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Après une mise en lumière des enjeux de la collaboration entre les grands groupes et les start-ups, nous retrouvons Muriel Monteiro, partner de l’équipe Digital & Strategy chez BearingPoint, pour un focus sur l’avenir et les facteurs clé de succès de ce type de collaboration. 

Quel est l’avenir pour ces collaborations avec les startups ?

 

Les parties prenantes se cherchent aujourd’hui. Le rachat d’une jeune pousse peut rapidement amener à son asphyxie. Cependant, s’en tenir à de simples concours d’idées ne permet pas d’obtenir des services rapidement industrialisables dans les systèmes d’information « plat de spaghettis » des grandes entreprises.

En cette ère d’économie de plateformes technologiques de collaboration et d’innovation, à l’heure où la majorité des dirigeants est convaincue qu’elles seront le lien privilégié entre les entreprises, une voie tracée nous semble être de se doter d’un socle ou plateforme permettant d’animer un écosystème de partenaires, de distribuer des offres couplées, de savoir les facturer et commissionner les parties prenantes.

BearingPoint a investi ces cinq dernières années dans une solution propriétaire permettant à une entreprise d’agréger des services digitaux de manière rapide et personnalisée, que ce soit des services émanant de l’entreprise ou des services externes (par exemple une offre de transport qui rajouterait du co-voiturage fourni par un partenaire, de la livraison de bagage et un billet de train).

L’enjeu est pour l’entreprise de devenir un agrégateur (plutôt qu’être agrégé), de monétiser ces services, de permettre un marketing sophistiqué de ces nouvelles offres et éviter ainsi la désintermédiation.

Dans cette même logique, Philips Healthcare a noué des partenariats – avec Salesforce, Alibaba AliCloud – pour accélérer le déploiement d’une plateforme – la solution Healthsuite*, qui facilite les échanges de données entre patients et hôpitaux et permet à des développeurs externes – startup mais pas seulement – de créer de nouveaux services pour leurs marchés. On peut aussi citer la plateforme technologique opérationnelle de paiement multi-service lancée par Carrefour et BNP Paribas. Elle est conçue pour être ouverte aux start-ups.

Un conseil pour les grands groupes qui ont pris le virage et travaillent assidument avec les startups ?

 

Oui, celui d’accélérer la transformation interne de l’entreprise. Absorber l’innovation du monde extérieur passe par la capacité en interne à faire évoluer la culture et les modes de travail. Ce processus est beaucoup plus long et plus complexe à amorcer que ne l’est l’ouverture sur l’extérieur. C’est là que butent beaucoup de grands groupes et mettre l’Open Innovation au cœur de leur stratégie est un fort levier de transformation interne. Il convient de développer l’intraprenariat dans toutes ses dimensions, en poussant de nouvelles méthodes de travail plus collaboratives et digitales, des processus de décision raccourcis, un management plus transversal avec des managers-coach ou accompagnants.

Nous avons des clients qui aujourd’hui repensent leur stratégie d’entreprise en mobilisant un panel de cadres sur un format « 4 heures / 4 jours / 4 semaines ». Cette méthode inspirée du hackaton permet de rapidement identifier et tester les nouveaux axes stratégiques de l’entreprise directement sur le terrain. D’autres comme Danone ou GE permettent à leurs collaborateurs de développer leurs idées au sein de « spin-off » en rejoignant un incubateur pendant quelques mois.

Des start-ups, les groupes de travail des grandes entreprises peuvent aussi apprendre l’art de « pivoter ». Car tâtonner, échouer, fait partie du processus pour trouver le modèle gagnant. Criteo, qui applique le Machine Learning à la publicité pour faire du retargeting off-site, est passé initialement d’une offre B2C à une offre B2B dans le Cloud pour finalement trouver son modèle gagnant au travers du Coût par clic avant d’être cotée au NASDAQ. Le droit à l’erreur doit retrouver ses lettres de noblesse et Engie en ce sens organise chaque année un concours qui prime « the best failed idea » ou le plus beau plantage parmi les projets des collaborateurs.

Plus que de rapprochement avec les start-ups, c’est de transformation culturelle qu’il s’agit et il en va ici de la survie de l’entreprise. Les meilleures têtes pensantes, qui rêvaient de devenir banquiers d’affaires il y a quelques années, ne songent plus qu’à rejoindre le Cargo ou la Halle Freyssinet pour lancer une future Licorne. C’est en conservant leurs atouts, en misant sur le capital humain, et en adoptant les meilleures pratiques des startups que les grands groupes pourront motiver leurs talents et séduire la génération C qui arrive sur le marché.

Retrouvez l’interview complète de Muriel ici, page 17

* http://www.philips.fr/healthcare/innovation/a-propos-de-healthsuite

 

Auteurs :

Muriel Monteiro est Partner dans les équipes Digital & Stratégie de BearingPoint. Elle accompagne les directions générales dans leur transformation digitale et stratégie d’innovation. Digital Mum, elle est adepte à ses rares heures perdues de yoga et marche nordique.

Marion Duprez est senior consultante dans les équipes Digital et Stratégie de BearingPoint. Elle est spécialisée dans l’accompagnement et la transformation digitale d’entreprises de tous secteurs. Fan de nature, elle saisit toutes les occasions de partir faire du cheval ou de la randonnée !