« L’idée parfois défendue d’une coupe du monde totalement écologique est avant tout une action de communication : le Mondial 2022 sera, au contraire, profondément antiécologique[1]».
Par ces mots Gilles Paché, professeur en sciences de gestion à l’université d’Aix Marseille nous met en garde sur le fait que les grands événements sportifs internationaux ont eux aussi un impact écologique qu’il est nécessaire de quantifier et de limiter.
En effet, ces grands événements internationaux, organisés à fréquence régulière depuis plusieurs dizaines d’années ont des impacts environnementaux très importants :

  •  Les premières émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à une compétition ont lieu bien en amont de la compétition elle-même lors de l’aménagement des sites et de la construction des nouvelles infrastructures destinées à recevoir les épreuves.
  • Les déplacements des supporteurs, des athlètes et de leur staff ainsi que les consommations énergétiques des infrastructures (stades, gymnases, …) au cours de l’événement sont évidemment eux aussi générateurs d’émissions de GES massives.
  • Également, les emprises au sol des constructions neuves potentiellement peu utilisées à la suite des compétitions présentent elles aussi des impacts environnementaux importants. 

Comment ces principaux facteurs de pollution ont-ils été maitrisés au cours des derniers grands événements sportifs internationaux ? Quelles initiatives ont été prises dans l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 ? Comment aller plus loin ?

Un peu de sport… et d’environnement

Le Comité International Olympique (CIO) et le Canada sont les premiers à avoir pris en considération l’impact environnemental dans l’organisation des Jeux Olympiques (JO) d’hiver de Vancouver en 2010. En effet, pour ces JO, le comité d’organisation s’était engagé à produire une édition plus respectueuse de l’environnement et pour cela plusieurs leviers avaient été identifiés.

Par exemple, le toit du bâtiment accueillant les épreuves de patinage de vitesse a été construit à partir de pin « récupéré », l’ensemble des équipements sportifs utilisés étaient chauffés via la chaleur produite par les installations de réfrigération et les deux villages olympiques ont été bâtis avec les procédés les plus économes en énergie. Cependant, les aléas climatiques rencontrés lors des Jeux ont balayé ces efforts. En effet, la neige manquante pour le bon déroulé des épreuves a finalement été acheminée en camion et en hélicoptère. Au final, le COVAN (Comité d’Organisation de Vancouver 2010) estime que les Jeux auraient émis 15% de moins que les éditions de même ampleur, mais tout de même 268 000 téqCO2, un chiffre qui reste toutefois peu précis[2]. Une partie de ces émissions, près de 118 000 téqCO2, aurait été compensée.

Les JO de Vancouver ont permis à Londres, deux ans plus tard, de s’appuyer sur davantage de leviers pour réduire l’empreinte environnementale liée à l’organisation des Jeux Olympiques d’été. En collaboration avec WWF® et BioRégional, le CIO a rédigé un cahier des charges présentant 76 objectifs socio-environnementaux parmi lesquels figuraient la « neutralité » en termes d’émissions de GES (c’est-à-dire la compensation carbone des émissions de GES liées à l’événement), la mise en place d’une politique « zéro déchets », l’emploi de matériaux et de produits alimentaires locaux et une gestion durable de l’eau. En amont de l’événement, la centralisation des achats en béton aurait notamment permis d’économiser 30 000 téqCO2 soit 24%[3] du bilan carbone total lié aux constructions. Pendant l’événement, la gratuité des transports en communs pour les détenteurs de billets a également permis d’éviter un surplus d’émissions de GES dû aux transports. Cependant, avant les Jeux, les organisateurs comptaient sur un mix énergétique composé à 20% d’énergie renouvelable. En réalité seule 9%[4] de l’énergie consommée aurait été issue de sources renouvelables. Dans sa globalité, l’événement aurait, d’après les estimations disponibles, émis près de 3,5[5] millions téqCO2, c’est plus que les émissions produites par les villes de Marseille et Lyon en 2016[6].

Les Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi 2014, quant à eux, se démarquent comme les Jeux ayant fait l’objet des plus importants travaux de construction. En effet, 400 kilomètres de routes, 70 ponts, 12 tunnels et un aéroport ont été érigés en plein milieu d’un espace naturel pour permettre la tenue de l’événement. Malheureusement, les impacts environnementaux de telles constructions n’ont pas été pris en compte ni dans l’organisation de l’événement ni dans la reconversion des infrastructures une fois les Jeux terminés.

