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L’émergence de technologies nouvelles et la baisse des coûts ne sont pas les seuls leviers pour faciliter l’émergence de solutions de stockage; et l’intégration des énergies renouvelables intermittentes. Le cadre réglementaire doit, lui aussi, être  adapté à ce besoin nouveau.

Une spécificité à intégrer dans les calculs de tarif d’utilisation des réseaux

En particulier, en France, le principe fondamental du calcul de tarif d’utilisation du réseau public d’électricité est que les coûts d’opération du réseau doivent être réparties de manière équitable entre l’ensemble des utilisateurs du réseau. Ces utilisateurs peuvent être ou des producteurs d’électricité ou des consommateurs.

 

 

Les producteurs ont besoin de cette infrastructure pour pouvoir vendre leur production et doivent à ce titre participer aux coûts des opérateurs du réseau. Les consommateurs ont besoin du réseau pour s’approvisionner ; et sont donc tenus eux aussi de participer.

Selon cette vision, un centre de stockage d’énergie raccordé uniquement au réseau (par opposition au stockage associé à un système de production), peut à la fois être vu comme producteur et comme consommateur. Dans cette logique, la règlementation tarifaire actuelle lui impose de payer deux fois le service rendu par le réseau : une fois en tant que consommateur et une autre fois en producteur. C’est actuellement la façon dont sont facturées les stations hydrauliques de stockage.

Si les directives européennes poussent à revoir cette modalité de tarification inadaptée, elles n’ont pas encore été prises en compte dans la réglementation en vigueur. Le nouveau tarif d’utilisation du réseau public d’électricité a été mis à jour en aout 2015 (TURPE 4) et ne prévoit  pas de réglementation particulière sur ce sujet. En revanche, la Commission de Régulation de l’Electricité s’oriente vers une intégration de cette particularité pour TURPE 5 : dans sa consultation publique de préparation lancée en juillet 2015, la CRE interrogeait notamment  sur directives à suivre pour le cas spécifique des centres de stockage[1].

Autoconsommation ou réinjection, il faut choisir…

Le modèle actuel d’aide au développement du marché des énergies renouvelables part d’un constat simple : puisque celles-ci ne sont pas encore compétitives, il faut garantir un tarif de rachat attractif. A défaut d’être compétitives, les énergies intermittentes devraient être aidées.

Si ce constat est de moins en moins vrai (en 2015, de nombreux projets solaires avaient prouvé leur compétitivité en proposant un tarif de rachat à 70 € / MWh[2] ), il incite toujours à la revente. Pourtant, dans de nombreux cas, les producteurs pourraient également être consommateurs de leur propre électricité. Ils auraient donc intérêt à stocker leur énergie. La question peut être tournée autrement : pourquoi chercher à stocker l’énergie, quand les économies générées sont largement inférieures  aux gains obtenus grâce à la revente. Le principe de tarif de rachat, s’il a permis de mettre en place une industrie solaire, est néanmoins trop discriminant pour permettre l’émergence d’un marché du stockage de l’énergie en France à court terme.

La mauvaise presse de la batterie

Dans de nombreux cas de pays émergents, les batteries sont encore perçues comme des solutions polluantes, dangereuses, à éviter… Par conséquent, les droits de douanes impactent lourdement l’importation de batteries : l’Algérie impose des taxes d’import de 30%, le Nigeria de 20%, le Cambodge  de 25% etc… S’il est vrai que les batteries doivent être maniées avec soin et leur collecte assurée après utilisation, il est tout de même paradoxal de sanctionner d’une telle manière ce produit.

En effet, les panneaux solaires sont eux, souvent peu ou pas taxés. Pourtant, ces deux éléments sont par nature indispensables l’un à l’autre dans des pays ou le réseau est indisponible. Les états se mettent donc dans une position paradoxale par rapport à l’incitation au déploiement de la production décentralisée : d’un côté, le solaire est encouragé et utile pour lutter contre la précarité énergétique. De l’autre, les solutions viables sont lourdement sanctionnées.

En somme, les technologies sont de plus en plus nombreuses et permettent de couvrir un spectre de puissance de plus en plus large : de l’électronique à la centrale de gaz. Les synergies croissantes entre les différents métiers permettent, par ailleurs, de laisser croire à une baisse des prix durable et encourageante. Afin de renforcer la croissance de ce secteur ; il y lieu d’espérer que les contraintes réglementaires vont être mise à jour afin de mieux répondre à la révolution potentielle que cela peut générer dans le secteur de l’énergie.

Auteurs:
Augustin Colas, Consultant
Patrice Mallet, Directeur Associé

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