Avec près de 25 000 visiteurs, 1 000 exposants et 24 pavillons nationaux, dont de nouveaux entrants comme l’Inde, l’Ukraine ou l’Afrique du Sud, l’édition 2025 a été marquée par une vague d’accords et de partenariats qui structurent concrètement la filière.
Les investissements nucléaires mondiaux ont augmenté de 50 % en cinq ans selon l’AIE, et la montée en puissance des acteurs russes et chinois pousse les pays occidentaux à intensifier leurs alliances industrielles.
Depuis l’édition 2023, qui était encore centrée sur la relance et la reconquête des compétences, l’édition 2025 acte un changement d’échelle : industrialisation, standardisation, souveraineté et diversification des usages. Cinq dynamiques majeures se dégagent.
L’un des points marquants du WNE 2025 est l’affirmation du rôle central d’EDF dans les alliances industrielles européennes.
En Pologne, EDF a signé avec Egis Poland, Famet, Baltic GP, Konstak, Zarmen et ZKS Ferrum pour structurer une supply chain capable de contribuer à un futur programme EPR. En Slovénie, un accord avec IBE et Numip vise à préparer un programme nucléaire national et à renforcer les capacités locales d’ingénierie et d’exploitation.
Dans les pays nordiques, EDF a annoncé un renforcement de ses partenariats avec Fortum, ABB, Konecranes et WSP pour consolider une base industrielle robuste en Finlande et en Suède.
Dans les Balkans, une coopération avec l’Institut Vinča (Serbie) porte sur la formation, la recherche et la sûreté. EDF a également sécurisé des leviers essentiels à sa souveraineté opérationnelle :
Le volet SMR a été particulièrement dense. NUWARD a officialisé une coalition industrielle réunissant Framatome, Tractebel, Ansaldo Energia, Ansaldo Nucleare et Arabelle Solutions, constituant la chaîne complète chaudière-turbine. Le partenariat franco-italien avec Ansaldo a été renouvelé.
Enfin, MAIRE et NEXTCHEM ont signé un protocole avec EDF/NUWARD pour adapter le SMR à des usages industriels émergents — data centers et chimie bas-carbone — grâce à des architectures modulaires.
La deuxième dynamique forte du salon concerne la structuration accélérée des écosystèmes SMR et AMR, désormais orientés vers des usages concrets : chaleur, cogénération, procédés industriels.
En Europe centrale, Orano s’est associé à Synthos Green Energy (SGE) et Orlen Synthos Green Energy (OSGE) pour accompagner le futur déploiement des BWRX-300 en Pologne, notamment sur le cycle du combustible.
Parallèlement, Orano et Calogena ont confirmé leur partenariat autour du CAL30, réacteur modulaire d’environ 30 MW thermiques dédié aux réseaux de chaleur urbains, un segment jusqu’ici dominé par le gaz.
La décarbonation industrielle est également au cœur des annonces : Tractebel et Hexana ont lancé une task force européenne dédiée à la cogénération nucléaire pour les usages industriels, combinant chaleur et électricité.
La modernisation du cycle du combustible s’impose comme l’une des priorités stratégiques du salon, car elle conditionne directement la montée en charge du nouveau nucléaire. Avec l’augmentation anticipée des flux de combustible usé, la nécessité de reconstituer des capacités d’ingénierie spécialisées, l’exigence de réduire les dépendances externes sur les étapes sensibles du cycle et l’évolution rapide des normes de sûreté, l’aval du cycle devient un terrain de réinvestissement majeur pour la filière. Le WNE 2025 en a fourni une illustration directe.
Orano a présenté son programme Back-End of the Future, destiné à renforcer durablement les capacités industrielles de l’aval du cycle. Trois nouvelles ingénieries — Ametra, Assystem, Vulcain — rejoignent les quatre partenaires déjà engagés depuis 2024 : Capgemini Engineering, Egis, ECIA et Snef-Ekium.
Cette coalition de sept partenaires, mobilisée pour cinq ans, doit accroître les capacités de conception et d’exécution nécessaires à la montée en charge du nouveau nucléaire.
Un partenariat exclusif avec Sintermat porte sur les matériaux avancés du conteneur TN Eagle, destiné au transport et au stockage de combustibles usés et de matières sensibles.
Les coopérations avec SGE/OSGE et ULC-Energy intègrent également une dimension cycle, en préparant une offre complète de combustible pour les SMR d’Europe centrale et du Nord.
Enfin, Orano a officialisé une coopération avec Dassault Systèmes autour de la plateforme 3DEXPERIENCE, qui doit devenir le socle numérique du programme Aval du Futur : gestion de configuration, jumeaux numériques, traçabilité et capitalisation technique.
La dynamique numérique portée par le WNE 2025 se distingue par une orientation claire : aucune dérive vers des systèmes autonomes, mais une intégration raisonnée d’IA assistive, explicable et supervisée. L’objectif n’est pas de déléguer la décision, mais de renforcer la compréhension, la détection précoce et la qualité des opérations :
L’IA y devient un instrument d’analyse avancée, jamais un substitut à l’ingénieur.
De son côté, Orano renforce son partenariat avec Siteflow pour digitaliser les opérations terrain — planification, exécution, traçabilité, contrôles intelligents — avec un objectif : rendre les interventions plus sûres et plus auditées tout en maintenant l’humain au centre.
Par ailleurs, EDF a annoncé la création de Data4NuclearX, un espace numérique souverain et sécurisé destiné à la filière nucléaire. Ce consortium réunissant EDF, le CEA, GIFEN, IMT, Sopra Steria et Dawex vise à structurer l’échange de données de confiance entre les près de 2 000 entreprises de la filière française, anticipant une multiplication par 10 des flux de données d’ici cinq ans. Cette initiative marque le passage à une gouvernance de la donnée capable de soutenir l’industrialisation du nucléaire.
Enfin, les approches PLM se généralisent : les accords Orano–Dassault Systèmes et newcleo–Assystem, complétés par la robotique extrême développée dans le partenariat Naarea–Fluid Wire Robotics, dessinent une filière où les jumeaux numériques et les équipements pilotés à distance deviennent des composantes de la sûreté.
Enfin, plusieurs annonces montrent que le nucléaire s’étend désormais à des usages qui dépassent la seule production d’électricité :
L’édition 2025 de la WNE montre une filière nucléaire qui s’aligne progressivement sur des priorités communes : structurer des coopérations internationales, stabiliser des coalitions industrielles autour des SMR, moderniser l’aval du cycle et intégrer le numérique comme levier de sûreté. Les annonces de Villepinte ne relèvent pas du symbole ; elles traduisent une organisation qui se coordonne, clarifie ses responsabilités et prépare les conditions d’un développement maîtrisé pour les années à venir.
Pour les acteurs de la filière comme pour leurs clients, la question n’est plus de savoir si le nucléaire va revenir, mais dans quelles conditions il sera produit, exploité et intégré aux systèmes énergétiques et industriels existants. Le WNE 2025 apporte une réponse nette : la réindustrialisation est en cours, et elle se joue maintenant dans les contrats, les coalitions et les chaînes de valeur qui se sont noués à Villepinte.
Auteurs :
- Julien Bos, Senior Manager
- Thomas Lepoutre, Manager