En 2016, Rio promet de nouveau une édition « neutre en carbone ». Cependant, plusieurs zones naturelles protégées ont été détruites pour construire de nouvelles infrastructures accueillant les compétitions sportives, 16 kilomètres de métro et 20 kilomètres de tramway ont également été construits pour faciliter les déplacements des athlètes et des spectateurs. Au total, les Jeux Olympiques d’été de Rio auraient rejeté 3,6[7] millions téqCO2.

Pyeongchang a également fait de la contribution à la « neutralité carbone » un objectif prioritaire dans l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver en 2018. Néanmoins, cette édition aurait elle aussi rejeté 1,6[8] millions téqCO2 dans l’atmosphère. Pour compenser ces émissions, un objectif de 24 millions de plants d’arbres avait été prévu. Or, seulement 5,5 millions ont été mis en terre[9].

L’organisation de Jeux Olympiques impose souvent la construction d’importantes infrastructures pour accueillir les délégations internationales (villages olympiques), les compétitions sportives (stades, piscines, …) et assurer le transport des athlètes et des spectateurs. Outre leur impact économique, ces travaux ont de lourdes conséquences écologiques sur lesquelles les organisateurs se concentrent de plus en plus. Cependant et malgré les ambitions affichées, les organisateurs font face à d’importantes difficultés à maitriser les émissions de GES de leurs événements. Pourtant de plus en plus de leviers sont à disposition pour calculer et limiter les émissions de GES liées à l’organisation de grandes compétitions sportives.

En effet, depuis 2015, l’ONU via le programme « Climate Neutral Now » a défini une approche permettant de compenser les émissions de GES émises lors des grands événements sportifs internationaux. L’ONU et le Comité International Olympique résument cette approche en les termes suivants : Measure and understand, Take action, Educate and inspire. La première étape de cette approche consiste à rassembler des données quantitatives précises sur les émissions de gaz à effet de serre produites par l’événement afin de déterminer ce qui contribue le plus à son empreinte carbone globale. Les données recueillies permettent, dans un second temps, de prioriser clairement quelles actions doivent être évitées, réduites, remplacées ou compensées. Enfin, la troisième étape consiste en la communication auprès du public des efforts entrepris pour réduire l’empreinte carbone de l’événement et ainsi encourager chacun à en faire de même.

Il convient de souligner que les bilans carbone des différents événements présentés ci-dessus peuvent être sujets à controverse, dans la mesure où la méthode de calcul de l'empreinte carbone peut différer selon les études. De ce fait, la comparabilité entre les empreintes carbone est limitée. Néanmoins, ces chiffres permettent de présenter l’ordre de grandeur associé à l'impact carbone de ces différents événements sportifs.

Quels leviers pour rendre les grands événements sportifs plus respectueux de l’environnement ?

Face à l’important budget carbone consommé par ces grands événements sportifs, comparable en ordre de grandeur au budget carbone annuel de certains pays en développement, quelles mesures peuvent-être mises en place pour réduire significativement leur impact écologique ? Afin de tendre vers un budget carbone le plus bas possible, il convient de réduire les émissions des principales sources de CO2 : le déplacement des supporteurs, la construction des infrastructures et l’artificialisation des sols qu’elles entrainent.

Concernant le déplacement des supporteurs, il est intéressant de privilégier les compétitions dans de petits territoires avec une offre de transport décarboné (comme, par exemple, des mesures de gratuité des transports en commun pour les détenteurs de billets) ; privilégier également un public local en capacité d’utiliser des moyens de transport peu polluants pour se rendre aux compétitions sportives.

Concernant l’impact des infrastructures, que ce soit au moment de leur construction ou de leur utilisation future, le meilleur moyen de réduire drastiquement les émissions de CO2 est de privilégier naturellement les projets nécessitant pas ou peu de constructions. En capitalisant sur des infrastructures existantes, outre l’économie de CO2, on évite également l’écueil des JO de Sotchi ou de Rio pour lesquels la construction des infrastructures s’est faite au détriment d’espaces naturels. Il se peut, toutefois, que cette mesure engage des travaux de rénovation des infrastructures existantes, ouvrant des opportunités de mise aux normes écologiques des bâtiments. Enfin, dans le cas où de nouvelles infrastructures devraient absolument être construites, l’usage de matériaux écoresponsables (recyclés, biosourcés…), l’efficacité énergétique, la recherche de sobriété dans le dimensionnement des nouvelles constructions, la reconversion de friches industrielles et l’interdiction de déforestation ou de destruction des zones naturelles sont autant de leviers primordiaux à actionner pour en réduire l’impact carbone.

