu initialement à 46 €/MWh, est entre-temps devenu compétitif compte tenu de la hausse des prix des hydrocarbures. 

Le décret d’autorisation de construction est signé en avril 2007, le 1er béton coulé en décembre 2007 et la mise en service annoncée pour juin 2012. 

Une série d’évènements perturbateurs  

Néanmoins, le chantier de l’EPR a connu une série d’évènements imprévus qui ont retardé sa mise en service. A titre d’exemples :  

  • Février 2012 : les soudures des consoles du pont polaire, pourtant déclarées conformes au contrôle, sont affectées de nombreux défauts : retard de plus de 12 mois environ 
  • Début 2017 : annonce de la non-atteinte des exigences de haute qualité attendue sur des soudures réalisées entre 2013 et 2016 sur des tuyaux du circuit secondaire  
  • Décembre 2022 : annonce d’un nouveau délai. Le nouveau délai est dû à la révision nécessaire de procédures de traitement de quelque 150 soudures « complexes », au sein du circuit secondaire du réacteur : retard de 6 mois environ 

Malgré ces circonstances, l’exploitant EDF a tenu le cap dans la construction en coordonnant tout un écosystème de fournisseurs et prestataires et en donnant satisfaction à toutes les inspections de l’Autorité de Sûreté Nucléaire. 

Le chargement combustible  

Durant la première quinzaine de mai, l’ASN a autorisé le chargement des 241 assemblages de combustible à l’intérieur de la cuve, constituée d’acier inoxydable afin de résister aux intenses rayonnements radioactifs et à la circulation d’une eau pressurée à environ 150 bars et 300°C. L’EPR de Flamanville présente la particularité d’être alimenté à 100% par du combustible de type MOX. 

Le combustible MOX (pour Mélange d’OXyde de plutonium et d’OXyde d’uranium) est utilisé dans les réacteurs nucléaires pour recycler une partie des matières nucléaires issues du traitement des combustibles à Uranium Naturel Enrichi (5% en France).  

Prochaines étapes  

Une fois le chargement combustible réalisé, l’EPR doit réaliser des jalons successifs et subir une panoplie d’examens de contrôle. Les principales prochaines étapes sont les suivantes :  

  • Divergence du cœur (première réaction de fission nucléaire) 
  • Essais de démarrage 
  • Couplage au réseau électrique nationale et production des premiers MWh  
  • Atteinte du maximum de la puissance nominale  
  • Première visite de contrôle fin 2025, 1 an environ après la mise en service  

Durant toute l’année 2024, l’EPR aura fait l’objet de plusieurs milliers d’inspections minutieuses et de tests de contrôle permettant à l’ASN d’instruire, de qualifier et de valider son respect des normes en vigueur, qui figurent parmi les plus exigeantes des pays exploitants de centrales nucléaires.  

FA3 : une formidable leçon pour les EPR2  

En dépit des dépassements de coûts et de planning, l’EPR de Flamanville est un défi industriel relevé. 

Ce chantier, considéré comme un des plus grands du début du XXIème siècle en France, a permis de mettre en avant un certain nombre de points dimensionnants pour le futur programme EPR2 :  

  • L’importance des études amonts et de l’ingénierie (5 millions d’heures prévues en 2007 contre 20 millions à terminaison), 
  • Le poids des travaux de génie civil et de métallurgie, 
  • Le caractère essentiel de la reconstitution et du maintien des compétences critiques en interne. 

Le REX de l’EPR de Flamanville s’ajoute à ceux de Taishan, en Chine, et de Olkiluoto en Finlande, et permet de préparer plus efficacement les prochains engagements, à l’heure où EDF et la filière nucléaire française se mettent en ordre de bataille pour construire les 6 prochains réacteurs EPR2 à Penly, Gravelines et Bugey.  

Auteurs :
- Aniss Lyamani
- Julien Bos

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