« Le ferroviaire peut-il et doit-il jouer un rôle essentiel dans la décarbonation de la mobilité et dans l’atteinte de l’objectif central pris par la France du « Zéro émission nette » (ZEN) en 2050 ? Ma réponse est deux fois oui ». Par ces mots, Jean-Pierre Farandou rappelle avant l’élection présidentielle que face aux risques climatiques et environnementaux, le train fait clairement partie des solutions.

Cette vision semble d’ailleurs partagée par une part significative de l’opinion publique : selon un sondage Elabe de 2019, 38% des Français sont prêts à ne plus prendre l’avion pour les vacances ou le loisir (ou le font déjà), pour contribuer à limiter le réchauffement climatique.

Lorsqu’un voyageur choisit son mode de transport pour faire un trajet international en Europe, divers facteurs entrent en jeu dans sa réflexion : prix, durée, sûreté, impact environnemental etc. Toutefois, certains voyageurs qui choisiraient le train sur la base de ces critères optent finalement pour d’autres modes de transport, si une correspondance est nécessaire. Pourquoi ? Parce qu’effectuer des trajets en Europe avec des correspondances entre différentes entreprises ferroviaires (EF) reste complexe et risqué.

Les principaux freins aux voyages avec correspondances inter-EF

Le manque d’information

La complexité apparaît dès la réservation. Il existe bien entendu des sites (ex : Trainline, Rail Europe, etc.) qui permettent de faire une réservation unique pour un trajet faisant intervenir plusieurs EF. Toutefois, ils souffrent toujours d’un manque de notoriété parmi les clients, qui ont tendance à privilégier les sites des compagnies nationales.

De plus, le voyageur n’a pas la garantie que les trajets proposés sur ces sites soient optimaux en termes de temps et de prix. Les sites couvrent différents opérateurs et les trajets proposés peuvent donc varier : pas idéal pour la confiance du voyageur. Cela concerne particulièrement les trajets complexes ou inhabituels, pour lesquels les écarts entre itinéraire proposé et itinéraire optimal peuvent être importants.

Le voyageur peut aussi être rebuté par le risque de rater des informations ultérieurement en raison d’un manque de communication entre le transporteur et son site de réservation, par exemple en cas de perturbations affectant son trajet.

Le monde du ferroviaire n’est donc pas encore celui de l’aérien, où les comparateurs d’offres de voyage sont solidement implantés dans les habitudes des consommateurs (ex : Kayak, Google Flights, Skyscanner etc.).

Le risque financier supporté par le voyageur

Dans la majorité des cas, si une correspondance est ratée, le passager ne dispose à l’heure actuelle d’aucun droit de remboursement ni de réallocation de trajet. La réglementation européenne ne protège les voyageurs qui ratent des correspondances que pour les réservations faites auprès d’une EF unique. Voyager avec plusieurs transporteurs revient donc à assumer un risque financier important en cas de retard. Notons toutefois que l’alliance Railteam propose un système de HOTNAT (Hop On The Next Available Train) sur certains trajets, qui permet de prendre le train suivant si une correspondance est manquée.

 

Quels leviers pour faciliter les voyages inter-EF ?

Favoriser le partage et le traitement des données sur les trajets et les offres

Le voyageur a besoin d’informations fiables et transparentes sur les trajets possibles, les services proposés par les EF et les prix associés : cela ne peut passer que par un meilleur partage des données détenues par les gestionnaires d’infrastructures (GI) et les EF. Un modèle de « free open data » permettant de collecter et réutiliser gratuitement ces données pourrait permettre d’optimiser les offres proposées aux voyageurs par les agrégateurs.

L’exhaustivité des données sera clé pour atteindre cet objectif. Or, mettre ses données à disposition de tous peut être complexe d’un point de vue technique ou organisationnel pour certains GI ou EF . Ils devront donc être accompagnés pour faire évoluer leurs SI, adapter leurs processus ou encore définir leur gouvernance des données.

Protéger le voyageur en cas de retard

Le renforcement des droits des voyageurs en cas de correspondance manquée pourrait aussi contribuer à développer les trajets inter-EF. Cela peut se faire :

  • Soit par une évolution de la réglementation, qui créerait de nouveaux droits de remboursement ou d’échange de billet en cas de correspondance manquée ;
  • Soit à l’initiative des EF elles-mêmes, à l’image du HOTNAT mis en place par l’alliance Railteam.

Ces pistes de recommandation pourraient favoriser la croissance des voyages internationaux en train, notamment pour certains publics réceptifs à l’impact carbone de leurs déplacements et pouvant accepter des trajets plus longs (ex : étudiants). A titre d’exemple, cela peut concerner des voyages du type Paris-Valence (Espagne), avec une durée moyenne d’environ 11h et une correspondance entre SNCF et Renfe.

Enfin, si notre article s’est concentré sur les trajets internationaux, la problématique des trajets faisant intervenir plusieurs EF devrait se poser de plus en plus en France avec l’ouverture à la concurrence. Là aussi, le voyageur aura besoin d’un système simple et protecteur pour ses correspondances inter-EF.

 


Retrouvez également notre étude récente sur l’intermodalité entre le ferroviaire et l’aérien, deux modes de transports complémentaires !


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