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Rencontre avec Denis Payre, président et CEO de Nature and People First

Denis PayreDenis Payre est un entrepreneur français. Diplômé de l’ESSEC, il est le fondateur de Business Objects et Kiala, deux sociétés innovantes et en forte croissance qui ont connu des succès mondiaux et sont désormais les centres de compétences mondiaux des géants SAP et UPS. Il s’est également engagé dans la vie associative en créant Croissance Plus, a financé et accompagné de nombreuses startups et cofondé le mouvement politique Nous Citoyens. Il développe aujourd’hui Nature and People First pour participer à l’émergence des micro-STEP en milieu urbain.

Hydro Power Plant : société française spécialisée dans la conception, la fabrication, l’installation et la mise en service de petites turbines hydroélectriques.

Site Internet : www.natureandpeoplefirst.com

Bonjour M. Denis Payre, pouvez-vous nous présenter votre société Nature and People First et, par la même occasion, le système de micro-STEP urbaines ?

La société Nature and People First est engagée depuis 2009-2010 dans une démarche et une réflexion prospective sur les STEP – Stations de transfert d’énergie par pompage –, en collaboration avec l’ETI française Hydro Power Plant. Cette réflexion porte sur la façon de déployer un nouveau système de STEP et le rendre acceptable dans l’environnement actuel.

En effet, le système de STEP classique n’est plus vraiment adapté aux attentes et défis contemporains : sacrifice de dizaines et centaines d’hectares, impact extrêmement fort sur l’écosystème et l’environnement, réticence des populations à ce type de développement… Les STEP ne peuvent plus être développées aujourd’hui dans les mêmes conditions qu’auparavant.

Pour autant, le stockage d’énergie est une nécessité. Les besoins sont de plus en plus importants, notamment avec le développement des intermittents, comme le solaire et l’éolien. Leur production est aléatoire, d’où l’importance du stockage pour assurer une production constante, en cas de forte demande.

Il convient donc de repenser les STEP, seule technologie véritablement éprouvée pour un stockage massif d’énergie, utile pour assurer la transition énergétique. D’autant plus utile que les alternatives aux STEP pour le stockage d’énergie sont toutes au stade de la R&D. Les batteries ne sont pas encore des technologies stables, leur utilisation massive est encore impossible. Elles présentent également des risques sécuritaires importants, notamment des risques d’incendie. Et le lithium, caractéristique majeure de la technique, n’est pas une ressource renouvelable, son recyclage est très couteux et son exploitation très polluante.

Les STEP se présentent donc comme une valeur sûre, la technologie est fiable. Les STEP doivent être de nouveau acceptables, d’où le procédé de micro-STEP urbain.

Comment définiriez-vous le procédé de micro-STEP urbain ?

Celui-ci se définit par :

  • une proximité des centres de consommation, à l’intérieur des villes ou à la périphérie immédiate afin de limiter les coûts de connexion et de transport d’énergie ;
  • des installations de petite taille et des sites d’une capacité de production de 1 à 4 MW ;
  • un système de double réservoir, un en haut et un en bas, avec une pente minimale de 3% et une chute d’au moins 150 mètres ;
  • une intégration de ces réservoirs sous des espaces fonciers déjà affectés à des objets légers (stade, parking…) par rénovation de ces objets ou par la création de nouveaux objets légers de ce type utiles à la collectivité. Cet élément est clef pour faciliter l’acceptabilité. Là où une STEP traditionnelle détruit l’environnement, une micro-STEP urbaine respecte l’environnement et disparait dans le paysage tout en apportant un nouveau service à la collectivité : un nouveau stade ou parking ;
  • une valorisation d’applications connexes potentielles et du multi-usage (générateur de chaud/froid, réservoir d’incendies, d’arrosage) ;
  • une possibilité d’utiliser des eaux « grises », des eaux usées.


Source : Micro-STEP urbaine. Nature and People First

Quels sont le niveau de maturité des micro-STEP urbaines et les perspectives futures pour cette technologie ?

Plusieurs brevets sur cette technologie de micro-STEP urbaines ont été déposés, avec le Cabinet Beau de Loménie ; nous avons désormais des brevets dans de nombreux pays, en France, aux Etats-Unis, en Indonésie, aux Philippines, en Chine. Ces brevets portent notamment sur la mutualisation d’une construction, comme un parking ou une route, avec un réservoir de pompage-turbinage, ainsi que la possibilité de développer des applications connexes aux micro-STEP.

L’objectif désormais pour Nature and People First est de valoriser ses brevets et de développer la technologie. Des négociations sont en cours avec un développeur de renouvelables intéressé, des grands énergéticiens et des territoires sont aussi intéressés.

