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Quels business modèles et quels acteurs pour développer ce marché gigantesque ?

Une difficulté majeure reste cependant de pouvoir valoriser ce potentiel en trouvant des modèles économiques adaptés aux populations pauvres et rentables dans la durée : une approche « Base of the Pyramid » qui reste complexe à mettre en pratique.

Total et EDF, en collaboration avec l’ADEME, ont fait figure de pionniers en mettant en œuvre dès le début des années 2000 un modèle spécifique d’entreprise pour l’électrification rurale : les SSD (Sociétés de Services Décentralisés), sociétés de droit local et constituées de personnels locaux, financées par les investisseurs privés et agences de développement, et bénéficiant de contrats de concessions de 10 à 20 ans pour électrifier des zones géographiques isolées.

Concessions électrification Sénégal
Illustration : découpage des concessions d’électrification rurale au Sénégal [i]

Un bilan intermédiaire de ces initiatives, dressé à Dakar fin 2009, a cependant présenté des conclusions mitigées [ii]. Les SSD ont bien atteint l’équilibre financier, se sont pérennisées et ont contribué à une nette amélioration de la qualité de vie des populations locales, mais elles ont eu un impact économique limité au-delà de l’embauche de personnel et présentent des performances économiques en-deçà des prévisions.

Si le concept semble être validé, le business modèle de ces sociétés reste ainsi à consolider, via une plus grande flexibilité dans la fixation des tarifs de vente de l’électricité (indexation selon les coûts)  et dans les choix technologiques, mais aussi via un élargissement de la clientèle et des services proposés.

Mais les énergéticiens ne sont pas seuls à s’intéresser à l’électrification en milieu rural. Les opérateurs télécom, fortement implantés sur un continent africain où le marché de la téléphonie mobile est en pleine explosion avec une croissance annuelle de près de 20% [iii], se montrent très actifs, avec comme enjeu la diffusion du mobile au-delà des zones électrifiées. Ces acteurs – moins contraints par le cadre régulatoire – disposent de l’avantage de pouvoir rentabiliser leur investissement à travers leurs offres de téléphonie, leur permettant de proposer un service de fourniture d’électricité à coût marginal.

L’initiative Green Power for Mobile, lancée en 2008 par la GSM Association, vise ainsi à développer les réseaux mobiles dans les zones rurales en déployant des infrastructures alimentées – totalement ou en partie – par les énergies renouvelables (solaire principalement). L’objectif est double : réduire la facture diesel des opérateurs et faciliter la recharge du téléphone mobile et donc son usage.

Orange, présent dans 16 pays africains, a par exemple déployé 1 300 antennes relais solaires dans les zones rurales, offrant la possibilité aux populations de bénéficier de l’électricité disponible pour recharger leurs téléphones, mais également de procurer une alimentation électrique pour des services de base (éclairage d’une école ou d’une maternité, réfrigération des médicaments…).

Ainsi, l’électrification rurale en Afrique, qui s’inscrit encore aujourd’hui dans une logique d’aide au développement pour les énergéticiens ou comme une strate d’infrastructure nécessaire au développement du mobile pour les opérateurs télécom, pourra-t-elle constituer demain un marché à part entière ? Quels acteurs trouveront les business modèles permettant de rentabiliser ce développement ? A la clé : un marché de 585 millions de personnes, un bel eldorado en perspective !

Auteur:
Aurélien Boiteau, Senior Manager

  • Références

    [i]      Agence Sénégalaise d’Electrification Rurale (ASER)
    [ii]     EDF, Total, ADEME – « Atelier d’échanges sur l’électrification rurale », 2009
    [iii]    Wireless Intelligence (chiffres Q2 2012)

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