Focus sur les derniers JO d’été : TOKYO 2020

Les JO de Tokyo 2020, comme les éditions précédentes depuis 2010, affichaient l’ambition d’être les JO « les plus verts de l’histoire ». Pour atteindre cet objectif, les organisateurs avaient pris de nombreux engagements :

  • L’utilisation d’énergie 100% renouvelable sur les sites olympiques : finalement seul un tiers de l’énergie consommée était réellement d’origine renouvelable[10]. Le reste a été atteint via l’achat de certificats d’électricité verte (c’est-à-dire des garanties qu’une quantité équivalente d’énergie d’origine renouvelable a été injectée dans le réseau) ;
  • L’utilisation de matériaux recyclés pour la production de certains produits tels que les podiums ou encore les lits en carton du village olympique. Par ailleurs, l’or, l’argent et le bronze nécessaires à la fabrication des 5 000 médailles olympiques ont été récupérés dans des téléphones portables hors d’usage ;
  • L’utilisation de l’eau de pluie pour le nettoyage et la maintenance des allées, parkings et parcs des Jeux.

Toutefois, si l’empreinte carbone de Tokyo 2020 estimée à 2,4[11] millions téqCO2 est un tiers plus faible que celles de Londres 2012 et Rio 2016 qui s’élevaient à 3,5 millions téqCO2, cela est en partie dû à la crise sanitaire du COVID 19, qui n’a pas permis aux supporteurs étrangers de se rendre au Japon pour assister aux compétitions. En effet, selon l’agence Greenly, spécialisée dans le calcul de bilans carbone, l’absence de 600 000 supporteurs étrangers aurait permis d’éviter l’émission de 340 000 tonnes d’équivalent CO2. Une économie substantielle qui confirme la part importante jouée par le déplacement des supporteurs dans le bilan carbone des grands événements sportifs.

Quels engagements pour les JO de Paris 2024 ?

Les Jeux Olympiques de Paris 2024 apparaissent comme le prochain grand événement sportif médiatisé au calendrier international faisant suite à la Coupe du Monde de football. Il y a ainsi fort à parier qu’aussitôt la Coupe du Monde terminée les yeux du monde se tourneront vers les JO de Paris afin d’observer les actions mises en place par les organisateurs pour limiter les émissions de GES de l’événement.

L’une des ambitions du comité d’organisation des JO de Paris 2024 est de proposer le premier événement « à contribution positive pour le climat ». La promesse des organisateurs est ainsi d’anticiper, d’éviter et de réduire de plus de moitié les émissions de CO2 de Paris 2024 par rapport aux éditions précédentes : c’est-à-dire de proposer un événement émettant 1,5 millions téqCO2 et de compenser au-delà des émissions de GES liées aux Jeux. Pour rendre cette ambition réalisable, le comité olympique a pris en compte les enjeux climatiques et environnementaux liés à l’organisation des Jeux bien en amont de l’événement lui-même dès la remise de la candidature de la ville de Paris en juin 2015. A ce titre, les JO de Paris 2024 marquent une véritable rupture par rapport aux éditions précédentes.

Dans l’optique d’éviter les émissions de GES liées aux nouvelles constructions, le comité d’organisation a pris la décision d’utiliser 95% d’infrastructures existantes ou éphémères dont la seconde vie a été pensée dès la phase de conception. Seuls deux nouveaux sites seront construits : le village olympique – transformé en logements et en bureaux après l’événement - et le centre aquatique qui sera par la suite ouvert au public. En outre, ces nouvelles constructions seront adaptées aux enjeux du réchauffement climatique notamment à travers l’emploi de matériaux éco-responsables.

En matière d’environnement, les principaux engagements du comité national olympique résident dans l’approvisionnement des infrastructures en électricité renouvelable et dans la mise en place d’une politique « 0 déchet », « 0 plastique » et « 0 gaspillage alimentaire ». Les JO de Paris 2024 seront également respectueux des sites naturels où se tiendront les compétitions : les organisateurs se sont d’ailleurs engagés à rendre la Seine baignable.