Il existe un vrai intérêt, notamment dans les villes des îles non interconnectées, comme la Guadeloupe ou la Martinique, avec des besoins très importants de stockage. Certaines îles ont dû abandonner des projets de STEP marines (utilisation de la mer comme réservoir bas, un réservoir haut à 300-400 mètres d’altitude) pour des raisons de coût, des questions d’acceptabilité par les populations et des risques de fuite, d’infiltration de l’eau de mer dans les nappes phréatiques. Les micro-STEP urbaines pourraient s’avérer particulièrement opportunes dans cette configuration.

Pourriez-vous justement nous préciser votre positionnement en termes de coûts ?

Concernant les coûts, notre cible est d’être compétitif par rapport aux solutions actuelles de gestion de la pointe de type Turbines à Combustion à démarrage rapide à base de gaz ou de fioul le plus souvent. Les coûts d’exploitation de ces installations dans la plupart des îles du monde sont de 600 à 750 euros du Mwh. Nous pensons être en mesure d’être assez nettement en dessous tout en ne générant aucune pollution et aucun résidu toxique, en utilisant uniquement de l’eau en circuit fermé.

Le coût des micro-STEP urbaines serait ainsi à peine supérieur aux STEP classiques, la technologie est maitrisée, avec des pompes industrielles et des techniques de construction génériques utilisées pour des ouvrages standards. Les micro-STEP sont bien moins complexes à mettre en œuvre que les STEP classiques et moins contraignantes.

Quels sont les principaux blocages au développement des micro-STEP en milieu urbain ? Comment encourager leur développement et l’investissement du plus grand nombre dans cette technologie ?

Le contexte économique n’est pour l’instant pas particulièrement favorable et pas satisfaisant pour un développement des micro-STEP urbaines en France continentale. En effet, le taux de pénétration des renouvelables intermittents est mauvais en France. Et il en découle des besoins en matière de stockage pour l’instant amplement satisfaits. Mais dans 10-15 ans, le contexte sera sûrement différent.

Le développement des solutions comme les micro-STEP urbaines peut avoir un côté vertueux, avec des créations d’emplois, notamment pour des personnes moins qualifiées. Ces solutions vont s’appuyer sur deux domaines de compétences dans lesquels la France brille depuis longtemps, en particulier à l’international, le BTP et l’hydraulique. Nature and People First s’engage d’ailleurs dans des installations et une technologie 100% françaises. Il y a peu de solutions dans le domaine des renouvelables qui peuvent en dire autant.

L’investissement dans les micro-STEP urbaines se fera aussi par le biais de fortes incitations économiques pour les promoteurs immobiliers, les propriétaires fonciers publics ou privés. Ils doivent y trouver un intérêt. Le foncier est un centre de coûts. Dans beaucoup de communes, un parking, un stade, c’est souvent avant tout un coût avant d’être une source de revenus importante. Les micro-STEP urbaines peuvent faire prendre de la valeur au foncier. Il s’agit de donner une autre valeur à des infrastructures, un autre usage, un usage additionnel et ainsi permettre au foncier de générer des revenus qu’il ne générait pas à la base.

Quels sont les villes, départements, régions, territoires les plus avancés dans cette transition et les plus enclins à développer cette source de production ?

Comme évoqué précédemment, les villes des grandes îles françaises sont clairement intéressées : la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, Mayotte, Tahiti… Ces îles sont bien souvent trop dépendantes du charbon, du pétrole. Il existe une volonté d’autonomie énergétique pour ces territoires non connectés énergétiquement. Un travail de migration est entamé dans ces îles vers des systèmes d’approvisionnement énergétique moins coûteux. Le coût de l’électricité ne doit pas être trop éloigné de celui de la métropole. L’enjeu est donc de faire baisser la CSPE et la subvention en développant des technologies plus rentables économiquement et écologiquement.

D’autres îles à l’étranger sont intéressées par les micro-STEP urbaines. C’est le cas d’Hawaii, du Japon, des archipels des Philippines et de l’Indonésie, avec encore et toujours cette volonté d’être autosuffisant.

La Californie également, véritable « île électrique ». Cet état américain a investi massivement dans les renouvelables, notamment dans les panneaux solaires et des fermes éoliennes, et fait ainsi face à des problèmes d’intermittence élevée. Il y a un intérêt pour les STEP car il y a un véritable besoin de stockage.

Quel avenir pour l’eau comme source de production d’électricité dans la ville de demain ? Quelle conviction souhaitez-vous partager ?

Je suis convaincu que l’eau pourra jouer un rôle important dans la transition énergétique. Je crois en la petite hydroélectricité en zone urbaine, dans le cadre du stockage d’énergie. Le potentiel de stockage est important. Le besoin peut être considérable, comme complément au déploiement des sites solaire et éoliens en France.

Propos recueillis par Julien Martinez

Auteur :
Julien Martinez, Business Analyst