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Les 4 par 3 fleurissent : « avez-vous la fibre », « la puissance de la fibre » et on frétille d’impatience face à ce flot de mégaoctets prêts à se déverser sur nos équipements connectés.

Malheureusement, si les atouts des technologies Très Haut Débit (THD), et notamment fibre, ne sont plus à démontrer (meilleurs débits montant et descendant, faible latence), en pratique le décollage reste poussif : le THD ne représentait d’après l’ARCEP que moins de 5% des accès Internet début 2012, 14% si on ne considère que les logements éligibles. Le réservoir de clients est là, mais les ventes n’ont pas permis d’enclencher un cercle vertueux incitant les opérateurs à accélérer le déploiement pour étendre l’éligibilité.

A l’évidence, les accès ADSL actuels semblent répondre aux besoins de la majorité des utilisateurs : la qualité du réseau cuivre, le bon rapport qualité / prix des offres ADSL, les progrès dans les débits (avec en ligne de mire les 50 Mb/s et plus du VDSL) et plus simplement les usages peu gourmands en débit des clients freinent l’essor du THD. Ce diagnostic semble partagé par les FAI, englués dans une triple difficulté : investissement exorbitant dans le réseau, problèmes opérationnels et enfin difficulté à valoriser des offres premium fibre. Pour preuve, les offres Internet sont encore estampillées « ADSL et fibre », avec peu de différence entre les gammes.

Ce que nous apprend le passé…

Un coup d’œil dans le rétro sur l’essor de l’ADSL et de la 3G nous donne des enseignements sur le triplet gagnant pour accélérer la croissance : accès, usages, matériel.

L’ADSL a décollé au moment où se sont cumulés accès de qualité, usages à fort débit (vidéo et téléchargement notamment) et équipements catalyseurs (Freebox par exemple). L’histoire s’est répétée sur l’Internet mobile, où les accès 3G sont devenus indispensables quand l’iPhone et les usages liés aux apps mobiles ont apporté une promesse complète au consommateur.

Il faut aussi souligner que des baisses de prix significatives sur les accès DSL et 3G ont fortement contribué au décollage. Mais preuve que ce facteur ne suffit pas, les offres fibre sont déjà proposées à des tarifs compétitifs. Il leur manque toujours 2 ingrédients sur 3 : les débits au bon prix sont là, mais les services et les terminaux rendant le DSL obsolète faisaient, jusqu’à peu, défaut. Ces deux points changent en 2012, avec l’essor de services et équipements pouvant propulser le THD.

Des services à fort potentiel pour le THD

Les services de « cloud storage » ont connu de grandes manœuvres début 2012, par des acteurs majeurs : lancement de Google Drive, refonte de Microsoft SkyDrive, sans oublier l’essor de l’iCloud d’Apple. Ces événements viennent renforcer la tendance à ce qu’une part croissante des données des consommateurs soit stockée en ligne, sous diverses formes, notamment via le partage de photos et vidéos sur les réseaux sociaux. Le cabinet Gartner estime même que la part de ces données en ligne passera de 7% en 2011 à 36% en 2016. Nul doute que ces usages fortement consommateurs de débit (montant notamment), et renforcés par une intégration native dans les systèmes dès cette année (Windows 8 en particulier), auront tôt fait de peser dans la balance en faveur d’accès THD.

Le cloud, c’est aussi le cloud gaming. Ce service consiste à faire tourner un jeu vidéo à distance sur de puissants serveurs, et à en envoyer l’image et le son par streaming vidéo au joueur, ce dernier utilisant une manette reliée à sa Box ou sa Smart TV. Le débit, pour la qualité vidéo, et le temps de latence, pour la réactivité du jeu, sont primordiaux et campent sur les terres de la fibre. Les acteurs du secteur préparent l’ère post-console en investissant dans ces services : Sony a par exemple racheté le spécialiste du cloud gaming Gaikai. Du côté matériel, notons l’intégration du cloud gaming dans les box des FAI (Bbox Sensation et SFR box) et les Smart TV (Samsung). Le secteur du jeu vidéo, qui rappelons-le pèse plus lourd que le cinéma, pourrait ainsi être un fort accélérateur du développement du THD.

La TV, enfin, a longtemps été le Graal des services marketing des FAI voulant vendre la fibre : la qualité est fortement dépendante du débit, et le besoin en bande passante est décuplé en cas de flux vidéo simultanés. Las, les progrès du DSL et le passage à la TNT ont rendu la fibre dispensable, d’autant que les contenus ne justifiaient pas un débit supérieur. Néanmoins, le développement des usages multi-écrans (les foyers technophiles ont en moyenne 5,9 écrans, la plupart connectés, d’après une étude Médiamétrie/Microsoft) et l’essor à moyen terme de la TV 4K (4x la résolution full HD), pour laquelle 2012 marque l’arrivée des premiers modèles « grand public », devraient aider le marketing des FAI dans sa tâche.

Les grandes batailles sont à venir

Des usages à même de justifier les accès THD marquent une inflexion majeure en 2012 -2013, et s’accompagnent d’évolutions importantes au niveau des matériels, qui joueront un rôle de catalyseur : nouvelle génération de box FAI mais surtout TV de plus en plus smart. Une promesse complète « très haut débit » prend corps. Elle fera autorité si l’écosystème accès / matériel / services garantit une cohérence de l’expérience client. Et sur ce point, les grandes batailles sont à venir. A n’en point douter, elles signifieront la fin des trajectoires en demi-teinte de la fibre en France.

Auteurs:
Jean-Michel Huet, Partner
Franck Szabo, Senior Manager
Adrien Durand, Manager

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