En termes de transport, le comité d’organisation a apporté une importance toute particulière aux choix des sites en dressant notamment un bilan carbone pour chaque ville candidate. Il s’est également engagé à mettre à disposition une flotte de véhicules propres pour le transport de la famille olympique ; les transports en commun permettront également d’assurer de nombreux déplacements.

Enfin, Paris 2024 s’est doté d’un outil permettant de suivre l’impact carbone de chacune des étapes liées à l’organisation et au déroulement des Jeux. Pour toutes les émissions de GES qui n’auront pas pu être évitées, le comité d’organisation a sélectionné des projets de captation de CO2 répartis sur les 5 continents : restauration et conservation de forêts et d’océans, fournitures de foyers améliorés à des populations dépendantes d’outils de cuisson rudimentaires, etc. Paris 2024 soutiendra également l’émergence et le développement de projets positifs pour le climat en France.

De nouveaux modèles à inventer

Depuis plusieurs mois, nous observons une pression populaire et un réveil des consciences liés à la tenue de la Coupe du Monde au Qatar. En effet, suite à des prises de parole de personnalités et à l’apparition du #BoycottQatar2022, de nombreux citoyens ont soudain pris conscience de l’aberration écologique et environnementale que représente un tel événement si bien qu’ils ont décidé de ne pas suivre la compétition en signe de protestation.

A l’inverse de la Coupe du Monde de football 2022 dont l’organisation ne s’est clairement pas inscrite dans le respect du programme de l’ONU « Climate Neutral Now », les Jeux Olympiques de Paris 2024 se sont engagés bien en amont de l’événement à prendre en compte les enjeux climatiques et environnementaux liés aux Jeux, marquant une véritable rupture avec les éditions précédentes. Cependant, la compensation carbone proposée par le programme « Climate Neutral Now » et suivie par Paris 2024 qui consiste à financer des projets permettant d’éviter des émissions de GES équivalentes à celles émises par l’événement à compenser ne constitue pas une solution miracle. En effet, les retours d’expérience associés à l’utilisation de cette démarche montrent qu’il est difficile de vérifier si les investissements réalisés ont un réel impact sur le climat ou non : la compensation carbone n’est réellement pertinente que dans le cas où les projets financés n’auraient pas vu le jour sans les financements octroyés[12].

En conséquence, dans le contexte actuel de réchauffement climatique où la réduction drastique des émissions de GES n’est plus simplement une option mais une obligation, l’existence même de ce type d’événement international, compensé ou non, visant à réunir en un même endroit, transformé pour l’occasion, des personnes issues des cinq continents est-elle toujours acceptable ? Il est en tout cas certain que si nous souhaitons pouvoir continuer à admirer les athlètes pulvériser les records nous devons repenser en profondeur le format de ces grands événements et de nombreuses options peuvent être étudiées :

  • L‘utilisation d’un vocabulaire adapté pour les actions de communication : ne pas parler d’événements « neutres en carbone » car toute activité a par essence une empreinte carbone, parler davantage d’événements compensés assurant la compensation des GES émis lors de l’événement
  • L’obligation d’organiser les compétitions en cohérence avec le climat du pays avec un nombre maximum de nouvelles constructions
  • Le financement, par le Comité International Olympique, de cellules de recherche sur des moyens de transport durables[13] et sur des matériaux & des techniques de construction éco-responsables
  • Le design de nouveaux parcours usager durables[14] pour les athlètes, journalistes, staff, supporteurs
  • La mise en place de mesures assurant matériel de compétition, nourriture et produits dérivés certifiés écoresponsables
  • Ou encore… un cran plus loin …
    – La tenue des compétitions selon une nouvelle fréquence : non plus tous les 4 ans mais tous les 6 ou 8
    ans ou…
    – … un modèle dans lequel plusieurs pays organisateurs accueillent chacun une unique compétition et
    encouragent les supporteurs à n’assister qu’à la compétition se tenant dans leur pays.

Auteurs :
Victor Davy, Business Analyst
Lucie Moulin, Consultante
Antoine Podvin, Senior Business Consultant
Laetitia Chatain, Manager 
Caroline Perrin, Associée

Contributeurs :
Guillaume Bonnentien, Manager
Ludovic Mendes, Manager

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