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En 2012, suite à une importante vague d’agressions à l’encontre des personnels de surveillance et afin de mieux répondre aux enjeux de sécurité et de réinsertion placés au cœur des missions de l’administration pénitentiaire, la directrice du Centre de détention de Val de Reuil (27), Muriel Guégan, a lancé un vaste projet de refonte du modèle d’organisation du travail des personnels et des régimes de détention en vigueur au sein de l’établissement.

Un contexte à risque qui nécessitait d’agir

La pratique depuis l’ouverture de l’établissement en 1989 était que le surveillant soit enfermé seul dans une unité de 25 cellules dont les portes étaient, elles, paradoxalement ouvertes. En réaction à cette situation, qui générait chez eux un fort sentiment d’insécurité, les personnels restaient à l’extérieur de l’unité, générant des risques importants d’agressions entre détenus.

Un projet structuré autour de l’objectif de sécurisation des personnels et de la détention

Un projet d’amélioration des conditions de travail a donc été lancé en 2012, pour remettre l’observation au cœur des missions quotidiennes des surveillants et pour renforcer leur sécurité.

La mise en place du binômage (déplacements systématiques des agents à deux) a d’abord permis de renforcer la sécurité effective des personnels, tandis que l’îlotage a favorisé la sécurisation plus globale de la détention : dans ce dispositif, les portes des unités au sein du bâtiment sont ouvertes, pour permettre aux binômes de surveillants de circuler de manière aléatoire dans tous les lieux où évolue la population pénale (unités, cours de promenade, etc.). Il s’agit de faciliter une réappropriation du territoire de la détention par les personnels de surveillance, dans une logique d’égale liberté de circulation entre les personnes détenues et ceux qui les surveillent, et de dynamiser la détention en redonnant aux personnels une réelle capacité de prise d’initiative.

En parallèle, un projet d’amélioration des conditions de détention au sein de l’établissement a permis de responsabiliser les personnes détenues en les associant aux décisions impactant leur vie quotidienne au travers du renforcement des conseils de vie sociale (CVS). Ces instances trimestrielles, réunissant des représentants de détenus, volontaires et élus, la direction et les partenaires, permettent non seulement de désamorcer certaines tensions au sein de la détention en diffusant des messages clairs et en limitant les rumeurs infondées, mais également de mettre les détenus en position d’être force de proposition pour l’amélioration de leurs conditions de détention.

Des résultats très positifs qui ont facilité l’adhésion de tous

Le projet, qui a su vaincre les réticences premières des organisations syndicales, remporte aujourd’hui l’adhésion de l’ensemble des personnels et de la population pénale, notamment grâce à un impact rapide et mesurable sur l’amélioration de la sécurité en détention. En effet, la réorganisation des méthodes de travail a d’abord fait très sensiblement diminuer les agressions de personnels et quasiment disparaître les incidents sur les fouilles de cellules. Un accroissement remarquable du sentiment de sécurité au travail s’est également exprimé au travers des retours d’un questionnaire. Ces résultats très positifs, régulièrement réévalués localement dans une perspective d’amélioration continue, ont conduit plusieurs autres établissements pénitentiaires, notamment en phase d’ouverture, à s’inspirer de ce modèle d’organisation du travail.

Une démarche de co-construction

Pour assurer la pertinence et l’adhésion au projet, Muriel Guégan a privilégié une démarche de co-construction, impliquant tous les grades et les corps de personnels de l’établissement, invités à participer au groupe de travail, ainsi que la population pénale, régulièrement informée des avancées du projet. Elle s’est ainsi appuyée sur 3 principes fondamentaux du management :

  • La valorisation collectivedes compétences clés du surveillant (rigueur, qualités relationnelles pour se faire obéir) et la prise en compte des difficultés du métier, au travers d’une démarche de négociation continue avec les organisations représentatives des personnels.
  • La valorisation des compétences et de l’investissement individuels dans l’assurance de la sécurité collective, en faisant appel à l’expertise des agents dans le cadre du groupe de travail – pour lequel les candidatures ont d’ailleurs étaient très nombreuses.
  • La prise en compte de l’effet miroiren préservant l’équilibre entre l’amélioration des conditions de travail des surveillants et la satisfaction des besoins des personnes détenues et de leurs familles.

Lauréat de la catégorie « Transformation de l’organisation » : Etablissement pénitentiaire

Ce projet, porté par Mme Muriel Guégan, cheffe d’établissement du centre de détention de Val de Reuil, a été récompensé par le Prix du Manager Public de l’Année 2016 dans la catégorie Transformation des organisations, le 4 octobre dernier.

Auteurs:
Axelle Paquer, Associée
Sophie d'Anglade, Senior Manager
Marie Alix Forestier, Consultante

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